L’éternité pour Benbouzid


“La réforme, c’est jamais fini”, a dit le ministre de l’Éducation. Convenons que la formule est lumineuse. Parce qu’autrement, ce serait pour l’institution scolaire nationale “la fin de l’Histoire”, comme pour l’Europe de Hegel “réformée” par les conquêtes de Napoléon dans le sens de la raison et du droit ou comme pour le monde de Fukuyama entièrement gagné à la démocratie.

Mais non, la suite, les suites ont toujours montré qu’il faut repartir au combat et qu’il n’y a pas de repos pour qui veut mieux faire. Ou au moins s’opposer aux forces du pire.
Ce n’est sûrement pas de philosophie de l’histoire qu’il s’agit, chez le ministre de l’Éducation. Il veut simplement justifier sa démarche en pointillé, hésitante, contradictoire. C’est la réforme en général, c’est vrai, c’est comme le Far West — il faut toujours avancer dans la voie choisie —, mais la réforme en particulier, celle conçue par la commission Benzaghou, ce devrait être fini. On attendait un paquet de réformes hiérarchisées avec un paquet de mises en œuvre, on a un éternel recommencement fait d’improvisations, de résolutions, de reculades et parfois de contre-réformes.

Le ministre à la longévité la plus “visible”, parce qu’il y en a de plus vieux qui se font oublier par leur discrétion médiatique et leur nomadisme, pense peut-être qu’il a tout le temps pour lui. Mais pas les enfants. Une génération de ratée, c’est un avenir national qui, à échéance, est compromis.
L’école fondamentale, par exemple, aujourd’hui confirmée comme désastre pédagogique, aura sacrifié plusieurs générations d’enfants. Ces cobayes d’une école pour une Algérie “authentique”, où l’on apprend aux élèves à croire et non à penser, et à “photographier” des connaissances adaptées à leur “identité” officielle, font, pour la plupart, l’Algérie d’aujourd’hui et feront celle de demain.

C’est le ministre lui-même qui, après deux décennies de résistance à la réalité, vient de dire que l’école était “sinistrée”. Était, autrement dit, ne l’est plus. Soit ! Si, aujourd’hui, il reconnaît la ruine passée de notre école, il en reconnaîtra sûrement plus tard les dommages en cours.
Il faut dire que le ministre n’est pas aidé, ni par la société ni par son personnel.
La société s’organise pour s’en tirer individuellement et pour ceux d’entre les parents d’élèves qui n’ont pas de stratégie familiale d’éducation, ils se contentent de profiter de la fonction garderie de l’institution.

Les enseignants non plus ne sont pas d’un grand secours, à s’en tenir à l’expression strictement syndicale de leurs préoccupations. Leurs difficiles conditions sociales et professionnelles ne justifient point, en effet, que la revendication en reste au seul niveau social, même quand elle adopte le discours pédagogique. On ne s’explique pas que des enseignants qui s’inquiètent de voir leurs journées se rallonger ne s’émeuvent point du tabou du vendredi matin et conçoivent que des vacances scolaires s’étalent du 9 mai au 13 septembre !
Il est normal que le débat de la rentrée scolaire finisse par être drapé dans  les  tabliers colorés  et  emmanchés des élèves : les questions de fond ont l’éternité pour elles.

LIBERTÉ

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