''Le Monde arabe et la liberté d'expression''

Le monde arabe est un monde fictif qui tourne en rond. Il est la l'incohérence de l'incohérence personnifiée.

En ce mois de mai 2008, plusieurs causes et douleurs envahissent notre mémoire et notre existence. Il y a d'abord la journée internationale du travail qu'on a tendance à banaliser depuis quelques années notamment en Amérique du Nord. Il y a aussi la journée internationale de la liberté de la presse que certains régimes totalitaires bafouent à longueur d'année. Cette année, comme par magie, le Québec se réveille et décide de marquer la journée internationale du travail. En effet, le gouvernement augmente le salaire minimum de 50cents. Les syndicats et la société civile a envahi les rues de Montréal pour défendre les acquis que les pionniers avaient arrachés après de longues années de lutte et de sacrifices notamment le système de santé universel. Des milliers de personnes sont donc sorties dans les rues de Montréal pour contrer les dessins de ceux qui veulent asseoir un système de santé privé. Il y a aussi le Festival international de Montréal qui a accordé une part de lion à la liberté d'expression dans son programme riche et diversifié.
(Voir le site : Metropolis bleu)


L'Algérie est donc à l'honneur dans ce programme et on ne peut que le comprendre. Des écrivains, journalistes et caricaturistes luttent au quotidien pour exprimer le désarroi de leur peuple rongé par les politiques du régime totalitaire d'Alger et par des fléaux idéologiques, islamistes en particulier, et économiques. La crise algérienne est profonde. Le créateur des idées ne peut pas être indifférent devant autant de problèmes et de désespoir. C'est dans ce cadre que, Ali Dilem, le caricaturiste du journal Liberté et collaborateur à l'émission Kiosque de TV5 ainsi que Anouar Ben Malek, écrivain, mathématicien et l'un des fondateurs en 1988 du Comité algérien contre la torture, sont invités à Montréal pour parler de leur expérience et de leurs parcours professionnels dans une Algérie confrontée aux mutations et aux projets très souvent diaboliques des militaires. La présence de ces deux Algériens a été très bien accueillie par les Médias et par la communauté algérienne notamment.

Samedi 3 mai, 19h, c'est à l'hôtel Delta, au cœur de Montréal, qu'a eu lieu la table ronde intitulée '' Le Monde arabe et la liberté d'expression ''. Animée
Agnès Gruda, cette table ronde a regroupé quatre panélistes : Alaa El Aswany, dentiste, journaliste et écrivain égyptien ; Anouar Benmalek, écrivain algérien, Ali Dilem, caricaturiste algérien et Sami Aoun, professeur en sciences politiques, directeur de recherche sur le Moyen Orient et analyste canadien d'origine libanaise. L'auditorium de l'hôtel Delta était à moitié plein. Il faut dire que cette rencontre coïncidait avec le dernier match de la saison du Canadien de Montréal. Même la ville était presque vide. Malgré cet évènement, des personnes éprises des questions de liberté et de démocratie se sont déplacées pour écouter les panélistes.

Le premier intervenant est le journaliste égyptien, Alaa El Aswany.''Le Monde arabe et la liberté d'expression''
Dès le début, il tenait à distinguer entre la liberté d'expression et la liberté de parler. Selon lui, la liberté d'expression est juste un terme des sciences politiques. Aussi, il perçoit la liberté d'expression comme un moyen de changement et de participation au changement. Ce qui n'est guerre le cas sur le terrain, car, en Égypte, précise-t-il, depuis plus de dix, il n'y a que la liberté de bavardage. La politique du régime Moubarek est claire : « Écrivez ce que vous voulez et nous, nous ferons ce que nous voulons ». C'est dire à quel point le pouvoir méprise les libertés et la voix des citoyens. Le journaliste ajoute avec beaucoup d'amertume : « Il n'y a pas de liberté d'expression dans le monde arabe et dans certains pays arabes, il n'y a même pas la liberté de parler ».

Le deuxième intervenant est L'écrivain Anouar Ben Malek. « En Algérie dira-t-il, il y a beaucoup de choses qui sont dites et le prix de cette liberté a couté la vie à des milliers de citoyens et intellectuels algériens qui se sont exprimés sur des questions cruciales de leur société ». Son constat est on ne peut plus sévère envers le pouvoir et la société civile. La liberté d'expression affronte à la fois le pouvoir et le manque d'implication de la société elle-même. Celle-ci par ignorance ou par manque d'information, soutient implicitement les islamistes. Elle arrive même à justifier certains assassinats. Il a cité les commentaires de certains Algériens suite à l'assassinat du journaliste et écrivain Tahar Djaout : « Il a dû faire quelque chose pour qu'on l'assassine ». Ben Malek pense que le pouvoir reste plus ou moins rationnel dans sa répression ou sa censure mais la société civile s'attaque aveuglément à tous ceux qui pourraient toucher à ses postulats en les traitant de traitres. Il a tenu à préciser qu'il parlait du cas algérien en nuançant ce qu'on pourrait appeler le monde arabe. « Les autres pays sont différents. On dit que nous sommes des frères, mais au fond, on ne se connait pas, conclue-t-il ».

