Hommage au pionnier de la recherchesociologique Algerienne

 

Il y a 15 ans, M'hamed Boukhobza

Le Soir d'Algérie 27/04/2008

«C’était quelqu’un de rigoureux, de sévère mais juste et travailleur», témoigne Tamany Safir, chercheur à la retraite et ancienne disciple de M’hamed Boukhobza du temps où il était directeur de l’Association algérienne pour la recherche démographique et sociale (Aardes), devenue plus tard le Ceneap (Centre national d’étude et d’analyses pour la planification).

Comme elle, ils étaient nombreux, parmi sa famille ses anciens collègues sociologues, professionnels de la planification, de l’économie et des statistiques ainsi que d’anciens ministres et chefs du gouvernement à prendre part au colloque international en hommage à M’hamed Boukhobza, sous le thème «Connaître et comprendre sa société» ouvert hier à l’Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) à Alger. Organisée par l’Association algérienne pour le développement de la recherche en sciences sociales (Aardess), cette rencontre qui prendra fin aujourd’hui a été une occasion pour rappeler la grandeur de cet «homme d’exception, ce patriote intègre et ce brillant étudiant» qui fut «le pionnier de la recherche en sciences sociales en Algérie», soutient Mohamed Benguerna, président de l’Aardess. M’hamed Boukhobza a apporté une contribution distinguée au développement de la recherche en sciences sociales à travers ses travaux de recherches traitant de sujets touchant tous les domaines, du planning familial, à l’urbanisme en passant par la démographie, la migration et la sociologie rurale. Et bon nombre de ses recherches ont été valorisées notamment par le ministère du Plan et de la Planification et les résultats appliqués sur le terrain. Tenant à apporter son témoignage sur l’œuvre du défunt M’hamed Boukhobza, Abdelkader Messahel, ministre chargé des Affaires africaines et maghrébines, parlera de ce «grand homme qui a beaucoup donné à son pays» et évoquera un premier souvenir lors de son passage à Tlemcen de retour du Maroc et qui lui lancera la réflexion suivante «c’est bien de lire mais c’est mieux d’étudier». Abdelkader Messahel exhortera les jeunes à poursuivre «l’œuvre de ce bâtisseur qui a beaucoup donné à son pays». Et à titre posthume, plusieurs études et travaux de réflexion de M’hamed Boukhobza sont en instance de publication. Il s’agit de : La société rurale et agriculture en Algérie : évolution – contraintes — perspectives ; L’Algérie face à ses réformes; La question féminine, un travail de réflexion autour d’une démarche prenant simultanément en charge les exigences de la modernité et le progrès technique et celles découlant de l’islam originel tel qu’il peut être lu à travers le discours coranique et enfin, Causes culturelles du déclin de la civilisation arabo-musulmane, un essai d’analyse sociohistorique à travers une étude dynamique des conflits entre culture profane, culture religieuse d’une part, pouvoir politique, pouvoir religieux d’autre part.

L. M.

Qui est M'hamed Boukhobza ?

M’hamed Boukhobza est né à Brézina dans la wilaya d’El Bayadh en 1941 dans une grande famille d’éleveurs nomades de la tribu des Ouled Aïssa. Il passa sa petite enfance dans cette société nomade et sa vie fut rythmée par les longues transhumances à travers le Tell et le Sahara. Il fit sa première scolarité chez le taleb, un précepteur qui se déplaçait sur tous les parcours avec la famille et qui lui apprit le Saint Coran et les préceptes de l’islam. En 1950, à l’âge de huit ans et demi, M’hamed fut mis en pension dans une famille à El Bayadh pour rejoindre les bancs de l’école française. Des années de séparation qu’il vivra péniblement. Brillant élève, il poursuivra sa scolarité à Dellys, Mascara et Sidi-Bel-Abbès. Des déplacements qui lui permirent de constater la terrible réalité de l’occupation, ce qui, après la décapitation par les autorités coloniales de son oncle Hadj El Bey qu’il chérissait tant, provoqua chez lui une prise de conscience qui le conduisit à assumer son devoir de militant de la cause nationale. En 1957 et 1958, il fut arrêté, emprisonné et torturé. En 1962, il s’envola pour Rabat au Maroc. Il en revint en 1965 avec un diplôme d’ingénieur en statistiques et d’économie appliquée. En 1967, il est nommé à la tête de l’Association algérienne pour la recherche démographique et sociale (Aardes). C’est alors qu’il débutera une riche et brillante carrière en sciences sociales. Il fut, de 1967 à 1981, l’architecte des bases de sondage, des méthodes d’échantillonnage et des grilles de dépouillement de toutes les enquêtes de l’Aardes. Entre-temps, il décrocha en 1969 une licence en sociologie à l’université d’Alger. En 1982, M’hamed Boukhobza est nommé conseiller auprès du ministre de la Planification et de l’Aménagement du territoire et se vit chargé de la création de l’Office national pour le suivi et la coordination de l’investissement privé dont il fut premier directeur général, de 1983 à 1984. L’année à laquelle il prendra ses fonctions de chef de département chargé de l’organisation administrative et du développement local à la présidence de la République jusqu’à l’année 1990. En 1990, il intégra l’Institut national d’études de stratégies globales (INESG) et succéda en mars 1993 au regretté Djillali Liabès à la direction générale de cet institut. Il est assassiné trois mois plus tard, le 22 juin 1993 à l’âge de 52 ans. M’hamed Boukhobza a publié trois ouvrages de références : L’agropastoralisme traditionnel en Algérie(OPU, 1982), Ruptures et transformations sociales en Algérie (OPU, 1989), et Octobre 88 : Evolution ou rupture? (Edition Bouchène 1991).  

par Lotfi Mérad

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