Hacène Ahrès se confie à la Dépêche de Kabylie

 '' J’ai été taxé de chanteur de l’amour, et j’en suis fier ''

La dépêche de Kabylie 03/04/2008 Hacène Ahrès se confie à la Dépêche de Kabylie

Celui qui a marqué la chanson kabyle par ses mélodies berceuses, ses poèmes d’amour exaltants et émouvants, Hacène Ahrès remonte dans cet entretien jusqu’à ses débuts dans la vie artistique, évoque ses souvenirs. Il dresse par ailleurs un tableau peu reluisant de la situation actuelle de la chanson kabyle.
Avec le verbe qui le caractérise et la franchise qu’on ne peut lui denier, Hacène Ahrès , dans un élan révélateur, est allé aux tréfonds des motifs qui inhibent l’évolution de la chanson kabyle en espérant, avec une bonne dose de modestie, que sa contribution puisse, un tant soit peu, contribuer à améliorer les choses.

La Dépêche de Kabylie : Tout d’abord voulez-vous remonter un peu le temps pour nous parler de vos débuts dans la chanson ?
Hacene Ahres : Mes débuts remontent officieusement à mes 8 ans. Donc j’étais encore dans le primaire, à cette époque je jouais de la guitare, comme tous les artistes bien sûr, c’est une tradition chez nous. En effet, nous avons tous fabriqués notre propre instrument avec le fameux bidon d’huile, un manche et des fils de pêche. Vers les années 73/74, je me souviens, mon frère aîné a acheté une guitare, car il était étudiant à cette époque. C’était mon premier instrument. A partir de là, j’ai commencé à chanter et à composer des musiques. La première musique que j’ai chanté était la célèbre chanson de Djamila, Arnnu Yas Aman A xali.

Quelles sont les chansons et quels artistes interprétiez-vous à cette époque ?
Il n’y avait pas d’artistes à cette époque. C’est-à-dire que j’étais trop jeune pour apprécier ou comprendre. J’écoutais vaguement les chansons, et c’est tout. A cette époque, il y avait Cheikh El Hasnaoui, Cherif Kheddam, Dda Slimane Azem, que Dieu Ait son âme… et il y avait encore Aït Menguellet, je me souviens qu’à cette époque, il a édité la chanson, Telt Ayyam di L3amr-iw. A partir de là, je commençais à chanter tout seul. Ensuite, j’ai eu ma sixième et j’ai entamé les études au collège, c’était en 1979/80. C’est au CEM de Tamazirt que je suis monté pour la première fois sur scène. J’ai chanté, ce jour-là, deux chansons de Idir.

C’est pour vous un souvenir émouvant ?
Ah, oui, même si c’est un vague souvenir, mais la première fois quand je suis monté sur scène, j’ai chanté Idir lors des fêtes de fin d’année, donc du moderne avec une guitare et un petit orchestre. J’ai participé à des concours avec les différentes Maisons de jeunes. En 1983, j’ai également composé ma première chanson, Ugad-agh Ak Mezra-gh. Je l’ai chanté pour la première fois au lycée Abderahmane-El Illouli de Larvâa. Juste après, j’ai participé à l’émission de la Chaîne II, produite à l’époque par Medjahed Hamid, intitulée, " Les chanteurs de demain ". C’est avec cette chanson que j’ai entamé ma carrière officiellement, donc les années 84/85. Une année plus tard, soit en 1986, j’ai enregistré mon premier album, Fihel imetti.

Combien d’albums avez-vous enregistré jusqu’à présent ?
Douze en tout.

Parlez-nous un peu des thèmes de vos chansons, d’ailleurs on a l’habitude d’écouter un thème précis avec vous ?
Je l’ai dit et je le redis encore, parce que je ne fais pas des chansons sur commande. Je ne me dis pas tients, je vais chanter ce thème ou ce sujet. La chanson, comme je le disais tout à l’heure, c’est elle qui est venue à moi. Je ne me suis jamais dis que je serai un chanteur professionnel. La chanson s’est imposée à moi, j’étais jeune lorsque j’ai enregistré mon premier album. A 18 ans, on découvre l’amour et plein de belles choses et on découvre la vie. Et c’est cela qui m’a poussé à composer des chansons.