Le troisième intervenant n'est autre que, Ali Dilem.
Il dira sans détour que la liberté d'expression en Algérie affronte deux prédateurs : le régime et les islamistes. Il avoue que l'Islam tel qu'il est pratiqué de nos jours représente un frein dévastateur pour l'avancée démocratique en Algérie. Contrairement à M. Ben Malek, Dilem tient à nuancer les comportements de la société civile. Il dira que durant tous ses déboires avec le pouvoir et les dangers qui le guettaient, les citoyens lui exprimaient leurs soutiens et lui offraient même leur aide. A l'issue de son intervention, Dilem a souligné que sa société est aussi ouverte que les autres sociétés du monde avant de rajouter : « Je suis un caricaturiste normal qui s'adresse à une société normale ». Dilem est optimiste : " Les mentalités évoluent en Algérie et les gens arrivent même à banaliser certaines choses qui étaient taboues ou choquantes avant ".

Le quatrième et dernier intervenant est le politologue Sami Aoun.
Il a déploré la situation d'anarchie et de crise qui sévit au Liban. Il a même précisé que le Liban était à l'avant-garde des libertés avant qu'il ne bascule dans une guerre civile dont les séquelles continuent à déstabiliser le pays jusqu'à nos jours. Le Hizb Allah, dira-t-il, a tendance à combattre la liberté et à prôner la libération. Ce revirement de l'histoire du Liban a couté la vie à des milliers de personnes et continue à s'acharner particulièrement sur l'élite libanaise. Sami Aoun dénonce cette mentalité libanaise qui incombe la responsabilité de l'effondrement de l'État libanais à la liberté d'expression. Aussi, il a tenu à dénoncer cette même mentalité qu'il appelle '' problème culturel '' qui traite de traîtres toutes les personne qui pensent différemment ou qui touchent encore une fois aux postulats rétrogrades de la société.

Le public a suivi religieusement les interventions. Le journaliste égyptien a vite réalisé que les interventions de Ben Malek ne concernaient que les Algériens et l'accuse de tenir des propos raciste envers le peuple arabe. Il tenait à expliquer à l'assistance que la culture arabe n'est pas intolérante et qu'il faut la distinguer des politiques des dictatures. Pourrait-on dire que les intervenants ne se comprenaient pas ou tout simplement ne parlaient pas du même monde et encore moins du même peuple ?

En effet, à leur insu, les intervenants ne parlaient pas du même monde. L'assistance a vite compris que ce '' Monde arabe '' n'existe que dans la tête des fondateurs du panarabisme et de ceux qui continuent à leur servir de relais y compris l'occident avec toute son hypocrisie et sa pseudo-ignorance des réalités spécifiques des peuples nord-africains notamment. Sinon, comment peut-on prétendre défendre les libertés en occultant justement les identités des peuples qui vivent dans des régions qui n'ont rien à voir avec les Arabes ? Le journaliste égyptien soutient que : « Ça été décidé que tous ceux qui parlent arabe sont arabes ». Et puis quoi encore ? L'Algérie est en Afrique du Nord. Elle est berbère, africaine et méditerranéenne. Elle parle aussi en arabe à cause de l'Islam, le français à cause du colonialisme français, l'anglais à cause de la mondialisation. Et alors ? Mais, L'Algérie officielle prône le panarabisme mieux que les vrais Arabes parce qu'elle est musulmane. Pourquoi l'Afghanistan, l'Iran ou le Pakistan n'ont-ils pas ce genre de problème ? Ils sont musulmans dans leur majorité mais ils ont gardé leur identité et leur langue. Pourquoi cette concomitance entre l'Islam et l'arabité en Afrique du Nord ? À Chaque fois qu'il est question du monde arabe, on n'entend jamais les vrais Arabes s'exprimer sur leur réalité spécifique. Il est temps de revoir ces concepts imposés par les régimes baathistes et admettre qu'il est plutôt question d'un monde arabophone tout comme il y a un monde francophone ou anglo-saxon.

En somme, la liberté d'expression se base d'abord sur la vérité, la cohérence et le respect de qu'est l'individu. On ne peut pas prétendre la défendre quand, d'un côté, on dénonce les dictatures, et d'un autre côté, on perpétue leurs mensonges et leur déformation de l'histoire et des réalités des peuples qu'ils gouvernent. L'Islam aurait pu apporter de belles choses à l'Afrique du Nord s'il respectait l'identité des Berbères. Mais non, il ne lui a apporté que malheur sur malheur parce qu'il lui a imposé aussi l'identité, la culture et la langue d'un autre peuple faisant croire au Musulmans de la région que c'est la seule garantie pour le paradis. D'ailleurs, Mohamed Chafik, homme de lettre et l'une des grandes personnalités du mouvement culturel berbère marocain dira sur ce point: « Nous avons affaire à un impérialisme culturel ». L'Afrique du Nord était très belle. Ferhat, l'artiste berbère disait dans l'une de ses chansons : « L'Algérie si elle n'est pas le paradis, elle lui ressemble bigrement ». Il est temps pour les Berbères d'occuper les manifestations culturels et politiques pour parler d'eux-mêmes.

Djamila Addar, pour berberes.com

  par D. A.

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