Les syndicats autonomes de la fonction publique durcissent le ton

EL WATAN 12/04/2008 Les syndicats autonomes de la fonction publique durcissent le ton

 

« Le gouvernement ne cesse de tricher »


Nous ne sommes pas des agitateurs, ni des perturbateurs, encore moins des antinationaliste, nous sommes des éducateurs, des enseignants, des médecins, des chercheurs, des fonctionnaires au service du pays.

Nous revendiquons un salaire conséquent et décent. Est-ce un crime ? », s’est interrogé, hier, le docteur Lyes Merabet, porte-parole de la Coordination nationale des syndicats autonomes de la Fonction publique (CNSAFP) lors d’une conférence de presse animée à Alger. Cette réplique – partagée par l’ensemble des SG des organisations autonomes qui prendront part au mouvement de débrayage prévu pour les 13, 14 et 15 avril – est conçue comme une réponse aux propos « durs » tenus à leur égard par le gouvernement et ses proches « partenaires », en l’occurrence l’UGTA et certains partis politiques. En effet, 20 syndicats autonomes représentant tous les secteurs sensibles et affiliés à la CNSAFP et à l’intersyndicale ont décrété ensemble une grève nationale de deux à trois jours pour rendre encore plus visible leur mécontentement quant à la politique du gouvernement. Des sit-in, des rassemblements, des assemblées générales sont au menu de ces journées de débrayage. Dans leur ensemble, les syndicats réfutent et rejettent de manière catégorique la nouvelle grille des salaires en soutenant que les augmentations sont dérisoires et ne répondent pas aux attentes des fonctionnaires.

Syndicats autonomes-gouvernement, un dialogue qui se fait attendre

Il demandent dans ce sillage l’ouverture des portes du dialogue. « Certains d’entre nous ont un bac + 12 années d’études et touchent un salaire équivalent à 30 000 DA, alors que d’autres ayant un bac - 12, c’est-à-dire sans aucun diplôme ni compétence, ont un salaire avoisinant les 200 000 DA. Nous sommes en colère contre ce genre d’injustice. Nous dénonçons ces écarts injustifiés », a tonné M. Mériane. En tentant de schématiser cette réalité, M. Merabet a parlé de deux Algérie : celle où une catégorie de fonctionnaires touche plus de 200 000 DA et celle représentant la colonne vertébrale qui perçoit à peine 20 000DA. Pour répondre au patron de l’UGTA qui s’est félicité de cette nouvelle grille et au gouvernement qui ne cesse d’accuser les syndicats de faire dans la surenchère, M. Merabet, sans tergiversation, souligne qu’aucun des éléments avancés par M. Louh, ministre du Travail, n’a été pris en considération dans l’élaboration de la nouvelle grille des salaires, à savoir l’instruction, la compétence et les diplômes. « Ce sont des augmentations populistes sur lesquelles il y a eu triche pour tromper l’opinion publique. Concrètement, que représente une augmentation de salaire de 2000 ou 4000 DA face à un pouvoir d’achat qui connaît une érosion ? », a martelé M. Merabet. Le porte-parole de la coordination a rappelé que les syndicats autonomes n’ont pas de tutelle syndicale.

Une nouvelle grille des salaires décevante

En essayant de décortiquer la nouvelle grille des salaires, M. Mériane explique qu’ « en réalité, il n’y a pas eu d’augmentations conséquentes et que celle-ci (la nouvelle grille des salaires) ne répond pas aux aspirations des fonctionnaires en général ». « La nouvelle grille n’est autre qu’un réaménagement de l’ancienne grille avec de la tricherie », a-t-il poursuivi. Preuve à l’appui, M. Mériane a indiqué que l’ancien salaire de base du professeur de l’enseignement secondaire (PES) était de 10780,00 DA, l’indemnité spécifique de sujétion (ISS) est de 40% du salaire de base, l’indemnité de compétence sur le revenu (ICR) est de 6290,00 DA. Pour lui, le nouveau salaire des PES n’est en fait rien d’autre qu’une addition du salaire de base et de ces primes. « Le gouvernement ne cesse de tricher. Les fonctionnaires vont recevoir ce mois-ci des rappels et une petite augmentation, mais ils vont se réveiller le mois prochain sur une réalité amère. Ils se rendront compte qu’ils n’ont eu que des miettes », a scandé M. Mériane, qui revendique en outre la publication des salaires de tous les fonctionnaires en commençant par celui de Sidi Saïd, en passant par les personnes nommées par décret pour arriver aux députés et aux ministres. « Nous demandons la publication des fiches de paie de ces fonctionnaires qu’ils soient cadres ou autres et en ce moment, l’opinion publique comprendra mieux l’attitude du gouvernement qui dénie même l’existence des syndicats autonomes. Le peuple sera édifié ! », a souligné M. Merabet. Tout en qualifiant Sidi Saïd de porte-parole du gouvernement, l’orateur interpelle une fois de plus les pouvoirs publics pour l’ouverture d’un dialogue constructif et serein. « Nos ministres respectifs n’ont pas les prérogatives de prendre en charge la question des salaires, alors nous demandons au chef du gouvernement, seul apparemment habilité à débattre de ce sujet, d’ouvrir les portes de la négociation. Nous avons des propositions à lui soumettre donc il doit nous écouter », a souligné l’orateur.

Les partis déçoivent

Pour les porte-parole de ces organisations, les libertés syndicales sont un élément vital et l’ouverture du dialogue s’impose aujourd’hui plus que jamais. Les syndicats autonomes n’envisagent pas de céder d’un iota sur ces principes, ils veulent une paix sociale qui ne peut se concrétiser sans un salaire conséquent qui générera un travail de qualité. Abordant le rôle des députés et des partis politiques, Dr Yousfi regrette le comportement de certaines formations politiques, à l’instar du RND et du PT qui ont tiré à boulets rouges sur les syndicats autonomes. « Au lieu de nous inviter à discuter de nos problèmes, M. Ouyahia et Mme Hanoune nous accusent d’agitateurs. Ces partis doivent respecter le minimum de déontologie avant de se lancer dans une critique infondée contre nous », a-t-il fait observer en rappelant que l’objectif des syndicats autonomes est de défendre les droits des travailleurs et améliorer leurs conditions socioprofessionnelles. « Nous sommes convaincus que nos revendications sont justes et légitimes », a-t-il précisé, en assurant que les syndicats autonomes « continueront à se battre jusqu’à ce que l’échelle des valeurs soit reconnue ». Notons que les représentants des syndicats structurés dans la coordination et l’intersyndicale se rendront le 14 avril, 2e jour de grève, au Palais du gouvernement pour remettre une missive demandant audience au chef du gouvernement, ils se rendront par la suite à l’hémicycle Ziroud Youcef pour interpeller les députés et les sensibiliser sur leur action. Les hospitalo-universitaires tiendront, quant à eux, une assemblée générale le 15 avril à 10h, suivie d’un sit-in dans l’enceinte de l’hôpital Mustapha. Par ailleurs, les syndicats ayant déposé un préavis de grève ont été tous destinataires d’un document leur signifiant l’illégalité de leur démarche. La coordination a pris acte et se prépare d’ores et déjà à mettre sur pied une autre action... plus radicale
 

par Nabila Amir

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