Économie politique


Faut-il s’étonner de l’offre de ce maire de la région de Mila qui, selon un confrère, met quatre milliards de centimes sur la table pour une place à la Chambre haute ? La démarche est pourtant tout à fait concevable. Contraint par les luttes démocratiques à adopter le multipartisme, le système s’est conçu une démocratie “spécifique”, dont la caractéristique principale est de contrôler l’accès aux fonctions institutionnelles. Celles-ci doivent surtout échapper à la volonté populaire.

Il s’agit de filtrer les ambitions politiques afin que ne passent que celles qui correspondent au profil requis par le pouvoir suprême. Des élus qui prendraient au sérieux leur statut de “représentants du peuple” seraient subversifs pour un ordre institutionnel basé sur le oui unanime.
Des critères précis, autres que ceux qu’on peut lire dans la loi électorale, sont conçus et tacitement diffusés pour que tout citoyen en soit averti avant qu’il ne lui prenne d’avoir des prétentions civiques. Quels sont ces critères ? Notre candidat idéal doit, en premier lieu, prendre conscience que son élection procède plus de la cooptation de la hiérarchie que du choix des lecteurs. Le pouvoir ne fait d’ailleurs aucun secret de la fraude électorale, comme modalité de sélection politique. Il ne s’en défend que pour la forme.
Ensuite, il ne lui est demandé de ne faire valoir aucune autre qualité ou compétence que celle de pouvoir répéter, dans la langue qui convient, les formules toutes faites sur l’amélioration de la situation économique, sociale ou sécuritaire qui crève les yeux partout où l’on regarde et de savoir manier quelques pieuses locutions.

Le procédé a aussi pour “vertu” d’éloigner les ambitions réellement politiques, c’est-à-dire les citoyens qui ont quelque idée et qui auraient à cœur de la mettre en œuvre au profit de la commune de la région ou du pays. Voyant que la vie publique n’est pas faite pour cela, ils se désistent d’eux-mêmes. Mais s’ils consentent à s’adapter, le système dispose d’une véritable politique d’intégration pour les accueillir dans son vaste sérail.
La médiocrité occupe alors le terrain politique et étant plus opportuniste que subversive, l’ordre règne dans les institutions.
Mais il ne faudrait pas que ces éléments “inadaptés” s’éloignent trop du système pour devenir des forces autonomes. Tout ce qui n’est pas intégré est réputé nuisible. Et pour renforcer ses rangs en se réconciliant, à sa sauce, la vraie vocation militante, le système impose une autre règle à la société : pas de réussite en dehors du système, ni sociale, ni économique, ni intellectuelle, ni académique, ni politique bien sûr. C’est à peu près dans le même esprit qu’il tente de se “réconcilier” les islamistes armés : prospérité contre intégration. C’est en fait l’adaptation “démocratique” de l’article 120 de l’ex- parti unique : pour finaliser l’ambition la plus saine ou la plus sournoise, il faut passer par le système d’allégeance et de passe-droit. Même en affaires, c’est un passage obligé.

Ce n’est donc pas étonnant qu’un maire qui, au vu de la somme brandie, est déjà dans le business, lance une OPA, offre (presque) publique d’achat, pour un siège de sénateur. Il sait ce que coûte un mandat et ce que cela peut rapporter. Avec ce calcul de rentabilité, nous avons inventé une nouvelle économie… politique.

LIBERTÉ

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