Un Eldorado dites-vous ?

 Des immigrés au Canada revenus au pays
La dépêche de Kabylie 09/03/2008 Un Eldorado dites-vous ?
L’immigration au Canada attire plus de 3 000 Algériens par an, selon les autorités canadiennes, lesquelles précisent que le Québec serait la destination favorite, vu que le francais est la première langue d’usage dans cette province.
La communauté algérienne résidant au Canada est estimée à plus de 45 000 personnes, selon les chiffres d’un ancien ministre québécois de l’Immigration, sans compter ceux qui ont acquis la citoyenneté canadienne, le Québec étant leur destination préférée; ils sont plus de 90% à s’établir dans cette charmante province de 8 millions d’habitants.

La procédure à suivre pour obtenir le fameux sésame est à la fois fastidieuse et très longue. Ainsi, il faut mener un véritable parcours du combattant et s’armer d’une grande patience pour peut-être voir son dossier arriver à terme, car comme nous l’explique un ancien consultant en immigration, plusieurs candidats à l’immigration ont laissé tomber à mi-chemin et se sont retirés car parfois il arrive que la procédure tarde jusqu’à quatre ans.
Mais plusieurs personnes qui ont eu la chance d’obtenir leur visa pour se rendre au Canada ont vite fait de déchanter, et pour cause. Une fois arrivés au Canada, les Algériens découvrent que même si la vie y est plus facile par certains aspects, c’est loin d’être l’Eldorado rêvé. Pays mythique, le Canada vit aussi au rythme d’une réalité, qui peut surprendre les immigrants qui s’attendent à une vie et un gain faciles et sans embûches. 20% des immigrants, déçus, quittent le Canada pour retourner dans leur pays d’origine. Des Algériens, tous les ans, reviennent et se réinstallent dans une vie qu’ils pensaient avoir définitivement quittée. Le taux de rétention - ceux qui restent - est quand même élevé : les 4/5 s’accrochent et refont leur vie dans un pays où la bureaucratie est moindre et les chances de réussite plus équitablement réparties.

Parmi la communauté, il est des réussites exemplaires et d’autres moins brillantes. Ainsi le taux de chômage des Maghrébins établis dans la province du Québec dépasse les 29% alors que le chômage dans cette province est de 5,2%. Pathétique réalité pour des Algériens, partis améliorer leurs conditions socioprofessionnelles. La xénophobie et le racisme ont fait leur apparition dans le quotidien des immigrés, comme nous le confie Farid, résident permanent " les gens vous regardent comme si vous étiez des criminels, je me suis vu refuser plusieurs jobs à cause de mon nom et de la couleur de ma peau, c’est vraiment difficile pour quelqu’un de couleur de vivre là-bas. Récemment, deux étudiants marocains ont été agressés et traités d’Arabes, les insultes raciales sont aussi fréquentes". Plusieurs personnes ont préféré quitter le Canada pour les Etats-Unis et d’autres pour l’Europe après avoir acquis leur résidence. La communauté algérienne établie au Canada est divisée entre enthousiasme et scepticisme. Sur un autre registre, les immigrants maghrébins, notamment les Algériens, pourraient bientôt perdre leur Eldorado nord-américain. Le Canada francophone, qui les accueillait de longue date, pourrait leur tourner le dos avec la promulgation d’une loi visant à diminuer le flux migratoire venant du bassin maghrébin. Les menaces terroristes auraient eu raison de l’hospitalité traditionnelle de la province de Québec. Ainsi sur 20 000 dossiers bloqués au niveau du service de l’immigration de Montréal, la majorité concerne les Algériens. Les raisons de ce blocage demeurent inconnues et ne présagent pas de bons auspices pour l’avenir, vu que les portes se referment de plus en plus sur la catégorie des travailleurs qualifiés, sauf peut-être pour les cadres et les universitaires Ajouter à cela qu’il faut disposer de l’équivalent de plus de 100 millions de centimes sur son compte, une manière peut-être de dissuader les éventuels immigrants. Ceux qui ont préféré revenir au pays nous expliquent leur choix par le fait que le chômage concernant les immigrés s’accentue de plus en plus et les conditions de vie de ces derniers se sont dégradées, outre le froid légendaire qui y règne. Autant d’aléas qui s’ajoutent à une donnée essentielle : la province du Québec entame une nouvelle configuration pour sa politique de l’immigration où, vraisemblablement, on privilégie les pays qui ont de solides traditions en matière d’éducation pour leur soustraire une main-d’œuvre de qualité. La question de la qualification professionnelle d’immigration algérienne a été déjà posée en 1997 dans un rapport du ministère des Ressources humaines. Récemment encore, un animateur algérien évoquait un autre problème en déclarant sur sa radio communautaire que nos concitoyens sont les seuls immigrants du monde arabe à demeurer longtemps tributaires l’aide sociale de l’Etat (Bien-être social, B. E. S). Information à prendre au conditionnel.

Les Algériens qui sont retournés au pays sont unanimes, l’Eldorado tant rêvé n’est pas toujours au rendez-vous. Le contraste entre les immigrés et les Canadiens est flagrant et la discrimination dans quelques villes a atteint son paroxysme, à tel point que certaines personnes ne sont pas acceptées dans des lieux privés et publics. Une réalité amère pour un pays jadis accueillant, se dissimulant aujourd’hui sous le fallacieux prétexte d’une éventuelle menace terroriste.
 

par Merbouti Hacene

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