Le 8 mars célébré avec faste par les citadines

Et la femme rurale ?

La dépêche de Kabylie 09/03/2008 Le 8 mars célébré avec faste par les citadines

Dans les contrées éloignées des centres urbains, à l’instar des zones rurales, bien des événements passent inaperçus, comme c’est le cas aujourd’hui pour la célébration du 8 Mars. En Kabylie, hormis les chefs-lieux de wilaya où l’événement connaît une certaine animation, les localités rurales vivent cette journée comme toutes les autres à longueur d’année. La femme kabyle, bien que son rôle ne soit plus à démontrer dans la vie de tous les jours et dans les moments les plus déterminants de son histoire, prouve chaque jour que son importance est incontestable à plus d’un titre et parfois, transcende même le rôle des hommes. Il n’en demeure pas moins qu’elle reste, dans sa large proportion, en marge des acquis de la liberté.

Il faut dire que les villages kabyles fonctionnent dans une stricte règle traditionnelle, la femme est la première à en subir le poids jusqu’à se voir exclue et marginalisée.

La femme rurale en Kabylie a eu à gérer son foyer dans l’absence de l’époux immigré à l’intérieur ou à l’extérieur du pays pour de longues périodes. Confrontée à la rudesse du climat et au relief accidenté, la femme kabyle s’en sort tant bien que mal. Le champ, l’élevage sont les sources principales de sa subsistance, elle s’occupe également de l’éducation de ses enfants. Durant la Révolution algérienne et bien avant, la femme kabyle était au devant des événements, celle retenue par l’histoire est Lala Fathma n’Soumer laquelle a combattu les colons avec bravoure à la tête de milliers d’hommes. Dans ces contrées enclavées, loin des feux de la rampe, les villages kabyles ont réussi à engendrer des femmes porteuses de liberté et de modernité à l’image de H’nifa, artiste indexée dans son temps mais qui a fini par s’imposer pour devenir un véritable flambeau du combat de la femme. Les élans d’émancipation auxquels s’adonne aujourd’hui la femme kabyle, trouvent leurs racines, dans le dur combat mené par leurs aînées, forcées dans certains cas, à l’exil, au vu du sévère et impitoyable système patriarcal qui régit la Kabylie.

Lors des derniers événements qu’a connue la région depuis les années 80, avec le Printemps berbère ou encore le Printemps noir en passant par la décennie noire du terrorisme, la femme kabyle s’est impliquée sans répit pour faire avancer des questions posées localement mais à portée stratégique nationale, à l’exemple de la revendication culturelle, pour la reconnaissance de la langue amazighe. La femme kabyle a toujours été le gardien du temple, c’est grâce à elle que la disparition de la langue a été évitée s’étant évertué, en dépit de tout, à transmettre à sa progéniture la maîtrise parfaite de la langue kabyle et la conservation des us et coutumes qui font la personnalité des Kabyles. Lors de la lutte citoyenne aussi, qui a vu la Kabylie perdre plus de 120 jeunes à la fleur de l’âge, la femme kabyle n’est pas restée en marge, sa participation à des manifestations publiques, le soutien sans faille apporté à la dynamique citoyenne, a permis de donner d’abord du tonus au combat et surtout stopper l’aventure et le risque encouru par les jeunes en furie.

Durant les années 2001-2002-2003, la Kabylie, qui était au bord du chaos, a eu du mal à remonter la pente, si ce n’était la synergie des forces, dont celles des femmes, lesquelles n’ont pas abdiqué devant la bêtise, s’agissant de défendre la Kabylie en la protégeant de l’incurie et de l’isolement. Tous les 8 Mars célébrés, ne pourront jamais rendre hommage à la femme rurale de Kabylie et de toutes les régions d’Algérie laquelle, en dépit des rôles importants assumés, a donné sans rien recevoir. A l’exception de certaines manifestations folkloriques, par-ci, par-là, la femme algérienne en général et kabyle en particulier, voit sa condition avancer d’un pas pour reculer du double. La femme fait face à un double diktat, celui de l’homme et celui du système. Elle se trouve prise en otage dans un tacite accord et fait face à un arsenal juridique qui rétrécit ses libertés et la prive de ses droits.

Toutefois, la condition féminine en Algérie connaît des balbutiements à même de faire avancer les choses, malgré les innombrables résistances. Comme partout ailleurs, le combat des femmes en Kabylie signe des avancées mais force est de constater que ces dernières années, toutes les luttes sont pratiquement tétanisées, y compris le combat des femmes, ce 8 Mars, la femme saura-t-elle relancer son combat pour plus de liberté et de citoyenneté ? Sinon, elles se contenteront d’une demi-journée payée et de quelques fleurs offertes pour un hommage... d’un instant.
 

par Khaled Zahem

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