4e Salon du livre et multimédia amazighs à Boumerdès

 La Depeche de Kabylie 23/04/2008 4e Salon du livre et multimédia amazighs à Boumerdès

Bilan, état des lieux et perspectives de l’édition amazighe

Le Salon du livre et du multimédia amazighs, dans sa 4e édition, qui s’est tenue à Boumerdès, a suscité un intérêt chez les différents visiteurs qui ont eu par ailleurs à satisfaire leur curiosité toute légitime de découvrir pour les uns la culture amazighe à travers le livre et l’échange direct avec les auteurs et les éditeurs présents, et pour d’autres de s’enrichir davantage.

Les différentes activités prévues à cet effet se sont déroulées dans un climat de convivialité : vente dédicace des différents ouvrages produits en tamazight en présence des auteurs, conférences, ateliers "lire et écrire Tamazight en cinq jours", ainsi que la caravane du livre et multimédia amazigh- bibliobus de la bibliothèque nationale d’Algérie, qui a sillonné quelques localités de la wilaya de Boumerdès : Ammal, Bordj-Menael et Naciria.

Le Rocher noir”, rampe de relance de l’édition amazighe

En somme, le salon du livre et multimédia, dans son édition de Boumerdès, aura le mérite d’avoir amorcé la dynamique de fédération entre auteurs, éditeurs et lecteurs, et aussi d’avoir mis les différents acteurs ; institutions, auteurs, chercheurs et militants de la cause face à certaines questions et vérités qui insuffleront, par leur décryptage et leurs réponses, un nouvel élan qui apportera rigueur, qualité et variété dans la production à venir. Sans exagération aucune, l’échange direct entre les différents acteurs a fait son effet. Des conférenciers de renom se sont succédé à la tribune de la salle de la maison de la culture pour en donner le meilleur d’eux-mêmes aux auditeurs. Les inscrits aux abonnés absents auront eu donc tort d’avoir raté le rendez- vous de Boumerdès ! Peu importe si les éditions précédentes, Bouira et Oran, paraissaient “petites” ; elles auront permis de faire l’état des lieux et capitaliser les efforts de deux générations de militants. Afin de voir où en l’édition en langue tamazight, on a tenté d’écouter les avis de tout un chacun : chercheurs, auteurs éditeurs et enseignants. Si après les commentaires des uns et des autres chargés parfois de passion, les questions auxquelles ont répondu nos interlocuteurs sont autres où en est alors l’édition dans notre pays ? Qu’est-ce qui a fait que les auteurs, en grande majorité, opte pour la publication de recueils de poésie ? Quels sont les éléments qui permettront de booster l’édition et la culture Amazigh ? Qu’est-ce qui a motivé l’édition chez certains ? Est-il possible de créer une association d’éditeurs ? Y a-t-il des incidences du fait que la présidence du HCA est restée vacante ?....

Vers la convergence de tous les acteurs

“Il y a une progression de la production d’une manière générale mais en tamazight — hélas ! — la production est maigre. Cela est dû au fait qu’il est plus facile d’écrire un recueil de poésie que d’écrire une nouvelle, un récit ou un roman. Les éditeurs doivent mettre en place des commissions d’experts pour sélectionner les produits à éditer. Au niveau du HCA, il y a une commission mais elle n’expertise pas tous les travaux. Que ce soit au HCA, ou nous en tant qu’universitaires chercheurs, ou toute autre association, il faut qu’on observe une halte pour faire le bilan à tous les niveaux afin de savoir où l’on est et comment faire avancer les choses”, déclare M. Imarazene, docteur en linguistique berbère. Et d’ajouter : “Une passerelle entre éditeurs, auteurs et universitaires favorisera le travail de qualité par la rigueur et la sérénité. En effet, j’ai entendu parler de cette idée (création d’association d’éditeurs et d’auteurs)…C’est une bonne idée en soi, mais qui prendra l’initiative ? Qui dirigera l’organisme ? D’ailleurs, la présidence du HCA ne doit pas rester vacante, quoiqu’il fonctionne actuellement : il lui faut un président pour alléger l’atmosphère et fédérer les énergies. ”

