Le ciel l’a pleuré...

 La dépêche de Kabylie 22/03/2008 Le ciel l’a pleuré...

Même le ciel était de la partie pour pleurer un des militants les plus engagés de la cause amazighe en la personne de Rachid Alliche. La pluie battante n’a pas empêché les gens de venir nombreux exprimer leur profonde peine suite à la disparition de l’écrivain Alliche. L’interminable procession humaine qui accompagnait la dépouille mortelle de Rachid à sa dernière demeure se rappellera éternellement de cet homme qui a consacré toute sa vie au service de la langue et de la culture berbères, longtemps reléguées à leur simple expression folklorique et orale. Militants politiques de la région, animateurs du mouvement associatif, chercheurs et artistes se sont donné rendez-vous dans la demeure familiale des Alliche à Taguemount Azouz pour rendre un dernier hommage au militant intellectuel décédé cette semaine à l’âge de 55 ans, des suites d’une longue maladie.

La carrière de militant du défunt Alliche ne souffre d’aucune faille. Il fût le premier à jeter les jalons de la nouvelle littérature kabyle. Avec son roman Asfel, Rachid Alliche ouvre les portes d’expression littéraire nouvelle à notre langue, pratiquée jadis, oralement. Extraire cette langue millénaire de l’oralité était un défi majeur.

Rachid Alliche l’a relevé en offrant à cette langue redevenue scripturaire un autre roman, intitulé Faffa, édité en 1986. Le gigantesque travail intellectuel que le défunt Alliche a accompli durant sa vie de militant renseigne, sans aucun doute, sur la sincérité et la conviction profonde couvant en son for intérieur.
Le deuil se lisait sur tous les visages, jeudi au cimetière de Taguemount Azouz. Les langues ne peuvent se délier. Il s’agit d’enterrer un homme qui a marqué le combat de toute une région.
" Il était un rassembleur, et lorsqu’il débattait avec Dda L’mulud At Mâmar, on se taisait parce qu’il était éminent dans ses réflexions ", disait Abdeslam Abdenour, lors de l’oraison funèbre dè feu Alliche. (Voir encadré pour les impressions).

Le chemin à l’écriture de notre langue défriché par les Boulifa, Mammeri… a ouvert les yeux et l’esprit d’Alliche pour mieux apporter sa pierre à l’édifice. Par son engagement loyal, sa prise de conscience monumentale, il a su être utile et efficace là où il le fallait. Son choix d’écrire en kabyle constitue à lui seul, une immense contribution au combat pour la reconnaissance de cette langue et culture. Par son travail littéraire rédigé en langue kabyle, Alliche a préferé la brise du Djurdjura, les champs egayés de chants d’oiseaux plutôt que les salons huppés des capitales arabes et occidentales.
Il a choisi le clan de la dignité kabyle aux pécules qu’on servait à tour de bras aux pseudos intellectuels négateurs. Le travail de militant intellectuel dont a besoin le combat identitaire, Rachid Alliche l’a fait des années durant. Au-delà de son travail littéraire précédemment cité, des écrits théâtraux ont été légués aux générations montantes. Il était un militant aux facettes multiples. Il a exploré toutes les tribunes qui lui éraient offertes pour mieux mener son combat. Il était animateur compétent à la Chaîne II de la Radio nationale.
Ses émissions consacrées entièrement aux sujets qu’ils maîtrisait manqueront à cette petite brèche ouverte dans le mur de la censure qui frappe la libre expression amazighe.

Jeudi, la Kabylie s’est inclinée pour la dernière fois devant la mémoire d’un grand homme. Elle a fait ses adieux à l’un de ses meilleurs fils.

Un fils qui a su rendre à sa mère Kabylie ce qu’elle attendait de nous. Repose en paix Rachid, la mémoire collective kabyle a inscrit ton nom en lettres berbères éternelles et de lumière. Tes sacrifices pour notre identité ne seront jamais vains.  

par N. Belbachir et M. Mouloudj

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