Hommage à Aït Ahmed : la démarche du pouvoir en question

Hommage à Aït Ahmed : la démarche du pouvoir en questionLes hommages rendus à Hocine Aït Ahmed ont été unanimes depuis l’annonce de son décès. L’écrasante majorité des citoyens algériens – qui s’est exprimée sur les réseaux sociaux notamment- ainsi que les plus grandes personnalités du pays se sont succédé pour saluer la droiture et l’exemplarité de cette figure historique de la Révolution. L’annonce de son décès a même suscité des réactions de l’autre côté de la Méditerranée, où l’éminent philosophe Edgar Morin a salué la mémoire d’Aït Ahmed, « grande et noble figure algérienne », tandis que le président français François Hollande a rendu un hommage appuyé au fondateur du FFS, « homme de principes et grand humaniste profondément dévoué à son pays, auquel il a consacré sa vie ».

Le pouvoir algérien, pour sa part, n’a pas ménagé ses efforts pour rendre hommage à Hocine Aït Ahmed. Le président Bouteflika a décrété un deuil national de huit jours à la suite du décès du fondateur du FFS, un honneur généralement réservé aux chefs d’État. Le président a aussi fait lire un message de condoléances à la télévision nationale, et la lecture de la Fatiha a été effectuée au début des deux derniers conseils présidés par le chef de l’État. La dépouille rapatriée en Algérie a été accueillie par le président du Sénat, le Premier ministre et les membres du gouvernement au complet à l’aéroport, où les honneurs de la Garde républicaine ont été rendus.

Alors que la communion autour de la mémoire de Hocine Aït Ahmed semble totale, la question subsiste quant aux motivations réelles du pouvoir dans son hommage à cette figure historique d’opposition. Il est en effet tellement facile pour l’esprit cynique d’y voir de prime abord une écœurante tentative de récupération politique, dans une période où le pouvoir ne dispose plus de la faveur du peuple.

Une vision plus ingénue pourrait quant à elle faire penser que la démarche découle d’une volonté du pouvoir de faire amende honorable envers une personnalité historique, qui aura subi un traitement terriblement injuste tout au long de son parcours. Mais pour mener à terme cette démarche de réconciliation, le pouvoir devra pourtant faire beaucoup plus. Pour se démarquer de la simple récupération politique, pour montrer qu’il fait autre chose que surfer sur la mort d’un personnage salué universellement, le pouvoir devra montrer que le message véhiculé par Hocine Aït Ahmed pendant plus de cinquante ans a atteint sa destination, qu’il sera enfin écouté par le pouvoir.

En plus des honneurs présentés à sa dépouille, le pouvoir se trouve aujourd’hui face à l’obligation morale de faire honneur aux idéaux de Hocine Aït Ahmed en les appliquant de façon concrète dans la vie du pays. À défaut de ce faire, la répugnante récupération du pouvoir ne représentera que l’ultime insulte, non seulement au défunt Aït Ahmed, mais aussi à un peuple algérien endeuillé par la mort de son dernier héros.

TSA  

 

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