Selon le ministre de l'Industrie et des Mines

Les réserves d’or détenues par l’Algérie sont au même niveau qu’en 2009

Les réserves d’or détenues par l’Algérie sont au même niveau qu’en 2009

Le ministre de l’Industrie et des Mines vient de déclarer le 08 février 2018 que les réserves d’or détenues par l’Algérie sont de 173 tonnes. Dans plusieurs contributions sur ce sujet entre en 2009/2017, je l’avais estimé à 9 milliards de dollars fin 2008 et entre six et sept milliards de dollars entre 2015/2017 selon les fluctuations de l’once d’or

1.-Selon le rapport (2016) du Conseil mondial de l’or (CMO), les réserves totales des 100 pays étaient estimées à 32.813 tonnes. Les États-Unis s’étaient classées en des détenteurs d’or avec à leur actif 8.133,5 tonnes suivis de l’Allemagne avec 3.384,2 tonnes suivi du Fonds Monétaire International (FMI) avec 2.814 tonnes de réserves arrive à la 3e place de de l’Italie (2.451,8 tonnes) et la France (2.435,6 tonnes). L’Algérie occupe le 25e rang mondial et 3e des pays arabes par ses réserves d’or estimées en 2016 à 173.6 tonnes, et selon le CMO le même stock qu’en 2009, après l’Arabie Saoudite (322.9 tonnes) et le Liban (286.8 tonnes). En Afrique, l’Algérie arrive en première place devant l’Afrique du Sud (29e), la Libye (31e), le Maroc (59e) et la Tunisie (77e).

2.-Or, dans plusieurs contributions parues en 2009 ‘ et 2016 suite des différents rapports du CMO (2009/2016) , je notais que l’Algérie déjà en 2009, était classée à la 22ème place mondiale, avec le même volume de 173,6 tonnes d’or. Pour déterminer la valeur intrinsèque du lingot de 1 kilogramme d'or, il faut multiplier le prix de l'once d'or par 32,15, puis appliquer le taux de change euro/dollar. La dépréciation la valeur monétaire reconvertie en dollars de l’or entre 2009/2017 a également fait perdre plus de 2,5 milliards de dollars de sa valeur monétaire au stock algérien d’or, que j’avais estimée, en 2009 , à 9,75 milliards de dollars. Le 08 février 2018 l’once d’or est coté à 1, 314,10, dollars, Si on estime la valeur moyenne à environ 6 milliards de dollars cela représente 6,25% des réserves de change fin 2017 clôturées entre 96/97 milliards de dollars.

3.-Où est la production additionnelle de la mine d’or d’Amesmessa ? Face à ces données récentes l’opinion algérienne a besoin d’être éclairée, sur la situation du stock de réserves algériennes d’or, qui n’a pas bougé depuis 2009, alors que l’Algérie s’est lancée dans l’exploitation d’un gisement d’or à Amesmessa devant éviter de mauvaises interprétations. La société productrice d’or est une entreprise qui peut soit vendre à la Banque d’Algérie pour accroitre son stock d’or, soit l’exporter ou la vendre directement aux bijoutiers. Il semblerait que la première option ait été écartée. puisque le stock d’or est resté inchangé depuis 2009.

4.-Rappelons que le 30 janvier 2010 dans une déclaration à l’APS le directeur général de l'entreprise d'exploitation des mines d'or (ENOR) avait déclaré officiellement : "Le gisement d'Amesmessa, situé à 460 km à l'Ouest de Tamanrasset, va bénéficier d'un plan de développement avec pour objectif de hausser graduellement sa production aurifère à trois tonnes d'or annuellement. Et pour cette période, s'agissant des exportations de l'entreprise entre 2009/2010, elles ont été de l'ordre de 848,49 kg d'or, tandis que le marché local a consommé seulement 208,78 kg d'or".

Aujourd’hui en février 2018 selon le Ministre de l’Industrie et des Mines, l'Entreprise d'exploitation des mines d'or "ENOR" (filiale du groupe Sonatrach) devrait connaître en 2018, une production aurifère qui devrait atteindre 286kg, contre 286 kg en 2016, soit une importante régression de plus de 560 kg par rapport à 2009/2010, ce qui explique le déficit structurel de cette entreprise qui selon le Ministre de l’Industrie aurait été de 1,4 milliards de dinars en 2016, 600 millions de dinars en 2017 avec une prévision de 400 millions de dinars fin 2018.

5.-Cependant, il faut éviter toute mauvaise interprétation et préciser que le stock d’or ou les devises d’une manière générale ne créent pas de richesses, étant un moyen d’échange. Autrefois, les tribus d’Australie utilisaient les barres de sel du fait de sa rareté comme moyen d’échange. Au contraire la thésaurisation et la spéculation dans les valeurs refuges comme l’or, certaines devises ou certaines matières premières est nocive à toute économie. Avoir des réserves de change en devises ou en or est ne traduit pas forcément la richesse d’une Nation. Il existe des pays ayant peu ou pas de réserves de change détenues par les banques centrales mais connaissant un important développement, le capital argent ayant été transformé en capital productif. C’est une condition nécessaire mais pas suffisante pour sécuriser l’investissement et surtout pour des pays rentiers éviter un dérapage plus important de la valeur du dinar par rapport aux devises où existe une corrélation d’environ 70% entre la valeur actuelle du dinar, et ce stock de devises via la rente des hydrocarbures.

Avec des réserves de change de 20 milliards de dollars, le dinar algérien officiel flotterait à plus de 200 dinars un euro et 250/300 dinars un euro sur le marché informel. C’est loin donc d’être une condition suffisante d’un développement durable et surtout provenant d’une rente éphémère, les hydrocarbures. Le problème central pour l’Algérie est de transformer cette richesse virtuelle en richesse réelle passant par un développement hors hydrocarbures se fondant sur l’entreprise et le savoir, le tout conditionné par une nouvelle gouvernance.


Auteur : Dr Abderrahmane Mebtoul

LE MATIN D'ALGÉRIE

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