La presse, son syndicat, ses pauvres et l’ange de la solidarité

 

Le Syndicat national des journalistes lance une opération “trousseau scolaire” au bénéfice des “travailleurs à bas revenus du secteur de la presse et des médias”. Nous avons échappé au “couffin du Ramadhan”, nous voici rattrapés par le “couffin de la rentrée scolaire”.

Nos “camarades syndiqués” ont fait les choses comme il se doit, politiquement parlant, en s’adjoignant le “partenariat du ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Communauté nationale à l’étranger”.
Et puisque nous avons fait les frais d’un communiqué qui évoque le dénuement qui touche aussi notre profession, on avait le droit de savoir à qui nous devons la bonté de vouloir nous soutenir en cette difficile rentrée. Ou n’est-ce qu’un parrainage politique ?
Car cela est arrivé. À l’occasion du tarif Ramadhan initié par la compagnie de transport maritime de voyageurs, par exemple. Cette opération vise à attirer les émigrés pour une traversée vers le pays qu’ils n’auraient pas faite à un tarif plein, pour la raison simple qu’ils n’ont pas l’habitude de traverser dans ce sens en fin d’été. Mais à cinquante euros, on a toujours une raison de faire un saut au bled.

L’opération fut un succès… commercial, même si l’ENTMV reste discrète sur ses chiffres.
Or, cette initiative de gestion a été présentée par le ministre chargé de l’Émigration comme une opération de solidarité d’initiative politique. Voilà une innovation marketing qui réunit les deux caractéristiques d’être rentable et citoyenne, introduite par un staff d’entreprise économique, réduite à un simple geste de charité souveraine ! L’acte de bonne gestion qui mérite publicité est étouffé par sa reformulation caritative et politicienne.

À trop exhiber sa solidarité, le pouvoir est en train de verser dans l’activité de montreur de misère. Mais n’est-il pas plus fondamental de sauvegarder la dignité de tous les Algériens que d’en nourrir les plus affamés ? Comme des vedettes qui tentent de se racheter d’une vie de luxure, on se filme en train d’adoucir les effets de la précarité au lieu de lui faire la guerre.
La solidarité-spectacle, conjuguée à la décadence morale, est en passe de créer un Algérien végétal, heureux du simple fait de se repaître sans même se soucier de la provenance de sa nourriture. La mendicité, l’habitat de bidonville et la chasse aux droits sociaux sont devenus des métiers. Ceux qui les pratiquent le font avec une allure si altière ! Ils ont perdu la faiblesse de rougir.

Et voici que les professionnels de la presse, au lieu de recevoir des cadeaux de leur syndicat ou patron, pour leurs enfants qui rentrent à l’école, s’inscrivent au planning de la solidarité spectacle. Déjà que l’on nous traite de presse de “repas”, de “casse-croûte”, de “cadeaux”… et pas seulement verbalement comme l’a fait un Chef du gouvernement : la promesse festin est précisée dans certains cartons d’invitation à couvrir une activité ; certains “opérateurs” nous couvrent de puces et de clefs USB, et les milieux les plus éloignés des principes de Pulitzer nous remettent des “prix” !

Mais qu’a fait le syndicat, ou plutôt que n’a-t-il pas fait pour que certains d’entre nous, qui activons dans une industrie florissante, soient encore à mériter une aide parrainée par le ministère de la Solidarité ?

LIBERTÉ

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