A. Menniche, enseignant en tamazight (cycle moyen) et auteur de neuf ouvrages, trois dictionnaires, cinq livres para-scolaires et un CD multimédia, en faisant la rétrospective du parcours semé de difficultés de tout ordre que les enseignants ont vécu depuis 1995, affirmera “Tamazigh... parent pauvre” ; “En 1995, les gens étaient chauds, curieux de découvrir Tamazight, Tifinagh…Les premiers cours étaient difficiles à assumer ; on avait du mal à trouver des documents de base pour travailler ; aujourd’hui, on est là, avec un choix de documents. Ce qui constitue déjà un acquis. Maintenant, il y a un autre type de problèmes : des problèmes socioprofessionnels, de statut,… Au-delà du problème politique, la culture en générale, et Tamazight en particulier, connaît aujourd’hui les mêmes problèmes qu’en 1995; le cœfficient qui lui est affecté est bas, le manque flagrant d’enseignants, le manque d’intérêt et de considération véritables des pouvoirs publics pour la promotion de Tamazight au même titre que la culture Arabe." L’orateur n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour décrypter et expliciter son point de vue en soutenant : "Mon expérience d’enseignant ne m’a pas laissé indifférent et m’a prédisposé à contribuer modestement ; je ne conçois pas que mes successeurs aient les mêmes frustrations…A vrai dire, il ya un manque d’hommes de lettres proprement dit en Tamazight, mais ça vient progressivement, le temps fera bouger les choses. Maintenant, on doit être exigeants avec nous-mêmes et plus rigoureux ; ainsi, il faut que l’élite s’implique davantage en faisant appel aux nouvelles technologies… Il ya nécessité d’un journal en Tamazight ; TAMURT, IZURAN, seuls journaux qui éditaient des pages en tamazight, ont fini par mettre la clef sous le paillasson, faute de soutien financier…Pourquoi l’état ne les aide pas? Seule l’union de tous les acteurs pourra ménager Tamazight ; il faut la placer par-dessus toute autre considération…Il faut que le politique la prenne en charge sans qu’elle soit le cheval de bataille de qui que ce soit, c'est-à-dire le politique ne doit pas l’entraîner dans un engrenage quelconque. "

L’oralité, un caractère indéniable

Mariche Ahcène, jeune auteur et poète (quatre recueils de poésie dont un traduit en anglais ; les nuits volubiles), voit les choses sous une autre approche : "On est dans une société orale ; presque toutes les familles ont au moins un poète, et puis les éditeurs n’éditent plus ; tout ce que j’ai édité, je l’ai fait à compte d’auteur. Ceux qui disent que la poésie ne se vend pas, c’est faux…la qualité, la médiatisation et faire parvenir le produit aux consommateurs, c’est important. Je suis traduit en onze langues concernant le poème "Sidna Valentin". Concernant l’édition, on a pas d’éditeurs professionnels. Et ceux qui existent qu’est-ce qu’ils veulent enfin ? Je connais des dizaines d’auteurs dont les nouvelles-romans croupissent et ne trouvent pas d’éditeurs…Moi-même, j’ai un éditeur en France mais, ici non…et pourtant ça marche ; "Tazultiw" (confidences et mémoires) sortira ces jours-ci mais en France et pas ici. En ce moment, j’ai dix autre ouvrages (en poésie) à éditer.
Faire usage des nouvelles technologies de l’information ; CD, informatique, Internet…peut apporter un souffle à la culture amazighe. "

... Impulser une nouvelle dynamique

Y. Merahi, SG du HCA, nous dira ; "C’est celle-là la situation du salon multimédia Amazigh. Chaque année, on découvre quelque chose qu’on ajoutera à ce qui était. On avance peu à peu, en pionniers, en édition et culture Amazigh. L’année prochaine, on associera la bibliothèque nationale pour en faire un salon international. On essayera d’avoir nos voisins : le Maroc, la Tunisie, le Niger ".

