Mirage

EL WATAN 27/04/2008

Une récente étude situe les cadres algériens établis à l’étranger depuis ces dernières années à environ 40 000 répartis dans les différentes disciplines dont des secteurs de pointe dans lesquels l’Algérie accuse un déficit chronique.

 

Limitée au tout début à la France et à certains autres pays européens pour des raisons pratiques de proximité géographique, la matière grise algérienne est présente aujourd’hui dans des pays comme le Canada, les Etats-Unis et dans d’autres marchés du travail où il faut montrer patte blanche pour accéder. Le gouvernement, qui a pris acte de l’hémorragie des cadres qui a commencé avec les vagues d’étudiants envoyés par l’Etat dans les universités étrangères dans les années 70 et plus tard, notamment en ex-Union soviétique et dans les ex-pays de l’Est et qui s’est accentuée à la faveur de la décennie noire, vient de prendre une série de mesures destinées à convaincre ces cadres, par des mesures incitatives, de revenir au pays et de mettre leurs compétences au service de l’Algérie. Ainsi, pour tout cadre qui consentirait à rentrer au pays, décision est prise pour lui assurer toutes les commodités de sa réinsertion professionnelle en lui garantissant le statut professionnel acquis dans le pays d’accueil, l’expérience, le niveau de rémunération et tous les autres avantages annexes.

Si l’initiative est louable, il reste à se demander dans quelle mesure un tel chantier est objectivement réalisable. Car réduire la problématique du retour des cadres algériens établis à l’étranger à des questions de salaires et d’avantages matériels consisterait à prendre le problème par le mauvais bout. Sans nier l’importance de la dimension sociale dans le phénomène de l’exil des cadres algériens, réduire les cadres qui ont été contraints et forcés, pour une large part, à quitter le pays pour des raisons diverses à des exilés de la faim est non seulement inexact mais bien pire, c’est une insulte à l’intelligentsia algérienne. Aux conditions historiques – la chasse à l’intelligence et aux élites jalouses de leur indépendance d’esprit qui avait commencé aux premières années de l’indépendance pour prendre des allures d’hécatombe dans les années 90 avec la série des assassinats des intellectuels et des cadres – est venue se greffer une autre réalité qui a sans doute beaucoup pesé dans la décision de nombreux cadres à mettre les voiles vers d’autres rivages où on reconnaît et apprécie à leur juste mesure les compétences. Tous les cadres algériens y compris ceux qui sont restés au pays vous le diront : l’Algérie n’offre pas de perspectives pour ses cadres en termes de mise à niveau des connaissances, d’acquisition du savoir et des dernières technologies lesquelles lorsqu’elles arrivent enfin en Algérie sont déjà dépassées et obsolètes dans les pays avancés. La bataille de la sédentarisation des cadres se pose aussi en ces termes.

On voit mal comment les pouvoirs publics pourront-ils convaincre les cadres algériens établis au Canada, aux Etats-Unis et ailleurs, qui travaillent dans de prestigieux organismes où ils sont chefs de services dans des hôpitaux de grande réputation, professeurs de haut rang dans des chaires d’universités et cadres supérieurs dans d’autres secteurs de pointe de rentrer au pays pour être affectés dans des structures qui n’offrent aucun avantage comparatif en termes de gestion de la carrière professionnelle et d’acquisition des connaissances !
 

par Omar Berbiche

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