Dotée d'une administration carnivorem l'Algérie «torpille» ses compétences

 L'Expression 12/05/2008 DOTÉE D’UNE ADMINISTRATION CARNIVORE L’Algérie «torpille» ses compétences

Elle qui ambitionne de récupérer ses surdoués installés à l’étranger, aurait déjà divorcé avec sa «matière grise nationale».
Décidément, il y a comme quelque chose qui ne tourne pas rond au niveau de ceux qui ont le pouvoir de nomination. Ministres, directeurs généraux...font et défont les carrières de ceux qu’ils ont pourtant choisis ou qu’on leur a conseillés.

 

La cooptation étant, bien entendu, le critère qui décide de la mobilité sociale en Algérie. Compétences, expériences, formations, diplômes sont remisés au placard dans pratiquement la majorité des cas. Avec un tel décor planté et l’image que renvoie les pouvoirs publics chargés de la gestion de ce très lourd dossier, c’est l’effet contraire qui risque de se produire. Personne ne sera tenté de revenir. Cela aura pour effet d’encourager ceux qui sont restés, à partir.
L’exemple d’Algérie Télécom est édifiant. Boudjemaâ Haïchour, ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication vient d’opérer un troisième changement à la tête du groupe en l’espace d’un temps record. M.Slimane Kheireddine a été limogé le mois de décembre 2007 et son successeur Mouloud Djaziri il y seulement quelques jours. Les postes à responsabilité sont devenus de gros consommateurs de ressource humaine. Une denrée qu se fait pourtant de plus en plus rare. La liste peut encore s’allonger. Aoun (Saidal), Bel Fodil (Arpt), Boutagou de l’Agence nationale des barrages et transferts (Anbt) sans parler de toute cette «
armée» de cadres, scientifiques, chercheurs marginalisés ou mis à la retraite. La bureaucratie n’a pas d’état d’âme. Le pouvoir fait perdre la tête. Comment faire face à une «administration carnivore»? Les compétences constituent une menace pour les arrivistes, les pistonnés et les opportunistes de tout poil. C’est de notoriété publique.
Une culture ancrée dans un système bien rodé. Une cour et des courtisans où, pour y être admis, il faut prêter allégeance et surtout ne rien faire qui dérange, quitte à se rouler les pouces. L’Algérie qui ambitionne de récupérer ses compétences installées à l’étranger aurait-elle décidé de divorcer avec sa matière grise nationale?

Depuis près de trente ans, les cadres et intellectuels algériens ont coûté les yeux de la tête au Trésor public afin d’être formés. Ils ont choisi de tenter leur chance outre-mer. Près d’un million d’entre eux, selon des estimations très sérieuses, ont choisi le chemin de l’exil. Les compagnies et les institutions algériennes y ont subi une exceptionnelle et dramatique saignée. Tous les secteurs ont été touchés. Air Algérie, Sonatrach, les universités avec leur pléiade de chercheurs et de spécialistes, le secteur de la santé, la télévision, la presse écrite, sans compter les nombreux étudiants qui ont décidé d’un aller sans retour. «
A Montréal, j’ai tout pour être heureux: un emploi, un très bon salaire, une maison avec jardin et une belle voiture. L’ambiance de travail est excellente et le cadre de vie agréable», a déclaré dans une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique, Abdel, diplômé en informatique de l’université de Bab Ezzouar. Serait-il prêt à tout abandonner pour rentrer au pays? Sa réponse est catégorique: «Pourquoi voulez-vous que j’y retourne? J’ai mis une croix sur l’Algérie.» Un autre cas de réussite extraordinaire: l’exemple du Dr Elias A.Zerhouni, diplômé en médecine, il décide de partir, de quitter l’Algérie en 1975.

Il est aujourd’hui à la tête du prestigieux Institut national de la santé (NIH) aux Etats-Unis d’Amérique. Un organisme qui regroupe 27 instituts et centres de recherches. Il compte 18.000 salariés et un budget de près de 30 milliards de dollars. Sonatrach aurait subi une saignée qui en dit long sur cette fuite des cerveaux: plus de 2000 en l’espace de cinq ans, selon le secrétaire national de l’Ugta, Lakhdar Badredine. Quand on sait qu’il faut une dizaine d’années pour former un superviseur en forage, on peut mesurer l’étendue des dégâts. Pourquoi hésiter à partir lorsque la France, la Grande-Bretagne, le Canada, les Etats-Unis...leur tendent les bras. L’Algérie, dans un cri de désespoir, les «
réclame», mais elle leur offre une image pour le moins anachronique et paradoxale. Elle est loin d’être en conformité avec des voeux qu’elle appelle de tout son être. Cela finit par ne pas rassurer, à moins d’être masochiste.  

par Mohamed TOUATI

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