Hachemi Assad, directeur de la promotion culturelle au HCA, nous dira ; "…Les efforts consentis jusque-là sont éparpillés et la dislocation en est une réalité, la production demeure timide. Il est temps urgent même de mettre en place et de poser les jalons d’un édifice dans lequel se reconnaîtront tous les acteurs et militants de la culture Amazigh… Il faut impulser et soutenir par une nouvelle dynamique la promotion culturelle Amazigh dans ses différents aspects. "

Le hall de la maison de la culture Rachid Mimouni est réparti en stands occupés par plusieurs associations (Imedyazen, Numidia, Izelxan n M’zab), maisons d’éditions (Odycée, Tira, Sfraber, APIC, Zyriab, Casbah, Alpha, Savoir,Chihab) venus de plusieurs régions du pays ; Béjaïa, Dhardaia, Tizi-ouzou, Alger,…en plus des stands du HCA, de la BN, de l’ANEP, IZEM pro, CNRPAH. Aussi, une tente a été installée au coin de la cour de la maison de la culture R. Mimouni.

L’avant-dernière journée du Salon du livre et Multimédia Amazighs a été marquée par la défection d’un conférencier, Gana Arafat, sous directeur au ministère de la Culture ; il devait animer, hier, une conférence intitulée : "La place du livre amazigh dans la politique éditoriale du ministère de la Culture". Les organisateurs ont tenu à déplorer le fait que le conférencier s’est inscrit aux abonnés absents. Certains nous ont confié qu’ils s’attendaient à cette défection inattendue pour d’autres. "Cela dénote de l’intérêt que porte le pouvoir pour la cause et la culture amazigh", ont commenté d’autres.

... Attention particulière des universitaires

La période qu’aura duré le salon s’est caractérisée par une affluence nombreuse des étudiants de la ville de Boumerdes, notamment les Arabophones ; ils sont très chauds et ravis de découvrir une partie de la culture de leur pays, à travers le livre, qu’ils ignoraient totalement par le passé. Aussi, plusieurs universitaires sont arrivés à Boumerdes, en vue de prendre part à la cérémonie de clôture qui aura lieu aujourd’hui. Nous tenons à signaler que les présents, universitaires et autres ont eu une pieuse pensée à l’illustre R. Alliche, un des militants dévoué de la culture amazighe. Par ailleurs, la conférence "Vie et œuvre de R. Ait Mensour Ouahès", a été suivie avec intérêt, vu le vaste champ d’action de ce directeur de recherche Dr Y. Nacib, Après un exposé sur le parcours de l’universitaire en retraite depuis 1993, en France, s’est prêté au jeu des questions réponses avec l’assistance. L’orateur a rapporté que Pr. Ouahès a été l’inventeur d’un procédé de distillation de l’eau, en diminuant le temps de distillation de moitié. Emérite qu’il est, le Pr Ouahès est aussi poète, dans les deux langues ; celle de Molière et sa langue maternelle. Il a édité trois recueils de poésie en kabyle, et il est l’auteur d’une traduction du Coran en tamazight, éditée en 2005. La cérémonie de clôture du salon qui aura lieu aujourd’hui, vingt-huitième (28e) anniversaire du Printemps berbère de 1980, est tant attendue par les citoyens de la région. Selon certains, l’annonce de la présence de l’artiste chanteur Ait- Menguellet fera certainement l’événement, en particulier s’il apportera un témoignage. En fin d’après-midi de la journée d’hier, il y a eu la projection du film "Au nom de Vinci" de Menad M’barek à la Maison de la culture R. Mimouni.