On ressent dans l’œuvre de Hacène Ahrès une continuité dans le thème. On a l’impression que l’œuvre suit les mélomanes.
D’ailleurs on ressent dans vos dernières production la touche de la sagesse qui vient avec l’âge, à la différence de vos anciens produits, c’était la jeunesse qui s’exprimait ?

C’est normal. Il faut le dire carrément ! Je chante l’amour et je suis taxé de chanteur de l’amour, j’en suis fier. Bien que je ne l’ai pas fait exprès. Mais heureusement que j’avais fais quelque chose déjà. J’ai conjugué cet amour à tous les temps. Cela veut dire, que je l’ai chanté dans tous ses états. C’est normal, je me disais que j’étais un jeune de 18 ans lequel du jour au lendemain découvre un sentiment qui s’appelle l’amour et c’est extraordinaire. Avec les années bien sûr, et maintenant cela fait plus de vingt ans, à chaque année suffit sa peine, je ne faisais que décrire l’état d’âme de l’amoureux, l’état de celui qui aime, on ne dit pas l’état de celui qui souffre, mais parce que même si l’on souffre dans l’amour, c’est une souffrance douce, et c’est extraordinaire. D’ailleurs l’amour se nourrit de ça. Il y avait l’abandon, le manque, donc chaque année, j’essaye de raconter, de décrire un petit peu l’évolution de ce sentiment, et cela dure jusqu’au jour d’aujourd’hui et c’est pour cela qu’il y a une suite logique dans mes chansons. Tout le monde m’a fait cette remarque.

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais dans nos chansons d’amour, on chante beaucoup plus les maux de séparation, les remontrances et parfois de la haine ?
Ce n’est pas exactement de la haine, mais je vais vous dire que quand l’amour est là, quand on vit cet amour et il est réel, on n’a pas besoin de le chanter. On le vit. Quand il n’est plus là, on le regrette et c’est là qu’on l’évoque et qu’on le chante. C’est ce que je raconte dans mes chansons. Moi, quand l’amour est là, je ne le chante pas, je le vit. Donc y a un amour, un sentiment. Et pour ne pas parler à demi-mot, il y a l’homme et la femme qui sont ensemble, donc je ne vois pourquoi chanter ? même si tu le chantes, il passera à côté. Qu’est ce qui attire dans une chanson d’amour ? C’est le texte qui fait mal. Parce qu’il ya une déchirure, une séparation. Quand il n’est pas là, on le chante et quand il est là on le vit. On se remémore de cet amour, on le regrette à chaque fois… donc on raconte à chaque fois les séquelles induites par la séparation.

Si nous prenons, justement à propos du thème de l’amour, Tavrats B-ul, une de vos chansons d’amour, beaucoup de titres ont suivi mais sans pour autant amoindrir son poids parmi votre public ?
Ce n’est pas uniquement Tavrats B-ul, d’autres chansons ont des textes forts, Ugada-gh Ak Mezr-gh, Sadsits, aussi sont bien élaborées. Moi personnellement, je ne peux pas faire de différence. Je ne peux pas trier et je ne peux dire que cette chanson est mieux qu’une autre ! Techniquement, je peux le dire. Cet album est mieux fini qu’un autre, la prise de son, les arrangements, etc. Mais sur le plan texte, je ne saurai le faire, parce que je raconte, je ne fais que raconter. Comme par hasard, Tavrats B-ul est tombée dans un contexte où elle a été recue mieux que les autres, c’est tout.

