Retour sur le spectaculaire accrochage qui a abouti à l’élimination de l’émir Mustapha Baghlia

La Depeche de Kabylie 21/05/2008 Retour sur le spectaculaire accrochage qui a abouti à l’élimination de l’émir Mustapha Baghlia

Le fil de l’opération

La neutralisation de l’émir de la seriat de Baghlia, Moussa Kerrar alias Mustapha Baghlia, avant-hier, à la Nouvelle-Ville de Tizi-Ouzou prouve que le renseignement joue un rôle prépondérant dans la lutte antiterroriste.

Tizi-Ouzou, lundi 19 mai. La ville était sous un ciel maussade. Une journée ordinaire où l’on vaquait à son quotidien fait des mêmes ingrédients que celles d’avant. Rien ne prédit que la fin de cette journée serait agitée pour les uns et pleine d’angoisse pour les autres. Les autres, ce sont les habitants du quartier des 510 Logements de Bastos et leurs riverains.

Le brouhaha de ce quartier universitaire fréquenté par des centaines d’étudiants, fonctionnaires et autres badauds, a été comme étouffé soudainement dans les profondeurs d’un océan. Des crépitements de balles tirées des armes automatiques en plein carrefour hautement animé font imposer un silence pesant. Il était 15h20 quand soudainement la langue des armes de guerre remplaça celle des citoyens qui se trouvaient par centaines sur le lieu de l’accrochage. On court dans tous les sens. Les hurlements des femmes et jeunes filles seront mêlés au bruit strident des rideaux métalliques des magasins. Sans chercher à comprendre d’où viennent les tirs des armes, les commerçants baissent leurs rideaux en un clin d’œil pour se protéger et protéger ceux qui se trouvent à l’intérieur de leurs commerces. L’information sur cet accrochage fait le tour de la ville en un laps de temps record.. Notre journaliste photographe qui se trouvait à cet instant chez ses amis qui tiennent un studio de photographie au quartier « les Tours » a eu le réflexe de nous informer à temps sans toutefois pouvoir donner plus de précisions sur ce qui s’est réellement passé. « J’entend des coups de feu, je ne sais pas si c’est une fusillade ou un accrochage, tous les magasins sont fermés, je suis coincé à l’intérieur de la boutique… », nous dira-t-il au téléphone.

Instantanément, nous avons pris, en compagnie de notre confrère de « Djazaïr News », un taxi en direction du lieu de l’attentat. Mais la ville de Tizi-Ouzou est soudainement bloquée par un immense embouteillage de véhicules. Les artères principales de la Nouvelle-Ville ont été toutes fermées à la circulation automobile, ce qui a contraint ceux qui les empruntaient à se rabattre vers le centre-ville. Nous décidions alors d’abandonner le taxi pour rejoindre le quartier « les Tours » à pied. C’était alors une véritable course contre le parcours que nous devions emprunter pour y arriver.

Des chiffres contradictoires sur le nombre de terroristes

Arrivé sur les lieux, nous étions attirés par un impressionnant attroupement de citoyens dont leurs regards sont tous rivés vers un seul endroit : le bâtiment A2 de la cité sociale des 510 Logement du quartier Bastos, situé en parallèle du boulevard Krim-Belkacem. Nous réussissons, malgré la forte présence de curieux, à nous frayer un chemin et passer outre le cordon de sécurité imposé par des policiers pris sous une forte pression. « Éloignez-vous ! Reculez ! Y a rien à voir, c’est dangereux… », criait à qui voulait l’entendre la commissaire de l’arrondissement Bastos. Puis, elle chargea ses agents de nous faire éloigner de la scène. Ce n’est qu’après de longues négociations qu’elle accepta de nous laisser accomplir notre mission. « OK, restez sous cet abris et ne vous aventurez pas plus que ça », s’est-elle enfin résignée. De temps à autre, tout le monde cherchait à se replier sous les marquises des magasins tant le bruit des armes automatiques et des bombes lacrymogènes lancées par les militaires était si fort, si menaçant.

« Combien sont-ils ? », se demande-t-on. Personne n’était en mesure de répondre. Certains, aimant se faire valoir, avancent le chiffre de six terroristes dont deux femmes. Même les policiers n’étaient pas en mesure de nous livrer le nombre exact, sauf que la présence de deux jeunes femmes avec le ou les assaillants revient sur toutes les lèvres. Face à l’impossibilité de se procurer les détails sur cet événement, nous décidons de nous approcher encore un peu plus de la scène qui se déroule à l’intérieur et aux alentours du bâtiment A2, via un détour. Celui-ci s’est avéré également bloqué par les services de sécurité qui ont déployé un véhicule blindé. C’est le même décor que le premier endroit. Sur place, nous apprenons que les forces combinées de sécurité, composées d’éléments parachutistes, de gendarmes et de policiers, tentent de déloger des individus armés se trouvant à l’intérieur de l’appartement du 6e étage. Dans l’appartement d’en face, dans le même bâtiment A2, des éléments de l’ANP, de la gendarmerie et des policiers en civil, ont déjà pris position. Ceux d’en bas, ayant encerclé le bâtiment depuis le début de l’opération aux environs de 15h20, usent de leurs armes en tirant en direction de l’appartement, vraisemblablement pour parer à toute éventuelle riposte via les fenêtres ou le balcon. Au fil des minutes qui passent, la pression monte. Les policiers se sont retrouvés face à une situation des plus délicate : empêcher les curieux de s’approcher des lieux des tirs. Personne parmi les policiers n’était en mesure de dire combien ils sont et quelles sont ces deux femmes qui se trouvaient à l’intérieur.