Le 20 Avril, un hommage aux aînés et à la femme

Rappelons que la Journée du 20 Avril est voulue par les organisateurs un hommage à l’illustre poète Ben Mohamed. L’arrivée de celui-ci, accompagné de H. Oubachir a embaumé la cérémonie de clôture. Quant à la participation du chanteur et poète L. Ait-Menguellet, les nombreux visiteurs ont été suspendus au suspense jusqu’aux environs de midi : l’animateur ayant annoncé qu’il s’est excusé. Au cours du récital poétique des deux invités, le public a été gratifié par la déclamation d’une poésie de haute facture, notamment par le poème "Ayemma" déclamé en duo par les deux poètes. Le poème, hommage à la femme kabyle, et qui s’en est suivi par un autre du talentueux animateur de la chaîne deux, S. Belharet, ont suscité l’admiration du public. La cérémonie de clôture était une opportunité pour récompenser les meilleurs élèves en Tamazight de la wilaya de Boumerdes. Ben Mohamed qui aura remarquer la suprématie de la gent féminine en culture amazighe dira : "Tant que notre culture est dans la loge de la femme, on a rien à craindre." Samira de Koléa qui a forcé l’admiration de l’assistance, fera réagir le S.G du HCA ; "On promet de lui éditer un ouvrage", dira- il. Aussi, les étudiants de Boumerdes ont tenu à marquer la journée du 20 Avril à leur manière. A cet effet, des festivités ont été organisées par l’association CIRTA : une marche a été organisée de l’INH au siége de la wilaya. Par ailleurs, ils ont tenu à exprimer leur mécontentement du fait qu’il y a eu cours ce jour du 20. Zahia, étudiante en informatique de gestion nous dira à ce propos : "Aujourd’hui est déclaré Journée mondiale de l’ADSL à Boumerdes", avec ironie ; faisant allusion à l’installation de l’ADSL au cyber de la Maison de la culture R. Mimouni en ce jour du 20 Avril, au dernier jour du salon du livre et Multimédia amazigh.




ECHOS DU SALON



Sr Lucienne Brousse : “La méthode Tizi-wwucen est une méthode audiovisuelle d’apprentissage de tamazight destinée aux étrangers d’origines étrangères diverses. Ladite méthode a, selon des témoignages, donné de bons résultats avec les arabophones au département de langue et culture amazighes de l’UMMTO. Répartie en deux étapes, elle est basée sur des textes courts… Le kabyle moyen ; ce qui n’existe pas en parler est ce qui a été imposé par S. Chaker. ”

S. Chemakh (linguiste) : “L’idée des ateliers ; lire et écrire tamazight en cinq jours est du HCA, après avoir remarqué des erreurs dans les manuscrits présentés. On leur a conseillé de faire des cours accélérés. Ils sont une vingtaine, dont un arabophone. Les cours continueront par correspondance ou par des rencontres à travers le HCA. C’est un programme de cinq séances de quatre heures chacune, donc de vingt heures pour avoir une attestation. ”

B. Aziri (linguiste) : “… J’ai participé à la première marche de Hesnnawa vers la wilaya en tant qu’étudiant. L’arrestation de Mouloud Mammeri était un déclic bref pour notre sortie dans la rue pour manifestation. Le 20 Avril, c’est juste un anniversaire ! Non, pas vraiment ; toutefois, on remarque la tendance que l’anniversaire est fêté par des gestes automates… On ne se pose vraiment pas les vraies questions. Ce qui est rassurant, c’est que chaque année la production en tamazight est croissante. L’aspect qualitatif de production, réflexe sur l’évolution de l’amazighité, dans un contexte de liberté (en l’absence de censure). 28 ans après, le 20 Avril continue de rassembler des foulse, ce qui témoigne de la force de la revendication qui a donné le Printemps berbère ; cette flamme, il faudra l’utiliser à bon escient, de façon à faire avancer la cause, qui est la langue de tous les Algériens et réduire le fossé entre les arabophones et les amazighophones. ”   par Ahmed Kessi

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