Une pléiade d’artistes a assisté à son enterrement

La Depeche de Kabylie 31/05/2008 Une pléiade d’artistes a assisté à son enterrement

Cid Messaoudi inhumé hier aux Ath Ouamer

Les ruelles du village At Yha Ouamer, à Iferhounène, ne pouvait pas contenir la foule compacte venue rendre un ultime hommage à Cid Messaoudi, terrassé par une crise cardiaque à l’âge de 68 ans, le 20 du mois en cours à Paris, "où il se rendait pour des soins," confient ses proches amis, et enterré, hier, dans son village natal à Ath Yha Ouamer.

Toute la famille artistique de la Kabylie s’est donné rendez-vous dans la demeure du défunt pour rendre un dernier hommage à celui qu’ils qualifient tous de “gentil et de personne douce." Makhloufi, Velaid Tagrawla, Hacène Ahres, Taleb Tahar, Ahmed Hamou, Taleb Raveh, Mohamed Chemoune et bien d’autres amis de feu Messaoudi, ont tenu tous à partager avec la famille du défunt ces moments de douleur.

Outre les artistes et compagnons de Cid Messaoudi, des fans de l’artiste sont venus de Draa El Mizan, de Larvâa Nath Yiraten, d’Alger et de Vgayet pour assister à l’enterrement de l’un des artistes qui ont su imposer leur voix et leur style à la chanson kabyle. Selon les témoignages de ses proches amis, Cid Messaoudi, l’artiste à la voix d’or, " était respectueux et respectable," disait Makhlouf Mohandi, ancien ami de Cid, comme il aimait à l’appeler, et d’ajouter que "c’était une personne très humaine."

Les citoyens du village At Yha Ouamer et ceux d’At N’Zar, de leur côté, ont tenu à apporter un témoignage sur la personne de Cid Messaoudi. Pour eux, c’est toute la Kabylie qui perd un grand artiste et un grand homme. "Il n’a jamais eu de problème avec les gens, il était modeste et gentil avec tout le monde," tenait à témoigner Dda Ahmed.

Cid Messaoudi, natif de 1940 à At N’zar, fut l’ami de bon nombre d’artistes kabyles comme Slimane Azem, qui "estimait très bien son travail, notamment sa voix d’or," nous a informé Mohamed Chemoune, lui aussi ancien artiste.

De son côté, Rachid Ait Chekdid, chanteur et élève de Cid Messaoudi, avec une voix éteinte de douleur, a souligné que " Dda Cid a choisi de vivre dans l’ombre toute sa vie même s’il a donné beaucoup de choses pour notre chanson. Même ses droits en tant qu’auteur, je me suis engagé à l’aider dans cette mission."

Après la prière des morts à proximité de la zaouïa Sidi Moussa et l’oraison funèbre, Cid Messaoudi est enterré dans la dignité au cimetière de son village accroché aux flancs du Djurdjura, dans la daïra d’Iferhounène.
Hier, Cid Messaoudi a été enterré parmi les siens pour rejoindre, selon les dires d’un membre de sa famille, " les éternels qui ne meurent jamais."



ILS ONT DIT

- Mohamed Chemoune, ancien artiste

1" C’était une école "

l   Je peux dire que Cid Messaoudi est une voix d’or. C’est un bon homme que je n’ai pas trop côtoyé, mais on s’est connu à Paris. C’est l’école de Missoum, de Cix El Hasnaoui, de Slimane Azem, de Chérif Kheddam de Kamel Hamadi …. Aujourd’hui il est mort et que Dieu ait son âme. Je l’ai connu dans un café qui appartenait à mon frère à Paris, où tous les artistes kabyles se réunissaient là-bas. Il y venait souvent. Et on se donnait rendez-vous aussi chez Ait Meslayène. A cette époque, d’autres artistes comme Rachid Mesbahi, Zouiouéche, Youcef Abjaoui. Pour nous, qui étions jeunes, ils étaient l’école. C’est grâce à eux qu’on est là et nous sommes loin d’atteindre leur niveau. Ils sont une vraie école d’art.

Ses chansons et son style me touchent beaucoup. D’ailleurs, à chaque fois que j’anime un gala, j’interprète une chanson de feu Messaoudi.


- Hocine Bourriche, ami de l’artiste

2''Il a laissé un trésor''

l  Je l’ai connu en 1976 lors d’un gala. Il était une personne qui ne parlait pas trop. Il donnait de la valeur à ses dires et à lui-même. On a fait un gala à Boghni, et on a chanté ensemble. Je dirai aussi que depuis toujours, des frissons m’envahissaient à chaque fois que j’entendais sa voix et ses chansons. Comme Akceyagh Tavratt. C’était un homme de grande valeur et il était très gentil et très calme. Il était modeste et il aimait tout le monde. Enfin, je dirai que Dieu ait son âme. Je l’ai appelé déjà pour qu’il vienne à l’Etablissement Arts et culture, où animait Hacène Ahres, malheureusement il était absent. Il a laissé un trésor.