En tant qu’artiste, comment se présente pour vous la chanson kabyle actuelle, notamment dans son côté évolution ?
Je rends un très grand hommage aux anciens. Heureusement qu’ils sont passés par là. Ils nous ont laissé, quand même, un répertoire énorme et très riche. Ils ont fait de la vraie chanson. Sans citer de noms, parce qu’ils sont nombreux ne léser ni les uns ni les autres. Mais on assiste aujourd’hui à une déviation. Certains me diront peut-être que c’est une évolution, et pour moi c’est une drôle d’évolution. La chanson kabyle a son caractère, elle a son passé, elle a son poids et son apport surtout.
La chanson kabyle est une chanson décente, qui véhicule beaucoup de messages. Il ne faut pas oublier une chose, c’est que dans notre culture kabyle, on n’avait rien. Il n’y avait pas de cinéma, pas de littérature, pas de presse, son seul vecteur était la chanson. On est arrivé à un point où parfois, on enterrait nos morts avec la chanson. On les accompagnait aux cimetière avec la chanson de Ferhat ou de Matoub... Pour voir uniquement le poids de notre chanson. En plus, c’est grâce à la chanson que la langue amazighe a vécu. C’est le seul vecteur qui a transmis cette langue d’une génération à une autre. Je connais beaucoup de personnes qui viennent me voir personnellement, ils me disent que c’est grâce à vous, moi et les autres artistes que j’ai appris à parler kabyle, surtout pour les gens qui sont nés à Alger ou en dehors de la Kabylie. C’est merveilleux d’entendre cela. Donc, sans prétention, je ne dis pas que non, mais la chanson kabyle a apporté beaucoup, sur le plan communication.

Et si nous évoquions vos amis artistes à qui vous avez rendus hommages ou côtoyés, par exemple Lwennes ?
La chanson-hommage à Lwennes, je ne pouvais pas passer à côté. C’est impossible. Je le dis même aujourd’hui, c’était la chanson la plus difficile de ma carrière. Elle m’a pris beaucoup de temps et d’efforts. J’avais eu du mal à faire cet hommage, parce que, comme tout le monde le sait, Matoub Lounes n’est pas une personne simple. Ce n’est pas un artiste banal. Pour parler de Matoub, il faut beaucoup de matières, ça ne suffit pas de parler de Lwennes en une seule chanson. C’est pour cela que cette chanson était difficile pour moi. Il fallait dire tout dans un temps réduit. J’ai écris pas mal de poèmes sur Matoub, mais quand je me suis mis à faire une chanson, c’est-à-dire à rassembler tout dans une seule chanson, c’était catastrophique. Je me suis retrouvé, d’ailleurs, avec une chanson d’une heure. La chanson kabyle quand elle dépasse une certaine durée, elle n’est plus de la chanson. J’ai réduis le maximum et j’ai essayé de dire l’essentiel sur lui dans une chanson de 17 minutes.

Parlons maintenant de Kamel Messaoudi...
Kamel Messaoudi, c’est autre chose. Effectivement, on s’est rencontré dans un salon de thé lorsqu’il préparait Echmaâ. C’était au début de sa carrière. Moi même j’était en service militaire. Un éditeur nous a réunis ce jour-là autour d’un thé. C’est à partir de là que je l’ai connu, même si moi j’avais entamé ma carrière bien avant lui. Kamel est une grande perte pour la chanson algérienne. C’est une saignée. Il a ramené du nouveau. Il a ramené un style propre à lui. Il innovait dans le chaâbi. Il l’a fait sortir des carcans du chaâbi carré. Kamel était quelqu’un qui s’inspirait de Amar Ezzahi, de Lâachab, qui ne cessait de parler Mahboub Bati, d’El Badji, tous ces gens étaient des maîtres. A travers tout cela, il sortait avec un style que même aujourd’hui on dit que c’est le style de Kamel Messaoudi. Dommage, il est parti trop tôt.

Vous avez composé des chansons que Kamel Messaoudi devait chanter ?
Oui, absolument. On a fait un essai avec une chanson mixte. Donc lui, en arabe et moi en kabyle. Puisque c’était une chanson sur support musical folklorique, il m’a demandé de lui composer des couplets en kabyle. Ce n’était pas facile parce qu’il fallait créer une suite entre les couplets en arabe et ceux en kabyle. Il fallait quelqu’un pour me traduire. J’ai réussi à le faire et ça a marché, et puis un jour il revient pour me dire qu’il voulait rendre hommage à Slimane Azem et j’ai besoin d’une chanson de Dda Slimane. Lors d’un spectacle que j’ai animé moi-même à Tizi Ouzou, Kamel était parmi le public. J’avais l’habitude à cette époque de commencer tous mes spectacles avec la chanson de Slimane Azem, Saha Di lweqt Agheddar. Alors là, il a sauté sur l’occasion et m’a dit que c’est celle-là que je voulais.

