La maire de Paris à Alger : une visite et des interrogations

La maire de Paris à Alger : une visite et des interrogationsLa maire de Paris, Anne Hidalgo, effectue à partir de ce dimanche une visite officielle de deux jours à Alger. La maire socialiste de la capitale française a été accueillie par son « homologue » algérien Abdelkader Zoukh, wali d’Alger. Elle devrait ensuite faire l’objet des plus grands égards de la part des hautes autorités algériennes.

À peine annoncée, la visite d’Anne Hidalgo à Alger soulève immédiatement des interrogations et interpelle sur plusieurs points. D’abord, les contours de cette visite ne sont pas encore tout à fait clairs. Le communiqué de l’ambassade de France à Alger indique seulement que la maire de Paris « étudiera avec ses interlocuteurs les moyens d’intensifier encore la coopération entre les deux capitales », formule générique peu engageante.

Le journal français L’Opinion évoque « la délicate question de la déchéance de nationalité » comme point qui devrait être abordé durant la rencontre d’Anne Hidalgo avec Ramtane Lamamra. Cette éventualité laisse dubitatif, tant il est difficilement imaginable en quoi cette question franco-française peut concerner l’État algérien, ni même quelle pourrait être la nature de sa contribution à ce débat, sans que cela n’entre dans le cadre de l’ingérence. Surtout que l’Algérie est elle-même embourbée dans sa propre polémique sur les binationaux.

Le journal affirme par ailleurs qu’Anne Hidalgo « viendra défendre la candidature parisienne aux Jeux Olympiques de 2024 ». Cette éventualité prête quant à elle à sourire, tant l’Algérie est à des années-lumière de ce genre de considérations, alors que le pays s’apprête à entrer dans le dur économiquement, socialement et politiquement suite à l’effondrement des cours du pétrole.

Surtout, la visite d’Anne Hidalgo à Alger interpelle par les nombreux égards et honneurs réservés à la maire de Paris. Sa visite intervient quelques jours à peine après la visite du maire de Bordeaux, neuvième ville française, Alain Juppé. Cependant, ce déplacement pouvait à la rigueur trouver sa justification dans le fait que ce dernier s’était aussi déplacé en Algérie en qualité de candidat à la primaire du parti Les Républicains en vue des élections présidentielles. Ce n’est pas le cas d’Anne Hidalgo aujourd’hui.

Certes, Anne Hidalgo n’est pas maire d’une ville comme les autres. Avec un PIB de près 700 milliards de dollars, Paris compte parmi les plus importantes villes du monde, au même titre que New York, Londres ou Tokyo. Des villes dont l’influence et le rayonnement dépassent de loin le cadre du pays où elles se trouvent. Paris compte en son sein une très grande communauté algérienne. Anne Hidalgo y est une femme appréciée, de par ses positions, comme lorsqu’elle s’est positionnée fermement contre la déchéance de la nationalité contre les binationaux en France, comme de par ses actions, aussi symboliques fussent-elles, comme célébrer Yennayer.

Malgré tout, Anne Hidalgo ne reste au final que maire d’une ville, et même s’il est tout à l’honneur de l’Algérie de montrer qu’on sait bien accueillir, il est inconcevable de réserver à un maire un traitement quasiment digne de celui d’un chef d’État en visite d’État. Au même titre qu’il aurait été inconcevable (quoique cocasse) d’imaginer Abdelkader Zoukh accueilli en France avec les mêmes honneurs réservés à Anne Hidalgo en Algérie, l’égalité protocolaire aurait dû par décence s’imposer. Faute de quoi, l’impression de servitude envers l’ex-colonisateur continuera d’être entretenue.

TSA

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