Les Algériens font-ils leurs 8 heures de travail ?

Baisse de la productivité et vieux réflexe

LIBERTÉ 04/09/2007Les Algériens font-ils leurs 8 heures de travail ?

Au moment où le dossier de la grille des salaires de la Fonction publique est à l’étude, il serait intéressant de voir sur le terrain les véritables raisons de la baisse de la productivité. Au-delà des vieux réflexes, liés à l’absentéisme et au manque de conscience professionnelle, la question revient lancinante. Mais combien d’heures travaille l’Algérien par jour ?

Le ramadhan, c’est connu, c’est le mois de l’année qui enregistre une nette baisse de productivité en Algérie. On est tenté d’en dire autant pour le reste de l’année même s’il ne jouit pas de la bienveillance religieuse, du jeûne et des longues nuits de veille qui constitue, généralement, le lot de la tolérance collective face à une véritable perversion de la valeur du travail vécue malheureusement comme une contrainte qui contrarie le bien-être des Algériens. Il est vrai qu’une telle description reste à la limite du caricatural, mais aussi grossière qu’elle puisse être, elle n’est pas aussi loin qu’on le pense de la triste vérité. Une vérité que nous renvoie aujourd’hui à la face certains patrons d’entreprises étrangères, dont le souci de l’efficacité s’accommode mal d’une certaine conception du travail en Algérie héritée de l’État providence. N’est-ce pas qu’on peut comprendre qu’une entreprise chinoise, japonaise ou française expatrie pour ses besoins de haute technicité, un encadrement de haut vol et un potentiel humain qualifié, mais que celle-ci ramène dans ses bagages de simples tâcherons ou manœuvres, l’on ne peut que s’interroger sur l’image que leur renvoie le travailleur algérien. Qu’on se mette d’emblée d’accord sur une chose : l’algérien n’est pas manchot, il n’a jamais eu cette réputation, il aura même prouvé qu’il est capable du meilleur. Sans être réellement, il est vrai, un “stakhanoviste”, le travail ne lui a jamais fait peur. Preuve en est la succession de générations d’immigrés algériens, partout en Europe qui ont donné le bel exemple.
Autrement dit, s’il y a matière à dire sur la nette baisse de productivité en Algérie, il faudra sûrement voir ailleurs que dans les qualités intrinsèques du travailleur algérien.

Les mauvaises habitudes ont la peau dure
C’est peut-être une question, d’environnement économique favorisant le moindre effort, étant dit que l’État dispose de lourds moyens financiers pour transformer politiquement, les défaillances dans le secteur censé être productif en actes de performance.
Et il est aujourd’hui regrettable de constater que dans la plupart des pays, le développement de l’emploi dans les secteurs de services et, dans une moindre mesure, dans le secteur industriel, est allé de pair avec des gains de productivité, alors qu’en Algérie, la création d’emplois qui aligne des chiffres séduisants s’est accompagnée paradoxalement, selon les spécialistes, d’une baisse de la productivité. Posons le problème de manière concrète et demandons-nous trivialement combien travaille réellement en moyenne un algérien dans une unité de production ou dans une administration ? Quand celui-ci pointe à huit heures et se consacre pendant une bonne heure, avant de toucher à son outil de travail, à certaines petites habitudes, somme toutes normales dans nos entreprises.
Quand il arrête une bonne demi-heure pour se préparer à sa pause déjeuner et une autre demi-heure qu’il grignote avant de reprendre son outil de travail. Quand il lâche son outil de travail une demi-heure plutôt pour se préparer à quitter son lieu de travail à qui doit-on réellement faire le reproche ? Au travailleur, à son responsable ou à une conception élastique des heures de travail érigée en norme dans le pays ? Qui de nous n’a pas eu la désagréable surprise de se présenter une demi-heure avant la fermeture d’une administration ou d’une unité de production et trouver portes closes. Ou encore de se présenter à huit heures aux portes de ces mêmes édifices, pour patienter une heure durant avant de voir les choses se mettre en place. N’a-t-on pas souvent entendu quand on cherche après un employé en fin de matinée, que celui-ci est parti déjeuner ou encore qu’il n’est pas encore venu de ce même déjeuner si on le demandait en début d’après-midi. Le comble, personne ne trouve à redire à un tel état de fait qui s’est incrusté durablement dans nos mœurs. Non, le travailleur algérien n’est pas manchot !
Pour arrondir ses fins de mois, sans pour autant voir son salaire de technicien en électricité, en froid ou encore en mécanique par exemple dans une entreprise amputée, il profite d’un manque flagrant de rigueur dans la gestion et de certaines complicités, pour quitter son lieu de travail plus tôt et aller effectuer des travaux bien rémunérés chez un privé.

L’absentéisme est-il une fatalité pour les responsables algériens ?
Que dire alors d’un taux d’absentéisme dont l’Algérie se distingue particulièrement et qui est vécu par nos responsables comme une sorte de fatalité. Que dire encore de cette courbe ascendante de congés de maladie dont on sait pertinemment qu’une bonne proportion est fictive. Ceci pour bien signifier que l’Algérie s’est dotée de toute l’instrumentation constitutionnelle et juridique pour préparer son entrée dans l’économie mondiale. Les responsables du pays continuent à réfléchir en termes de mise à niveau technique, de qualification, de perfectionnement, de capacités théoriques de production et d’amélioration de la productivité sans trop accorder l’importance voulue à l’élément humain et l’environnement vicié dans lequel il évolue.

Il est vrai que le niveau de formation qui entrave l’accès aux hautes technologies est à mettre en cause, mais les bas salaires en ce qu’ils limitent toute hausse de productivité reste à méditer.
En ce sens, il y a peut-être lieu d’évoquer les inégalités sociales induites par une économie informelle qui dévalorise l’effort au travail en ce qu’il est vécu par nombre d’employés des circuits officiels comme une véritable injustice. Que vaut, en effet, une journée de labeur dans une entreprise avec à la clé à peine de quoi subvenir aux besoins élémentaires d’une famille à côté d’une bonne affaire réalisée au coin d’une table d’un café et qui vaut son pesant d’argent. Il ne faut pas se leurrer, aujourd’hui, rares sont les Algériens qui arrivent à joindre les deux bouts, sans trouver d’autres accessoires à leur travail dans une usine ou une administration.

Bien sûr, une telle perspective ne se présente pas, sans dommage sur les performances de l’économie nationale, orpheline faut-il le souligner des véritables leviers de la productivité et de ses repères.  

par Zahir Benmostepha

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