Le ministre des travaux publics, Amar Ghoul, à “ Liberté ”

J’ai construit une route pour le paradis d’El-Kala”

LIBERTÉ 30/04/2008 Le ministre des travaux publics, Amar Ghoul, à “ Liberté ”
Dans cet entretien, Amar Ghoul dévoile tout sur l’autoroute Est-Ouest : l’écologie, le parc, ses projections et bien d’autres sujets…


Liberté : que répondrez-vous aux défenseurs du Parc national d’El-Kala qui vous accusent de ne pas avoir respecté votre promesse de changer le tracé de l’autoroute qui passe par le parc ?


Amar Ghoul : Avant tout, il faut rappeler que ce projet et son tracé sont le choix de l’État algérien et de son gouvernement. Ce n’est pas celui du ministère des Travaux publics. Cela a été fait déjà en 1985 dans un Conseil des ministres. Aussi, ceux qui affirment ce que vous dites, je les ai rencontrés il y a six mois, et pendant ce laps de temps, nous avons beaucoup travaillé.

Cela a consisté en quoi précisément ?
Nous avons pris soin de préparer un observatoire de contrôle et de suivi de la gestion environnementale. C’est une première en Algérie. C’est un outil qui concerne tous les secteurs qui pourront en profiter.

Sa création et son lancement à partir d’El-Tarf même peuvent être interprétés comme une réponse de votre ministère aux défenseurs du parc…
Je n’entre jamais dans un contexte d’action-réaction. Je n’ai pas cette culture et je n’ai de problème avec personne. Je suis pour une structure constructive englobant tous les acteurs, les mécontents et les autres. En parlant de ces personnes, lorsqu’elles sont venues me voir, elles m’ont expliqué et je leur ai dit seulement que nous allons voir. Dire que rien n’a changé depuis que je les ai rencontrées est faux. Il y a eu une optimisation affinée du tracé. La meilleure preuve, et vous-même vous avez dû le constater sur place avec nous, le lac Oubeira est loin du tracé. C’est déjà une preuve, non ! En plus, aucune forêt n’a été touchée. C’étaient juste des buissons. Les eucalyptus ont été arrachés et c’était une initiative positive. Vous allez me dire pourquoi ?

Oui…
Tout simplement parce que ces arbres ont asséché les nappes de la région. Il faut aussi ajouter les feux de forêt qui font des ravages chaque année. L’autoroute va ainsi arrêter leur propagation. L’étude d’impact est aussi à relever. Je ne me suis pas contenté de celle du bureau d’études local, alors j’ai fait une expertise internationale. Je continue ! Le reboisement que nous avons lancé aujourd’hui devait toucher initialement cent vingt hectares. Maintenant, ce sont deux mille hectares qui sont prévus. J’ai engagé tout le monde dans ce travail. Ces six derniers mois, je ne dormais pas moi, je travaillais. Si nous avons un paradis que personne ne connaît, à quoi il sert alors ? J’ai construis une route pour le paradis d’El-Kala. Nous n’avons pas uniquement une vision de protection de l’environnement dans ce projet mais aussi celle de sa promotion, et cette autoroute entre dans ce cadre. Concernant les huiles des véhicules qui passeront par le parc, eh bien, nous avons programmé des réservoirs spécifiques pour les réceptionner. On oublie aussi la population d’ici. Ceux qui la connaissent savent que les gens de la région disent que si vous ne voulez pas nous donner de l’importance, alors attachez-nous en Tunisie. Il n’y a à El-Tarf ni aéroport comme à Annaba ni investissements, sans parler du chômage. C’est pourquoi je dis que ce projet est un moyen de les sortir de l’isolement.

Cependant, on ne peut occulter le fait qu’il y a un certain goût d’inachevé puisque l’autoroute s’arrête aux frontières avec la Tunisie sans un relais routier de l’autre côté…
Il y a une convention signée avec la Tunisie en 2002 et l’Algérie a respecté son engagement. Elle a réalisé le tracé transmaghrébin avant les autres. Nous sommes en train de relever un défi incomparable sur tout le bassin méditerranéen où il n’y a aucune autoroute de plus de mille deux cents kilomètres comme la notre.

