Revoici la voiture algérienne !


Depuis quelques jours, l’objectif de “la voiture algérienne” bénéficie d’un véritable matraquage médiatique. L’Algérie a pris “la ferme décision” de créer une industrie automobile pour produire des voitures et des véhicules industriels, a solennellement déclaré Abdelhamid Temmar, ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements.

Et voici, une nouvelle fois, répandu le fantasme de la voiture algérienne ! Le temps de se réveiller, le peuple aura savouré la fiction de son auto nationale, au prix abordable, disponible à souhait, conçue à sa guise et roulant au carburant local !
Dans un monde irrémédiablement global, nos dirigeants nous concoctent encore des illusions de tribu confinée ! C’est ainsi que tous les responsables financiers nous assuraient, il y a moins d’une année, que grâce à la gestion prévoyante de nos devises, notre pays était à l’abri des effets de la crise des subprimes et de la crise financière subséquente. Juste avant de nous concocter une loi de finances complémentaire entièrement vouée à corriger une politique des changes qui se serait avérée périlleuse.

Le caractère mystificateur de l’incantation ministérielle se lit dans la définition de “l’algérianité” d’une voiture : “Nous voulons des véhicules fabriqués au moins à 30, 40 ou 50% par un savoir-faire algérien qui émane d’entreprises de sous-traitance publiques ou privées.” L’imprécision du taux d’intégration escompté et sa faiblesse contredisent sur-le-champ le contenu politique du message. Nous ignorons si un produit fabriqué à 50% de “savoir-faire algérien” peut être considéré comme un produit du génie national, mais à 30% sûrement pas. En matière d’automobile, hormis un pionnier de plaquettes de freins et quelques artisans de housses, on ne voit pas où se cache le potentiel de sous-traitance nationale.
Alors, la “ferme décision” d’une “voiture algérienne” ou la décision, forcément ferme si elle vient de l’État, de faire fabriquer des voitures en Algérie ? Parce que pour la Mina 4 et la Fatia, les Algériens ont déjà donné.
La Mina 4, dont nous avons même eu à admirer le prototype, a longtemps nourri les rêves de concitoyens qui n’en demandaient pas tant, le système des “bons” Sonacome ayant d’avance désigné les catégories pouvant naturellement ou probablement accéder à l’achat d’une voiture au tarif “adapté”.
Plus tard, la Fatia, concept dont on n’a jamais connu l’état d’avancement, n’en finira pas d’attendre le contrat d’association avec le fabricant. Si la nouvelle décision est à ce point “résolue”, pourquoi ne nous en précise-t-on pas le délai de réalisation ? Il est étonnant que le pouvoir persiste stoïquement dans les effets d’annonce à l’intention d’une opinion publique probablement échaudée par les illusions de la privatisation au bilan jamais dressé, d’IDE toujours en souffrance et d’une “stratégie industrielle” aussitôt conçue et aussitôt abandonnée. L’espoir, réaliste, d’une qualification des Verts au Mondial 2010 ne suffit-il plus à nous occuper pour qu’on nous fasse, ainsi, miroiter l’illusion d’une voiture maison, et donc à portée de Smig ?

La création d’une industrie automobile en Algérie était certainement possible. Mais il eût fallu une efficiente politique de développement. La condition étant valable pour tous les secteurs.

LIBERTÉ

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