Kamel était quelqu’un qui ne parlait pas en kabyle et pour le faire chanter dans cette langue, la tâche nous a pris du temps.

C’était très difficile, parce que phonétiquement parlant, l’articulation est difficile. Kamel venait souvent chez moi, là on travaillait beaucoup sur la chanson jusqu’au jour où il a réussi à l’interpréter. C’était à partir de là qu’il m’avait demandé de lui faire tout un album en kabyle. J’ai pris les thèmes des chansons-phares de Kamel, comme Ana Ouanti, Echemâa… Je n’ai pas fais de traduction mais je m’inspirais du thème pour composer des chanson en kabyle. Deux jours avant le fameux rendez-vous pour aller au studio à Tizi Ouzou, Kamel a fait un accident de voiture.

Revenons à votre chanson, dans quel genre musical la classeriez-vous ?
Je ne sais où classer ma chanson. Moi, je ne fais que chanter. C’est le public qui classe la chanson. Pour vous dire que je fais du châabi, ce n’est pas du châabi. C’est de la chanson kabyle que je fais. Enfin, du châabi kabyle, puisqu’il y a le mandole. C’est vrai, on a ce problème. On n’arrive toujours pas à trouver une appellation et à identifier notre musique. Pour le moment, le fait qu’on chante en kabyle est déjà de la chanson kabyle. Moi, je me classerais peut-être dans le classique. Je crois que c’est aux spécialistes de répondre à cette question.

Hacène Ahrès dans certaines de ses chansons évoque des questions sociales et politiques...
Le fait de dire chanson engagée, c’est de la chanson politique. Déjà le fait de chanter en kabyle pour un Kabyle est de la chanson engagée. Il y a une chose essentielle, le chanteur kabyle est seul et il est le premier Kabyle à reconnaître notre langue en tant que langue officielle, au point d’en faire une profession. C’est l’extrême confiance. Je crois tellement en cette langue que grâce à elle, j’ai créé une profession. Grâce à elle je suis chanteur professionnel. Alors que c’est une profession qui n’est reconnue ni par l’Etat ni par quelqu’un d’autre, d’ailleurs, on n’a même pas de statut. Mais l’artiste croit en cette cause. Je crois que plus engagé que ça, il n’ y en a pas. Maintenant pour le thème, c’est normal. Moi, personnellement, je suis témoin de certains événements que je ne pourrai pas laisser de côté. J’ai été témoin de Octobre 1988 et j’ai composé une chanson. Parmi les victimes, il y avait un ami, à qui j’avais rendu un hommage pour marquer l’événement.
L’assassinat de Lwennes Matoub, les événements de Tafsut Taverkant aussi. C’est ça qui fait la force de l’artiste kabyle. Je disais tout à l’heure que c’est notre seul vecteur.
On transmet le message, cette histoire à travers la chanson. Bien que maintenant, des livres et des écrits existent, la chanson reste toujours un support pour transmettre des messages, raconter l’histoire.
Et puisqu’il n’est pas donné à tout le monde de lire, le message passe vite quand on l’écoute. Le chanteur kabyle a beaucoup contribué. Avant de parler de moi, je parlerai de Ferhat Imazighen Imula, qui a tout fait pour la chanson kabyle. Ferhat, qui a fait la révolution tout seul, je parlerai de Matoub, de Lounis Ait Menguellet. C’est des gens qui ont porté la revendication, le combat kabyle jusqu’à présent. On n’a pas le droit de tourner le dos aujourd’hui, parce que ça marche ou non. L’essentiel est que le combat continue, rien n’est encore fait, ce n’est pas le moment de baisser les bras.

