L’état civil de Tizi Ouzou refuse de nouveau un prénom berbère

 Le déni identitaire sévit toujours en Kabylie

La dépêche de Kabylie 16/02/2008

Comme il a été signalé dans notre édition du 14 janvier, la famille Aoudia de Illilten ne sait toujours pas à quelle autorité se plaindre afin d’inscrire leur fils sous le prénom de Mass-Tyass. Le calvaire de ce père de famille a commencé le lendemain de la naissance de son enfant dans une clinique du chef-lieu de wilaya de Tizi Ouzou.

Alors que cette dernière été de tout temps le fief de la revendication identitaire, l’on assiste pantois à un rétrécissement des plus inquiétants du Champs de Manœuvres de tamazight en tant que réalité historico-civilisationnelle de toute l’Afrique du Nord. Stupéfait était le papa lorsque les préposés aux guichets de l’état civil de Tizi Ouzou ont tout simplement refusé d’inscrire l’enfant sous le prénom de Mass-Tyass qui n’est autre que le prénom d’un prince amazigh à l’époque du roi Jugurtha. Sous le prétexte que le prénom de Mass-tyass ne figure pas dans la liste des prénoms choisis unilatéralement par une administration xénophobe, Mass-Tyass demeure, deux mois après sa naissance "sans prénom."

Rencontré avant-hier dans son village, Madjid, le père du petit " Mass-Tyass ", souligne que " l’affaire est entre les mains du juge, lequel décidera de la suite à lui donner. " Par ailleurs, notre interlocuteur est catégorique, " aucune autorité, quelle qu’en soit ne saura me dissuader de le prénommer ainsi ", insiste le géniteur.
Après l’avoir trimballé d’un bureau à un autre, d’un étage à un autre, aucune suite positive n’est donnée à ses doléances.

Des questions s’imposent devant cet état de fait. Qui est derrière cette interdiction qui intervient des années après l’introduction de tamazight à l’école ? D’où viennent ces instructions, et pourquoi justement en ce moment où l’APC de Tizi Ouzou est sous les commandes d’un parti connu pour son hostilité au fait amazigh ? Les réponses ne seront que politique. Un vieil adage disait :"Tu chasses le naturel, il revient au galop.
"Les réactions négationnistes héritées des dinosaures de l’Administration durant les années d’or de "l’amazighophobie "sont de retour. La population assiste amère à une énième atteinte à la personnalité de la région, qui ne revendique jamais assez son attachement indéfectible à son histoire plusieurs fois millénaire.
Devant cette situation d’apartheid anti-amazigh des plus frustrants, la famille Aoudia, assistée par tous les villageois, ne compte pas lâcher de sitôt le bras de fer engagé avec un administration exécrée, par sa bureaucratie révolue.

Les auteurs de ce déni commettent impunément deux graves dérapages. Le premier consiste à interdire un prénom berbère à un petit-fils de chahid, exécuté abominablement par les forces coloniales. Le second n’est autre que le forfait de traîner dans la boue la Constitution où le fait amazigh est inscrit comme l’aboutissement d’un engagement acharné de toute la Kabylie pour la reconnaissance de son identité. Les hautes autorités du pays sont interpellées plus que jamais à mettre fin à ce genre de comportements qui n’honorent, malheureusement, ni leurs auteurs et encore moins les institutions de la République.  

par Mohamed Mouloudj

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