Le passé glorieux de Guenzet fait place à un présent difficile

SÉTIF

Le passé glorieux de Guenzet fait place à un présent difficile

Le Soir d'Algérie 19/05/2008

Le sentiment d’injustice est palpable chez les Yalaouis de Guenzet Ath Yala. Même ceux qui ont quitté la région pour aller chercher de meilleures situations économiques dans les grandes agglomérations, singulièrement la capitale, ne cachent plus leurs critiques à l’endroit des autorités régionales qui, disent-ils, ont marginalisé cette région enclavée.

Pour preuve, ils citent l’exode des natifs vers les grandes villes. Effectivement, d’une population résidente estimée au lendemain de l’Indépendance à environ 13 000 habitants, il ne reste, en saison hivernale, qu’environ 4 000. A la saison estivale ce nombre se multiple parfois par quatre. Malheureusement, le manque de commodités fait que certains évitent de passer des vacances dans leur village natal. L’état des routes et la pénurie d’eau sont des désagréments difficiles à éviter. Ajoutons à cela les veilles maisons qui tombent en ruine. De manière générale, la situation économique de Guenzet ne cesse de se dégrader depuis des décennies. Les maigres revenus provenant de la petite paysannerie chutent d’année en année. Les petits carrés où étaient cultivés les maraîchères en amont de la montagne, autour de quelques sources, sont très rares pour ne pas dire complètement laissés à l’abandon faute d’eau d’irrigation. La sécheresse et les incendies aidant, l’arboriculture et surtout l’olivier se déprécient régulièrement à tel point que bon nombre de propriétaires ne labourent plus leurs champs. Et pourtant l’olive de cette région, cultivée à environ 1 000 mètres d’altitude sur une terre légère, donne une huile appréciée au niveau national.
Cependant, la régression dans cette filière qui faisait naguère l’orgueil des Ath Yala est telle que la situation devient alarmante. Et pour cause, à l’heure actuelle, les parcelles qui pouvaient produire dans les années 1970/1980 aux alentours de 10 hectolitres de ce précieux liquide, n’en produisent, malheureusement, qu’environ 150 litres. L’artisanat jadis connu pour le tissage du burnous et du hanbel (grosse couverture en laine de mouton) de haute qualité a disparu. L’élevage de chèvres n’existe presque plus. Bref, la région ayant des accès difficiles a mal vécu la décennie noire qui a vu les terroristes rendre les deux routes (Zemmoura- Guenzet) et (Guenzet- Bougaâ) dangereuses. Fort heureusement, les jeunes Yalaouis ont toujours rejeté l’intégrisme sous toutes ses formes. Notons tout de même l’amélioration de la situation sécuritaire qui permet aux pouvoirs publics d’affecter quelques actions de développement.

Une mise à niveau nécessaire
Certes la wilaya de Sétif a attribué ces dernières années quelques subventions sur PCD, mais se considérant longtemps marginalisés, les responsables ainsi que les administrés de la localité jugent ces programmes largement en deçà des besoins de la commune. Le déficit concerne tous les secteurs de la vie sociale et économique des Yalaouis. Il y a lieu de noter que Guenzet n’a pratiquement aucun revenu fiscal propre du fait de l’inexistence d’unités de productions ou de services C’est Harchaoui Mustapha, cheville ouvrière de la gestion des projets dans cette commune, qui nous fait une situation sur les programmes en cours ou à réaliser à court terme dans la commune. Il ressort de ces statistiques que la commune de Guenzet aurait bénéficié depuis juillet 2004 de quelque 13 actions financées par le biais des PCD ou PCSC. Dans cet ensemble d’actions réglées par l’Etat ou le budget de la wilaya, la réhabilitation des chemins communaux a pris la part du lion avec 6 actions réalisées ou en cours pour le montant de 43 500 000 DA.

Abordé par Le Soir d’Algérie, Beroui Noreddine, wali de Sétif, en visite dans la commune, n’a pas hésité à parler de la nécessité de la mise à niveau de cette commune. «Lors de ma prise de fonction dans cette wilaya ma toute première visite a été consacrée à cette commune. La première préoccupation a été l’axe routier Zemoura-Guenzet. S’agissant des préoccupations structurantes sectorielles, le problème de l’AEP sera pris en charge en 2009 dans le cadre du grand projet de transfert à partir des barrages d’Irraguen et Tachehat. Les travaux d’élargissement de la route Guenzet-Hamam Guergour seront lancés au plus tard au mois d’août 2008», a affirmé le premier responsable de la wilaya qui estime que la route n’est que la première phase de la mise à niveau de cette contrée. Quant à l’acheminement du gaz naturel, l’engagement est pris par le chef de l’exécutif de Sétif en faveur de la commune. Ce projet sera concrétisé, avait-il laissé entendre, avant la fin 2009 et ce, dans le cadre du projet touchant la bande territoriale du nord de la wilaya. Dans le domaine de l’agriculture, M. Beroui estime que le défi de la région consiste en la réhabilitation de ce secteur, notamment la régénération de l’olivier. Il s’agit, selon lui, d’enclencher une dynamique favorisant l’investissement. «Je suis confiant pour cette localité», conclut M. Beroui. Pour rappel, le chef de l’exécutif de la capitale de la petite Kabylie a décidé de l’affectation, à l’occasion de cette visite, d’un complexe de proximité en faveur de la jeunesse des Ath Yalas.

Formation et développement des secteurs agricole et touristique
«Dans une zone comme la nôtre le capital est l’enfant. Il est vital de lui donner une formation pour qu’il devienne un citoyen éduqué et productif et qu’il puisse participer au développement de son pays.» C’est le sentiment du docteur Ammar Benadouda, président de l’APC, qui nous a reçu dans son bureau. Pour lui, la formation de qualité est du domaine du possible dans la région que d’aucuns pensent qu’elle est sociologiquement en mesure d’absorber dans un temps rapide les prémices de la modernité. Le premier magistrat de Guenzet s’est ensuite étalé longuement sur son programme et sa vision à long terme se rapportant au développement de la commune dont il a la responsabilité depuis le 29 novembre 2007. Grand commis de l’Etat, disposant d’une longue d’expérience en matière de gestion, le docteur Benadouda est conscient que la tâche est rude mais il a de l’ambition pour sa région natale. En plus de la formation, le P/APC de Guenzet table sur la réhabilitation du patrimoine et la reconstruction de l’habitat de la commune, de l’opération de régénération de l’olivier, du figuier et de l’arboriculture en général pour redonner un souffle économique à sa commune. La vision de grand commis de l’Etat qu’il était prend en quelque sorte le dessus sur le P/APC de Guenzet. «Notre pays a un grave problème agricole alors, chacun doit faire le nécessaire pour réhabiliter cette activité hautement stratégique», assène-t-il. Pour lui, cette activité va de pair avec celle du tourisme écologique.

Effectivement, la localité ne manque pas d’atouts pour un développement durable. Son caractère paisible et la pureté de son air montagneux feront d’elle, si les problèmes actuels sont pris en charge, une région très prisée. «L’insécurité et la vie difficile dans les grandes villes pousseront une partie des citadins des grandes agglomérations à venir vers nous. Cependant, nous devons préparer les commodités pour attirer et encourager les Yalaouis à revenir.» Effectivement, ce n’est pas uniquement la nostalgie de thamourt qui va probablement inciter bon nombre de Guenzatis à revenir au bercail, mais d’autres avantages sont à inscrire au bénéfice de cette région qui voit sa population jouir de cohésio
 

par Le Soir d’Algérie

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