- Makhloufi, ancien artiste et ami du défunt

3''Nous avons fait du chemin ensemble''

l  Cid a commencé en 1964, et cela sans enregistrements. Il chantait avant moi. En 1966, il enregistrait la chanson " Hamlagh-tt T’hamliyi ", c’est une chanson de Oukil Amar, il l’a enregistré chez Barkley. En 1965 déjà, nous étions ensemble. Nous chantions dans les cafés…
En 1967, j’ai enregistré en sa présence la chanson " Yellis N-Bab El Oued ". Depuis on se séparait rarement. Nous habitions à St Michel et on travaillait dans les cafés, soit trois fois par semaine. J’ai pris distance pendant six mois et lorsque je me rendais chez lui, nous avions décidé de nous rendre au nord de la France. Nous étions à Roubaix, Tourcoing, Lille … Nous avons fait tout ce chemin ensemble.

Depuis que nous marchions ensemble, nous ne sommes jamais séparés ni demandé des comptes, notamment sur l’argent. Nous avons tout partagé ensemble. Je me rendais au village et il m’apprenait qu’il avait des contacts avec Slimane Azem. Ils ont marché ensemble pendant de longues années, et lorsqu’il venait en Algérie, on s’est rencontré pour animer des galas vers 1984. On a fait Azzefoun, Tigzirt, At Dwala, Boghni, Vgayet et Akbou… Depuis, il ma demandé une chanson que j’ai composée, " Aacen Medden di Lisser ", qu’il voulait chanter. J’ai accepté sur le champ. On a chanté partout en Kabylie. Je dirai que c’est un homme simple et modeste. Il était doux. Il cache sa grandeur et c’est pour cela qu’il est un grand homme chez les autres. Il était courageux. Ce que j’aime en lui c’est lorsqu’il commençait à chanter, il avait une voix d’or et puissante, il pouvait chanter sans micro.

Pour finir, Que Dieu ait son âme et lui pardonne.



- Rachid Ait Chekdid, chanteur et élève de Cid Messaoudi

4''Cid était un ange pour moi''

l  Cid était un père, un ami et un frère pour moi. Comme je l’ai dis hier pour la Chaîne II, encore une fois, la mort a frappé dans la famille artistique kabyle pour nous ravir Cid Messaoudi. C’est un homme qui n’était pas connu, à part qu’en tant qu’artiste. Cid, c’était un ange! C’est un homme qui aimait tout le monde. Il respectait tout le monde et il était respecté de tous. Il donnait à chacun sa propre valeur.

Depuis 1988 à ce jour, soit deux jours avant qu’il parte en France, on se rencontrait tous les jours. On avait programmé des projets ensemble, mais malheureusement il est mort. Il pleurait à chaque fois qu’on lui racontait les problèmes des autres. Il était très doux. Depuis sa tendre enfance, il était généreux. Toutes ses chansons racontent les problèmes des autres.



- Taleb Rabah, ancien artiste

5'' C’était un homme qui avait joué son rôle d’artiste ''

l  A vrai dire, chacun aura son jour ! Il avait joué son rôle. Il avait vécu comme nous tous. Comme des oiseaux, un pied ici, un autre en France. On a vécu notre vie dans l’errance.

Je l’avais connu en France, nous étions issus de la même région. Lui d’At Yha Ouamer, moi, de Tizit, nous avions la même daïra. Cid Messaoudi, Miss Tmurt, tellement il avait vécu en exil, on s’était connu là-bas. Je lui souhaite la Miséricorde du Paradis.
Nous étions venus lui rendre un dernier hommage et que Dieu ait son âme.



- Baaziz Hamache, artiste sculpteur

6'' C’était une voix exceptionnelle ''

l  Je l’ai connu en 1979 à Paris. Je suis aussi musicien et on avait travaillé ensemble. C’était un chanteur qui avait une voix irremplaçable. Sa voix était unique, et je pense qu’ils ne sont pas nombreux ceux qui pouvaient chanter comme lui. C’était une voix exceptionnelle. C’était un modèle de grands artistes kabyles.

Nous sommes en deuil aujourd’hui et que Dieu ait son âme.
  


  



- Said Freha, animateur à la chaîne II

7'' Nous avions essayé d’être à son service ''

l  Cid Messaoudi était un grand artiste. On a pas la force pour parler de lui, lui qui nous quitte aujourd’hui. Ses nombreuses chansons sont là pour témoigner de sa grandeur. Il avait chanté comme les autres artistes de l’époque ce qu’ils ressentaient, comme l’exil… Je me suis rendu trois fois, pour des hommages et des émissions pour Cid Messaoudi, au nom de la Chaîne II. J’avais fait ces émissions pour qu’il ne se sente pas isolé. Il se rendait à la Chaîne II et nous avons essayé d’être à son service. J’avais parlé avec Ould Ali Lhadi pour lui organiser des galas à Tizi Ouzou, et Lhadi était très content de ça. Il m’a dit que les portes de la Maison de la culture sont ouvertes pour Cid Messaoudi.

Propos recueillis par M. Mouloudj

 

 

par Mohamed Mouloudj

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