Qu’en est-il du péage ?
Le dossier est fin prêt et il reste juste sa programmation en conseil du gouvernement. On a plusieurs propositions. Ce péage touchera de la moto jusqu’aux poids lourds.

Pensez-vous que l’autoroute sera livrée dans les délais, la réception étant prévue au plus tard en janvier 2010 ?
Nous allons créer la surprise. Nous sommes en avance dans les travaux. Le gros sera d’ailleurs terminé avant la fin de cette année.

Que restera-t-il à terminer en 2009 ?
Cinquante kilomètres entre Tlemcen et les frontières. À El-Tarf, il restera entre vingt et trente kilomètres et des jonctions entre l’autoroute et les tunnels du côté de Skikda et de Constantine. En gros, ce seront au maximum cent kilomètres.

Beaucoup n’hésitent pas à dire que vous serez satisfait plus du groupement chinois (Citic/CRCC qui réalise les deux les tronçons ouest, 359 km, et centre, 169 km) que du japonais (Cojaal en charge du tronçon est, 399 km). Qu’en est-il ?
Je vous le dis ici, je suis très satisfait de tout le travail effectué jusqu’à maintenant. Je suis même comblé. Chacun a sa méthode de travail. Pour les Japonais, c’est un travail robotisé et très intelligent. Ils utilisent des systèmes très modernes. Par exemple, à Constantine, ils ont creusé le tunnel par des rayons laser. De leur côté, les Chinois ont la capacité de réaliser des travaux qui nécessitent de gros volumes. Un édifice dont la réalisation est estimée à une année, ils vous le font en un mois. En plus de cela, ils sont très débrouillards. Nous avons pu tirer profit de leur présence ici. Les Chinois vont réaliser un institut supérieur de gestion des grands projets qui va leur coûter dix millions d’euros. Par contre, les Japonais vont financer avec dix millions de dollars un centre de contrôle de qualité et de la formation. Ces deux projets vont permettre à l’Algérie de former quatre mille experts de haut niveau, et c’est un grand acquis pour l’avenir. Voilà notre révolution : avoir un réservoir de cinq mille ingénieurs qui vont être des références dans les domaines les plus avancés. Le savoir-faire est très important. La Chine et le Japon ont copié avant d’envahir le monde. On a de grandes compétences dans le pays, mais elles sont mal gérées. La grande richesse c’est l’intelligence, les cerveaux.

Peut-on connaître votre avis concernant la fuite des “cerveaux” et de leur retour au pays ?
Je pense qu’on perd beaucoup de temps pour les ramener et ensuite attendre qu’ils s’adaptent. Au contraire, il faut profiter de nos compétences à l’étranger, même à distance. Personnellement, je pense plus au cerveau du jeune diplômé d’ici. Le structurer et le préparer pour l’avenir, c’est très important. Avec les Chinois et les Japonais, nous avons déjà mille cinq cents ingénieurs sur le terrain et à la fin de ce projet, on va les injecter dans l’autre grand projet qui est celui des Hauts-Plateaux.

On parle d’un coût de 8 milliards de dollars pour cette autoroute des Hauts-Plateaux…
Disons que ce sera à peu près cela.

L’autoroute Est-Ouest avait provoqué des remous au début, surtout concernant son financement. Vous aviez même parlé à un certain moment de lobbys. N’appréhendez-vous pas de revivre la même chose avec ce projet ?
Aucun défi ne nous fait peur. Nous, nous avançons et nous n’attendons personne. Aucune inertie ne peut bloquer notre dynamique. On voit loin et on ne travaille pas dans l’urgence. Avec ces compétences, l’Algérie va soumissionner dans d’autres pays. L’Afrique, le Golfe et même l’Europe seront nos cibles.

Restons dans l’actualité, notamment le congrès du MSP. Vous êtes avec Soltani ou Menasra ?
Je suis avec l’autoroute (rires).

D’accord. On croit savoir que vous êtes un supporter du Barça ?
C’est vrai.

Quel est votre pronostic sur le match retour des demi-finales de la Champions League d’Europe contre Manchester United ce soir (NDLR, hier) ?
Même si à l’aller, ils ont fait match nul, les Barcelonais se qualifieront en finale.


Entretien réalisé  

par Salim Koudil

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