Retour sur les lieux de mort du petit garçon fauché par une voiture lundi dernier à Makouda

 Que Amine soit la dernière victime sur ce tronçon de la mort! ”

La Depeche de Kabylie 28/04/2008 Retour sur les lieux de mort du petit garçon fauché par une voiture lundi dernier à Makouda
Lundi le 21 avril aux environs de sept heures, Amine, âgé à peine de 5 ans, est sorti de la maison parentale pour rejoindre la crèche de l’école Ali-Rabia qui se situe à près d’un km de chez lui au chef-lieu de Makouda.
Amine était accompagné de son frère Lyès, de son cousin Juba et de son voisin Ferhat.

A une centaine de mètres à peine de chez eux, sur la RN 72 le groupe d’enfants a été heurté violemment par une voiture. Amine était le plus touché : il a été projeté à plusieurs mètres avant de tomber violemment sur la chaussée. Les autres éléments du groupe ont été aussi touchés par le choc. Immédiatement, on a transporté Amine à la polyclinique qui se trouve à moins d’un km plus bas. L’enfant rendit l’âme avant son arrivée à l’hôpital.

La nouvelle de cet énième accident a vite fait le tour de la région. Le comble est que l’auteur de l’accident réside dans la localité. Tout le monde était angoissé par la réaction qui pouvait avoir lieu suite à ce drame. Kamel Mahouche est le père d’Amine, qui est employé comme gestionnaire dans une école de la localité. Bien que son fils ressemble plus à un ange qu’à un être humain, Kamel a affiché une attitude stoïque et digne d’un homme de la Kabylie profonde. En dépit du choc de la perte de son enfant, Kamel a gardé un véritable sang-froid.

Cette attitude a été tenue du fait qu’il a su qu’il s’agit d’un accident et que le responsable est une personne qu’il connaît bien pour sa conduite exemplaire.
Le lendemain de l’enterrement de l’enfant au cimetière du village, Kamel nous a invité chez lui. C’est dans la cour de son domicile qu’il nous a reçus. Le décor témoignait vivement qu’un événement avait eu lieu dans la famille. Des tables et des chaises éparses, et il y avait la présence de plusieurs membres de la famille.

Chez les parents du petit Amine ”

En dépit d’un visage toujours pâle, Kamel affiche une mine digne d’un homme à toute épreuve. "Il était un ange, il était un enfant sage, éveillé et précoce. Il diffère de ses frères et des enfants du voisinage. Il agit comme un grand. La disparition de mon fils m’a beaucoup affecté mais je pardonne à l’auteur du fait qu’il s’agit d’un accident" nous a-t-il déclaré. Et d’enchaîner: "Amine n’est pas la première victime, il est victime de ce tronçon de la mort qui se situe en contrebas…. En dépit de la douleur, je pardonne de tout mon cœur au responsable de cet accident, mais je suis déterminé à lutter de toute mes force afin que mon fils Amine soit la dernière victime de ce tronçon très accidentel… "
Kamel voulait nous montrer la photo de son enfant. En ouvrant l’album, son regard est resté figé sur l’image et il éclate en sanglots : " Il était un ange, il était un ange… " ne cessait-il de redire.
Pour nous convaincre du pardon envers le responsable de cet accident, il a pris son téléphone et a appelé ce dernier. Kamel nous a présenté également la mère de l’enfant et tous les autres membres de sa famille, dont le deuil était lisible sur leur visage. Il nous a déclaré que son fils a eu droit à des obsèques de Président. Il y avait beaucoup de monde et beaucoup de compassion et un énorme élan de solidarité autour de la famille. Désormais, Amine repose aux côtés de son grand-père au cimetière du village Ichikar de Makouda. On nous a invités à visiter le lieu de l’accident. Il se situe exactement sur le lieu où est implanté la plaque de signalisation indiquant qu’on est au chef-lieu de Makouda.

Les enfants ayant accompagné ce matin Amine nous ont expliqué comment cet enfant a été violemment heurté et propulsé à plusieurs mètres par le choc de la voiture. A trois mètres environs du lieu, il y avait les traces d’un dos-d’âne (ralentisseur) qui a été supprimé on ne sait pour quelle raison. "Regardez à quelle vitesse les voitures traversent ce tronçon…regardez l’état de la route, il n’existe aucun accotement", ne cesse de dire Kamel.

Il est vrai que dans ce tronçon long de près de 400 mètres, la route est très étroite. Il n’existe aucun accotement, les piétons et les voitures se disputent la chaussée. Beaucoup d’accidents ont eu lieu dans cet endroit. Beaucoup de personnes ont été blessées ou tuées. La dernière des victimes avant Amine est une brebis qui a été pulvérisée par une voiture en ce même endroit. Des deux côtés de la route, il existe beaucoup d’habitations. Les enfants et les gens âgés sont les plus vulnérables lorsqu’ils empruntent cette route.
"Il faut une réaction et une prise en charge de la part des autorités compétentes face à ce danger public, sinon il y aura certainement d’autres victimes. Dites-leurs qu’ils fassent quelque chose. Il y va de la vie des habitants de ce quartier", nous a-t-il déclaré de nouveau. On nous invite également à visiter le lieu où devait se rendre Amine. Son entrée fait face à une route secondaire. Cette dernière est très fréquentée par les voitures qui l’utilisent comme un raccourci vers Tizi-Ouzou. "C’est un danger permanent ! En arrivant les enfants descendent seuls du transport de ramassage scolaire. Regardez à quelle vitesse les voitures passent devant cette entrée. Il y a danger sur la vie des enfants", nous a expliqué un vieux commerçant en face de l’école Ali Rabia.

Je pardonne au responsable de la mort de mon fils ”

De retour au foyer de la victime, nous avons trouvé sur place le responsable de l’accident ayant coûté la vie à Amine, le visage très abattu et la mine défaite. Il paraissait pâle et une profonde tristesse hantait son esprit au point qu’il avait eu du mal à parler. L’image la plus extraordinaire est lorsque Kamel, le père de la victime, consolait le responsable de la mort de Amine. "Je te pardonne de tout mon cœur devant Dieu et devant la justice”, disait Kamel au chauffeur tout en le serrant contre lui. "Je sais qu’il s’agit d’un accident.
La victime était mon fils mais ça aurait pu être un autre enfant. La cause principale est l’état de la route et le manque de prise en charge en vue de la sécuriser… pour l’amour de mon fils, je lutterai à ce qu’il soit la dernière victime sur de ce terrible tronçon de la mort", a déclaré Kamel au chauffeur. Ce dernier, tête baissée est resté de marbre.

Nous quittons ce père extraordinaire, qui nous a beaucoup marqué et nous lui avons donné l’assurance de notre engagement à l’aider dans sa lutte contre les accidents de la circulation qui surviennent sur ce tronçon de la RN 72 reliant Tizi-Ouzou à Tigzirt, via la localité de Makouda. Avant de nous séparer de lui, nous lui avons glissé les coordonnées du président de l’association de Tizi-Ouzou pour la lutte contre les accidents de la circulation. Le nouveau combat de Kamel est désormais enclenché. Il est noble et nécessaire que ce qu’il a enduré comme épreuve tragique ne se reproduise plus dans cette localité.
 

par Mourad Hammami

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