Mounir aït menguellet en procès à paris

Le combat de Aït Menguellet pour son fils

LIBERTE 29/01/2008

Mounir aït menguellet en procès à paris Le chanteur, qui clame l’innocence de son fils, craint que le procès ne prenne une autre direction que celle d’établir la vérité sur le crime.
“Le méchant musulman tue la gentille vieille catholique !” Ainsi auront pu titrer les médias français dans les papiers consacrés au meurtre en 2004 de Maria de Jésus Lopès, vieille dame d’origine portugaise, dans son appartement dans un immeuble appartenant autrefois au chanteur algérien, Lounis Aït Menguellet.

 

C’est tout comme, puisque la sémantique a été édulcorée pour dire la même chose sur le fils du chanteur, Mounir, logiquement présumé coupable, présenté comme l’auteur du crime crapuleux. Le procès s’est ouvert, hier, au tribunal de Bobigny, le verdict sera connu vendredi.

Le père, désemparé par la tournure de l’affaire, n’a pas caché son inquiétude, sa crainte que le procès prenne une direction autre que celle d’établir la vérité sur le crime. Il ne croit pas que son fils soit l’auteur. Et devant l’acharnement de la presse française, il a décidé de donner l’autre version des faits, se joindre au combat de son fils qui n’a pas cessé de clamer son innocence.

Les écrits accablants, particulièrement une dépêche “sordide” de l’officielle agence AFP publiée dimanche soir, s’appuient sans le dire sur le dossier de l’accusation fourni par l’avocat de la défense constitué par la fille de la victime. À moins que ce soit directement la justice française qui ait consenti ce geste au nom de son indépendance. En effet, avec les seuls témoignages et version de la fille, on est vite allé en besogne pour désigner le coupable idéal. Aucun autre témoignage ne sera retenu, y compris par l’enquête.

Depuis 2004, avec un coupable sur mesure, l’enquête a traîné. Quatre ans pour sortir un préservatif, un test ADN positif (encore une mode française) du sperme du coupable et quelques éraflures sur son corps pour l’envoyer vers la potence. Aucune autre piste, paradoxalement n’a été envisagée ou ouverte. Les enquêteurs “bien inspirés” ont tout concentré sur lui. Le profil est idéal. Algérien, donc musulman de facto, violent par essence, Mounir n’apprécie, suppose t-on par instinct, une catholique pieuse pourtant présentée comme sa confidente. Il la tue selon un rituel. Tous les éléments sont rassemblés, le faciès en tête, pour accabler directement l’Arabe même si l’AFP prend la précaution de dire que c’est le fils du “célèbre musicien” kabyle.

Il est 8h, en ce funeste jour lorsque Mounir passe voir la vieille dame dans son appartement ; geste habituel qu’il a pourtant promis d’éviter depuis que son père a vendu l’immeuble et l’a installé à Lens pour son travail alors qu’il se rend à Paris pour ses cours à la Sorbonne. La porte est ouverte. Il rentre dans l’appartement qui lui est familier. Il découvre la vieille dame morte.

Des journaux français donnent une description détaillée du corps. Un crucifix à sa main gauche, la photo du pape sur sa tête, celle de sa fille sur ses fesses et des écrits en latin, grec et en allemand sur sa peau. Son corps portait des plaies, une jambe presque sectionnée, une épingle de nourrice plantée dans son genou… des indices de pratique de la magie noire. Pratique que connaît également la victime qui est d’ailleurs superstitieuse. La piste est évidemment évacuée. Affolé par l’horrible spectacle, le jeune ne sait plus quoi faire. Il allait sortir lorsque (coïncidence ou hasard ?) la fille arrive sur les lieux.

Mounir, dans un réflexe humain dans de telles circonstances, essaie de l’empêcher d’entrer et de lui épargner l’image de l’état de sa mère. Elle se débat, le griffe, le mord, le frappe. D’où les traces sur son corps présentées comme des pièces à conviction. Personne ne voudra écouter sa version, bien entendu. Et la presse avec son superbe mépris tient alors “son bougnoule” et lui fait un procès. L’avocat de la partie civile ne s’est d’ailleurs pas gêné depuis le début d’occuper les colonnes de journaux avec ses déclarations. Et comme par pur hasard, l’AFP a omis le détail de la statuette du gendre criblée d’épingles relevé par le Journal du Dimanche. De la magie noire à laquelle se livrait la victime. Un élément d’importance que l’enquête a occulté. Et au lieu de défricher toutes les pistes, on tentera de démontrer la culpabilité du jeune Algérien par le recours à des expertises, ces sciences inexactes comme la graphologie. Mounir a eu droit même à un exorciste.
Toute sa vie est passée au crible sans prouver sa culpabilité. Hormis les traces de griffes et de morsure de la fille, on n’a trouvé aucune trace, aucune preuve sur l’accusé. Pas la moindre goutte de sang.

Autant d’anomalies et d’omissions qui nourrissent des doutes quant à l’impartialité de la justice. Cela d’autant que ce procès sent le racisme primaire. En tout point de vue, c’est une autre affaire Omar Raddad qui est rééditée avec les mêmes ingrédients, les mêmes acteurs et les mêmes procédés. C’est à croire que la justice française n’a toujours pas tiré de leçon de ses échecs.  

par Djilali Benyoub

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