Thème d’une conférence du chercheur britannique Hugh Roberts

Thème d’une conférence du chercheur britannique Hugh RobertsImmersion dans l’organisation sociopolitique de la Kabylie

Invité par la fondation Tiregwa, Hugh Roberts, chercheur britannique en histoire et anthropologie et professeur à l’université de Tufts aux États-Unis, a donné une conférence, samedi à Montréal, sur l’histoire de l’organisation sociopolitique en Kabylie avant la colonisation française. Le conférencier, qui a déjà publié deux ouvrages sur l’Algérie et la Kabylie, a estimé que les traditions d’organisation dans les villages avaient un prolongement historique.

C’est que pour lui, la société villageoise était régie par des institutions qui sont l’émanation d’une forme de gouvernance démocratique. Selon l’orateur, les organisations politiques contemporaines, y compris le mouvement national et le mouvement des archs se sont approprié ces traditions à des fins de mobilisation. M. Roberts s’est félicité que la recherche universitaire s’intéresse aujourd’hui à l’histoire des archs. L’ancien prof d’anglais au lycée de Bouira dans les années 1970 est allé en profondeur pour expliciter l’organisation de tajmaât et son fonctionnement aussi bien au sein du village que dans un espace territorial plus grand, comme la confédération. M. Roberts conçoit tajmaât (assemblée du village) comme instance délibérante et espace de rencontre. C’est dans cette instance appelée aussi conseil du village que les clans, idrumen ou les sfuf s’affirment. “Les sfuf dans la société sont assimilés à des organisations politiques dans leur version moderne”, soutient-il. L’intervenant n’a pas manqué de préciser que dans cette assemblée, l’imam du village n’a aucun rôle politique et ne s’immisce pas dans la gestion des affaires de la communauté qui est du ressort de lamin et des temman (délégués du village). Portant la contradiction aux travaux du sociologue Bourdieu, le chercheur britannique dira que l’origine des lois sociopolitiques ne datent pas de la colonisation ottomane ; elles sont plutôt une survivance lointaine.

Ces lois, comme le droit coutumier et le code d’honneur, ont permis aux villages de se doter d’instruments démocratiques de gestion de la collectivité. Étayant son propos, M. Roberts explique que le fonctionnement de tajmaât est basé sur le principe d’un gouvernement. “C’est comme la Chambre des communes : un parti qui gouverne et un autre qui anime l’opposition”, dit-il.

Ce système binaire, on le retrouve aujourd’hui dans les villages kabyles. Dans les assemblées de village, quand un hameau, adrum ou quartier prend position, un autre clan s’y oppose. Cette dichotomie était également présente en Kabylie d’avant la colonisation française. Les lignées étaient soudées par des liens politiques, contrairement aux hameaux qui, eux, se formaient souvent par des liens de parenté. Et ce système binaire refait surface même dans les confédérations des villages, avant que la conquête de la Kabylie en 1857 et la révolte de 1871 ne viennent démanteler, à tout le moins déstructurer un système politique hérité des temps anciens, et qui avait permis à la société kabyle d’avoir un fonctionnement démocratique de la cité. Roberts, qui a basé ses recherches sur les travaux d’Hanoteau et Letourneux, ainsi que sur des enquêtes de terrain, a cité l’exemple du village Aït Waban dans le Djurdjura, “le dernier village avant la montagne”, pour reprendre Mouloud Mammeri, pour illustrer la cartographie des sfuf.

L’ancien directeur de projet de l’International Crisis Group (ICG) s’est également attardé à mettre en relief l’opacité du système politique algérien mis en place depuis 1962.

Y. A.

Liberté   

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