Ben M’hidi, le héros immortel

 L'Expression 19/05/2008

La dernière révélation du général Aussaresses sur l’implication de François Mitterrand dans l’assassinat de Larbi Ben-M’Hidi remet sur le tapis la «face cachée de la France». François Mitterrand était, à cette époque, ministre de la justice de la France. Pays des droits de l’homme.

De la Révolution de 1789. Un pays dont les principaux responsables pourtant n’hésitent pas à recourir aux exécutions sommaires maquillées en suicides. Le plus troublant dans l’histoire et s’agissant de la liquidation physique de Ben M’hidi est qu’on a l’impression d’avoir affaire à deux France.

D’un côté, un colonel de l’armée française à l’époque, en l’occurrence Bigeard, rend les honneurs militaires à son illustre prisonnier qu’était Ben M’hidi et de l’autre un officier, Aussaresses, qui se faisait appeler le commandant O, prend la relève pour assassiner, sur ordre, ce même prisonnier.
C’est l’unique fois où la France se met dans cette situation durant la guerre de Libération nationale. Il y a eu, certes, le piratage de l’avion transportant Ben Bella et ses compagnons. Il y a eu, aussi, le poste de transmission piégé qui ôta la vie à Ben Boulaïd, cet autre héros de la Révolution. Il y a eu tant et tant de liquidations sommaires, qui ne glorifient pas la France, de combattants algériens au cours des huit années de lutte. Mais, jamais il n’y a eu une telle dualité de comportements d’officiers français dans une même affaire. A l’exception toutefois de l’affaire Dreyfus qui fut, elle, une affaire strictement franco-française.
Rien à voir avec l’Algérie.

Ben M’hidi aura réussi, même dans sa mort, à servir l’Algérie pour avoir mis à nu les deux faces de la France. Grâce à lui, on comprend mieux pourquoi De Gaulle a envoyé des barbouzes combattre l’OAS après le cessez-le-feu. Grâce à lui, on comprend mieux aussi le «
il faut que les élections se poursuivent» de Mitterrand alors chef de l’Etat français surpris par la démission du Président Chadli en janvier 1992. Grâce à lui, que d’événements troubles trouvent leur explication! Même les aveux d’Aussaresses s’expliquent et on peut dire, d’ores et déjà, qu’ils n’ont rien à voir avec un quelconque remords pour soulager sa conscience.
D’ailleurs, il dit lui-même qu’il ne regrette pas son crime. Grâce à Ben M’hidi aussi on comprend mieux l’échec du traité d’amitié avorté. Et de beaucoup d’autres faits.
C’est sur cette dualité française que devraient se pencher nos historiens. Pour mieux comprendre le présent et envisager l’avenir.

Que notre jeunesse sache que le sacrifice de Ben M’hidi doit toujours être l’éclairage avec lequel elle devra lire l’histoire de l’Algérie. D’avant, pendant et après l’occupation.
 

par Zouhir MEBARKI

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