L’autre face cachée de l’habitat rural

BATNA

LIBERTÉ 19/05/2008 L’autre face cachée de l’habitat rural

Les évolutions économiques et sociales intervenues dans la wilaya de Batna provoquent de profondes mutations paysagères, parfois dangereuses sur l’environnement.

Combien de logements ruraux ont été construits cette dernière décennie sur le territoire de la wilaya de Batna ? “Sur les 14 800 logements programmés, 5 300 unités rurales sont définitivement réalisées et les autres pour bientôt”, nous annonce-t-on. Mais, d’ici-là, personne ne prédira l’impact négatif de ces constructions sur l’environnement. Chaque jour, des hectares se perdent d’une manière irréversible. Le paysage est en train non seulement de se rétrécir mais de s’enlaidir. N’y a-t-il pas de risques que ces logements ne soient massivement polluants et destructeurs de l'environnement ?

Effectivement, un nouveau problème émerge ces dernières années, celui du paysage. Certes, ce dernier n'apparaît pas au premier rang des préoccupations environnementales des populations des Aurès, mais de le gaspiller et de cette manière, c’est inquiétant, voire même révoltant ! On assiste à une détérioration incessante du patrimoine paysager. Celle-ci découle d'un accroissement, souvent mal contrôlé, de l'urbanisation et des réseaux d'infrastructures de transport et d'énergie, d'aires d'activités artisanales et commerciales, des activités diverses de loisirs et du recul des paysages agraires. Les évolutions économiques et sociales qui affectent la wilaya de Batna provoquent de profondes mutations paysagères, parfois dangereuses sur l’environnement. Combien d’hectares ont été, soit construits, soit goudronnés, soit bétonnés ? C'est-à-dire “artificialisés” pour ouvrir des routes et élever des constructions aux dépens de la nature. Le phénomène progresse et cette évolution est loin d'être achevée. Victimes de cette artificialisation, certains territoires, notamment agricoles, se trouvent menacés par la progression du béton qui est en train de rompre sur le vert. Le paysage est alors victime de ce recul avec pour conséquences... la disparition de certains paysages spécifiques, ordinaires ou remarquables. Certains paysages agricoles tendent à disparaître au profit des lugubres cubes de parpaing et de béton qui étouffent la nature et l’enlaidissent. Et pourtant, ces paysages sont probablement nécessaires, tant sur le plan écologique et de la diversité que d'un point de vue économique et social car il existe une demande touristique potentielle.

Ces beaux paysages, cette véritable condition pour l’amorce d’une industrie touristique de demain, sont en train de se défigurer, d’être dilapidés sans que l’on bronche pour empêcher ce gaspillage. Certes, l’habitat rural est destiné à stopper l’exode rural et fixer les ruraux sur leurs terres, mais pas au détriment des terres agricoles et de la nature. Il faut préserver la part des générations à venir. Le paysage est défini comme un patrimoine collectif ; il doit faire l'objet d'une politique publique fondée sur la protection, la gestion et l'aménagement. Enfin, il doit être un lieu de citoyenneté démocratique. Halte aux cubes carrés de béton et de parpaing qui sont en train de “tuer” nos paysages. Même si l’on construit, on devrait édifier avec “art de construire des édifices selon des proportions et des règles déterminées par leur caractère et leur destination”. Le défi des pouvoirs publics est de concilier lutte contre la crise du logement et protection de la spécificité des types architecturaux des Aurès.
 

par B. Boumaïla

Vous devez être connecté pour poster des commentaires

Identification

Agenda

September 2017
M T W T F S S
28 29 30 31 1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 1