L’Égypte, notre “arabité” et notre libération


N’étant pas spécialement branchés sur les émetteurs médiatiques orientaux, nous recevons, par la bande, les échos des fielleux échanges algéro-égyptiens qui précèdent leur confrontation “sportive” du 14 novembre prochain. On ne sait pas encore lequel des deux côtés gagnera dans cette venimeuse confrontation verbale, mais il paraît que “ça barde”.
N’étant pas encore convertis à nous “sourcer” dans le prêche télévisé d’irascibles “douctours” orientaux ou dans la creuse langue de bois, les échos de ce duel de haine ne nous parviennent que par la bande.

Mais une chose aura retenu notre attention : c’est la remise en cause de l’arabité de l’Algérie. Ce reflexe permet, dans l’inconscient de la horde excitée, d’exclure les Algériens de l’arabité, et donc de la “fraternité”, et prépare à les traiter, légitimement, en “étrangers”, et donc en possibles “ennemis”.
On est tenté de réagir à ce décret d’exclusion et cette imposture historique, même s’ils viennent du quidam cairote, comme a réagi, il y a plusieurs années, un certain Kaddour Flen — appelons-le ainsi.
Confronté à une inculpation de malversation, et en pleine enquête judiciaire, Kaddour eut la blessante surprise de lire cette annonce dans un journal : “La famille Flen de Tataouine-les-Bains n’a aucun lien avec la famille de Kaddour Flen de Takouk-sur-Mer, poursuivi en justice pour détournement.”
Écœuré par l’empressement de l’auteur de cette mise au point alors que la justice, de même que la vindicte populaire ne fonctionnent pas à l’homophonie, et pour marquer finalement sa satisfaction de n’avoir rien à voir avec cette inutile lâcheté, Kaddour publia, à son tour, le message suivant : “Je confirme que la famille de Kaddour Flen de Takouk-sur-Mer n’a rien à voir avec la famille Flen de Tataouine-les-Bains.” Les choses ainsi précisées, il s’en trouva, dit-on, fort apaisé.

Le déferlement d’agressivité égyptienne nous impose la faiblesse d’éprouver un semblable sentiment. Car, enfin, le certificat d’arabité, que des voix égyptiennes s’estiment en droit de nous délivrer ou de nous retirer, ne sert ici que des intérêts politico-idéologiques. L’arabité, qui s’est imposée à nous comme élément déterminant de notre identité officielle, n’est que le résultat des péripéties politiques, et non celui de l’histoire humaine du pays et sa région naturelle. Si la force nous a contraints à renier, pendant longtemps, la réalité du socle identitaire amazigh originel, c’est le fait de renoncements de pouvoirs qui, après la répression, ont laissé les Algériens dans l’ignorance de leur Histoire. Le jour où ils seront libres et informés, les Algériens diront s’ils se satisfont de cette identité exclusive et contrefaite.
Poussant la prétention tutélaire, il paraît que notre indépendance est une œuvre égyptienne. L’égyptologie fait encore de ce pays un butin archéologique et touristique rapporté de l’expédition Bonaparte. Les Palestiniens attendent toujours le secours libérateur de leurs frères arabes et de l’Égypte en particulier !
Il est encore temps de s’en libérer plutôt que de s’illusionner de prétentions tutélaires sur le monde dit arabe.
Avant de nous affranchir de quelque joug que ce soit, il eut fallu que l’Égypte gagnât quelque guerre.

LIBERTÉ

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