Au dernier étage du bâtiment, les policiers tentent d’obtenir la libération des deux femmes et la reddition des assaillants. Ce n’est qu’à 17h20 que les deux femmes furent libérées avant qu’elles ne disparaissent des lieux emmenées par des agents de renseignement. 40 minutes plus tard, nous serons informés du nombre de terroristes qui se trouvaient à l’intérieur de l’appartement. A notre surprise générale, l’on nous annonce qu’il s’agissait d’un seul individu fortement armé. On nous annonce également son identité « c’est Kerrar Moussa, alias Mustapha Baghlia », émir de la seriat de Baghlia, devenu depuis peu émir de la seriat de Ain El Hammam, activement recherché par les services de sécurité et condamné à la peine capitale par contumace par le tribunal criminel de Tizi-Ouzou. Il est le cousin de l’émir du groupe de la région Centre affilié à El Qaïda au pays du Maghreb, connu sous le sobriquet d’Abou Hamza.

La fin de l’offensive à 18 h 32

Pendant tout ce temps, et depuis la libération des deux femmes –certains disent que la jeune fille a noué des contacts très anciens avec le terroriste-, les armes se sont tues laissant place aux tentatives de négociations engagées entre les services de sécurité et l’assaillant en vue de sa reddition. Mais tout indiquaient que ce dernier a donné du fil à retordre à l’impressionnant déploiement des forces combinées, en présence du chef de sûreté de wilaya et du chef du secteur militaire qui ont tenu à suivre l’opération de près. Ayant pris acte de l’intransigeance de cet émir à ne pas se rendre, les forces combinées décident alors de donner l’assaut. Un groupe de huit soldats des forces spéciales de l’ANP pénètre à l’intérieur du bâtiment, aux environs de 17h40. Soudain, les crépitements de balles reprennent de plus belle. Les policiers forcent les citoyens à s’éloigner encore davantage de la scène. Nous nous abritons derrière le véhicule blindé qui fait face à l’appartement où s’est retranché le terroriste. Quelques minutes plus tard, un policier en civil tient son bras de sa main droite et accourt vers l’ambulance de la Protection civile, il vient de recevoir une balle le blessant à son bras gauche. C’est le premier blessé de l’opération. Mais quelques secondes plus tard, un autre militaire est évacué en urgence vers l’hôpital Nedir, il venait d’être touché également. Puis, c’est l’acharnement des forces de sécurité contre l’appartement. Ils voulaient en finir en usant de bombes lacrymogènes et de grenades pour forcer la porte d’entrée. Celle-ci a volé en éclats. Soudain, un très fort échange de coups de feu mettra tout le monde dans la panique : les curieux accourent dans tous les sens loin de la scène et nous tentons de nous protéger sous la voiture blindée des policiers.

C’est une véritable scène de guerre où des balles qui fusent du balcon de l’appartement vont se loger dans les murs du bâtiment d’en face. Un climatiseur accroché au 3ème étage du bâtiment saute, il est atteint par une balle. A ce moment, notre crainte de recevoir une ou plusieurs balles perdues grandit. Des échanges de coups de feu entre les militaires et l’assaillant font encore un troisième blessé, il est gravement touché et évacué par la Protection civile au CHU. Il s’agit de l’officier du groupe des forces spéciales de l’ANP qui guidait le groupe de huit soldats. Ce n’est qu’à 18h30 précises que les militaires réussissent, en compagnie d’officiers de la police, à pénétrer dans l’appartement avant de neutraliser le terroriste à 18h32. D’un geste de la main, un soldat fait signe de la fin de l’opération via le balcon. Il s’en est suivi une liesse indescriptible de dizaines, si ce n’est de centaines de citoyens qui accourent vers le bâtiment A2 pour acclamer les soldats, les gendarmes et policiers au cri « Imazighen ! » « One, two, three viva l’Algérie » , avant que les éléments des forces combinées ne quittent les lieux emmenant avec eux le corps inerte de celui qui fut l’un des sanguinaires les plus recherchés par les forces de sécurité.
 

par M.A.T.

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