Sinon, Hacène qu’est-ce qu’il fait dans la vie ?
En dehors de la chanson, il chante, (rire.) Je passe mon temps à composer, j’élève mes enfants et puis, en ce moment, depuis un mois, je suis avec l’Etablissement Arts et Culture, où on organise des hommages et des spectacles. Et cela suite à la décision prise par l’établissement. Le responsable m’a proposé lors d’une discussion, de faire des soirées et de présenter des projets concernant la chanson kabyle. On a déjà rendu un hommage à Djamila, avec Raveh Ouferhat, Ali Meziane et Malika Rahmoune et c’était un succès. Un autre hommage à été rendu à Cheikh El Hasnaoui avec Hakim Tidaf, Karim Becha et Zedek Rachid.
Ce jeudi (NDLR aujourd’hui) on organise un hommage à H’nifa et Zohra. Le spectacle sera animé par trois chanteuses, Siham Stiti, Malika et Wissam en l’occurrence. On a voulu la rencontre avec des voix féminines en hommage justement à ces artistes femmes disparues. Moi je propose et je m’occupe du plateau. Au passage je profite de cette occasion pour saluer la volonté et l’effort qui est consenti par les responsables actuels de Arts et Culture pour promouvoir, et apporter reconnaissance à la chanson kabyle.

Une production personnelle peut-être pour bientôt ?
Je suis sur mon nouvel album. Il est presque fini. Je ne sais pas quand il sera sur les étals. Les éditions posent problème. Je réfléchirai cent fois avant de négocier. Je ne voudrai pas commettre les mêmes erreurs. J’ai été arnaqué durant toute ma carrière par des prédateurs. Le mot éditeur est fort. Je dis des prédateurs parce que pour pouvoir mangent ils doivent tuer !

Pourquoi tous les artistes leur reprochent- ils cela ?
Je dirai une chose, c’est que le métier d’éditeur n’est pas donné à tout le monde. Ce n’est pas un métier commercial déjà. L’éditeur doit d’abord avoir une pensée artistique. Il faut qu’il soit d’abord artiste. Il doit comprendre l’artiste pour travailler ensemble. Des gens vendent des pois chiches ou de la sardine et lorsque cela ne marche pas, ils décident d’être éditeurs. C’est des marchands de cassettes. A l’exception de quelques-uns qui savent faire leur travail. Sans citer de noms, il existe des éditeurs de métier, mais les autres encouragent la médiocrité. Ils sont en train de casser la vraie chanson et ils bousillent même ce qui a été fait. Je pense qu’il est temps de dénoncer tout cela. A chacun son métier. Quand tu n’es pas artiste, ne touche pas à la chanson. On a l’impression que c’est n’importe qui, qui fait n’importe quoi. Maintenant la chanson est en train de souffrir justement à cause de ces personnes qui massacrent ce qu’il y a de culturel.

La chanson rythmée ?
J’ai constaté une chose c’est que, et je ne dirai pas la majorité, avec certains artistes, la chanson est devenue une bouée de sauvetage. Une chanson qui date de 50 ans et faite par un maître, se retrouve entre les mains d’un jeune qui la massacre. C’est un crime ! et le comble c’est que personne ne dénonce ça. Cette histoire n’est pas la faute de ces jeunes. Ils veulent chanter et ils chantent. Aujourd’hui, la majorité des artistes ne maitrisent aucun instrument de musique. Ils prennent le micro et pourvu que ça bouge et ça danse et c’est tout ! nous avons tous fait de la chanson folklorique, y avait des chanteurs de fêtes dans le temps, mais c’était avec décence et correction. Quand on chante en kabyle, on doit faire attention. C’est une langue qui ne change pas. Pour moi, il n’y a pas d’émancipation d’une langue, il y a seulement une langue. Il y a les mœurs et les valeurs d’une société. Du côté musical, on peut innover, mais sur le texte, nous les Kabyles on est pudiques aujourd’hui, demain et dans un siècle! Il y’a des paroles qu’on ne peut prononcer.
Il ne faut pas brutaliser les gens.

Un dernier mot peut-être ?
Je dirai à ces jeunes de faire très attention. La chanson est quelque chose qui est composée de trois choses, à savoir : la voix, la musique et le texte. Mais dorénavant, nous souhaitont que d’autres artistes à l’avenir prennent en considération ces trois aspects. Aujourd’hui, malheureusement, c’est les robots qui chantent et sur scène ils ne donnent absolument rien. Tout est artificiel. Ils nous ressassent les mêmes thèmes, les mêmes musiques et les mêmes arrangements. Parfois des mots en arabe, en français… Je ne me situe pas en maître mais je suis contre le massacre de la chanson kabyle et c’est mon dernier message.


Entretien réalisé  

par Mohamed Mouloudj

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