Quinze années après son assassinat

 EL WATAN 26/05/2008 Quinze années après son assassinat

Tahar Djaout est-il déjà oublié ?

Le 26 mai 1993, tombait l’écrivain-journaliste Tahar Djaout sous les balles assassines des terroristes islamistes à Baïnem, près d’Alger.

Il avait 39 ans. Ses assassins ont visé la tête. Djaout était un penseur, un créateur, un producteur d’idées. Quinze ans après sa tragique disparition, des commémorations timides ont lieu pour célébrer sa pensée, saluer son courage et louer son talent créatif exceptionnel qui a fait de lui un écrivain reconnu au niveau mondial. Mis à part la maison de la presse d’Alger, qui porte le nom de Tahar, nulle autre institution publique n’est baptisée en son nom ni dans sa région natale (Tizi Ouzou) ni dans la capitale. Les semaines qui ont suivi son décès (le 2 juin 1993, après une semaine dans le coma) ont été durement vécues par les rédactions de la presse nationale et au sein des intellectuels et du mouvement associatif. Un comité de vérité sur l’assassinat de Tahar Djaout, dont le fondateur était le psychiatre Mahfoud Boucebci, assassiné lui aussi le 15 juin de la même année, a été mis en place.

Dans le même élan, la Fondation Tahar Djaout a vu le jour à Alger. Abrous Outoudert, écrivain et ancien directeur du quotidien Liberté, témoigne : « Nous avons contribué à la création de cette fondation dans le but de transmettre à d’autres toutes les forces de la vie malgré la mort. Notre intention était de perpétuer ses combats et défendre ses idéaux. Hélas, après des débuts laborieux, les activités de cette fondation ont été gelées en raison des tiraillements entre des membres de cette organisation naissante. J’estime qu’aujourd’hui, c’est à sa veuve et ses deux filles de reprendre le flambeau pour faire revivre la Fondation Tahar Djaout. » Amer est également le constat concernant la création d’associations dédiées à la promotion des valeurs progressistes et humaines de l’auteur des Vigiles. Celle d’Azzefoun (Tizi Ouzou) et celle de Tizi n’Berber (Béjaïa) se sont totalement éclipsées. Tizi Ouzou de 2008 n’a même pas été capable d’assurer un bon déroulement d’une semaine culturelle à la mémoire de Djaout organisée par l’association Tussna.

La direction de la maison de la culture Mouloud Mammeri a échoué dans l’organisation de l’événement ; Djouher Amhis a donné une conférence presque à même le sol dans le hall des expositions de l’établissement, les conférences de Abrous Outoudert et de Omar Belhouchet ont été retardées de près de deux heures en raison de la non-disponibilité de la salle, l’affluence n’a pas été des grands jours et l’écrivain Rachid Boudjedra, invité pour présenter une communication, a fait faux bond sans en informer l’organisateur. La famille qui avance a marqué le pas.
 

par Saïd Gada

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