''Notre union fait notre force'' Tadukli : I bwass m r n dukel idruar a d mimzen

Matoub Lounès : Le cri d'un juste''Notre union fait notre force'' Tadukli : I bwass m r n dukel idruar a d mimzen

Matoub Lounès fait partie désormais de ces grands géants de la chanson engagée du monde. Il a chanté sa cause berbère, sa partie, son Algérie, sa Kabylie, ses montagnes, la vie, l'amour, l'amitié et la dignité des humains. Côté musique, ses mélodies vacillent entre les sons du terroir kabyle et le chaâbi qui a bercé des générations et des générations du grand centre nord d'Algérie. C'est-à-dire : Alger et la Kabylie. 10 ans se sont écoulés depuis son assassinat macabre. Son identité n'a pas encore son statut institutionnel et officiel dans la constitution de son propre pays.

Les Berbères commémorent sa mémoire chaque année au mois de juin. Ils ne l'ont pas oublié. Cependant, est-ce que cette panoplie de commémoration serait suffisante à elle seule pour lui rendre hommage? Non. Je dirai qu'il faudrait plutôt revisiter son œuvre et travailler ensemble pour réaliser son rêve. Son rêve est censé être le nôtre aussi.

Faut-il encore rappeler que Lounès est une bête de scène? Bête de scène, non pas pour faire danser le public mais pour le secouer, le bousculer pour qu'il se réveille, pour qu'il se manifeste, pour qu'il se défende, pour qu'il dise tout haut ses douleurs et ses joies, ses déceptions et ses rêves, ses défauts et ses perspectives, ses faiblesses et ses forces, ses divergences et ses repères. En effet, grâce à son talent de musicien et à son verbe recherché, franc et parfois cru, il a toujours interpelé son peuple à agir au lieu de réagir. Dans sa chanson ''Aker a taqvalit'', Matoub demande aux Kabyles de se soulever, de demeurer debout et fiers de ce qu'ils sont. Ce n'est qu'ainsi, selon lui, que l'identité amazighe rayonnera et que le soleil de Tamazight se répandra dans toute l'Afrique du Nord et ailleurs. Lounès a toujours cette touche d'optimisme qui a caractérisé son discours :
« La relève dira-t-il est toujours là. Grâce à son intégrité, nos valeurs suprêmes triompheront. Aujourd'hui, rajoute-il, le monde nous connait, notre drapeau flotte dans les cieux au prix fort. Les larmes ont coulé à flot mais on n'a pas plié ". Lounès se confesse aussi : " Tout ce que je vous dis est dicté par mon âme. J'ai chanté la liberté et le chemin de notre victoire. La lumière sera notre guide, les pénombres disparaîtront et notre soleil se lèvera ».

Cependant, il y a de ces gens naïfs qui sont persuadés que les libertés descendent du ciel et que les identités des peuples vivent ou survivent par miracle. Quel mirage! Tout ce que pourrait avoir un être humain ou un peuple a un prix. Les civilisations qui font et défont le monde d'aujourd'hui ont, elles aussi, traversé des zones de turbulences. Ce qui fait leur force depuis quelques siècles est dû aux génies de leurs enfants. Leurs visions et leurs perspectives ont transcendé les querelles stériles et intestines pour que toutes leurs forces soient dédiées à un avenir meilleur, radieux, prometteur et intelligent.

Ce détour est pour dire franchement que le peuple berbère du Maroc aux frontières d'Égypte compte toujours sur une poignée d'individus pour continuer à exister. L'amnésie collective ronge notre mémoire. Les Berbères du troisième millénaire sont à la traine. Ils délaissent leur langue, leur culture, leur mode de vie en se cachant derrière le mot magique : « Nous, nous nous adaptons à toutes les situations ». Oh la! Quelles situations oserais-je leur demander? S'adapter aux langues et coutumes des autres j'imagine. Ne peut-on pas se familiariser avec les autres cultures sans pour autant détruire la sienne? Ne peut-on pas valoriser notre langue et notre culture pour que les autres justement se familiarisent à leur tour avec notre monde à nous? Serait-il aussi sorcier que cela de faire partie d'un paysage humain en demeurant soi-même? Autant de questions et de questionnements qu'on pourrait déceler dans les chansons de Matoub Lounès.

En effet, en l'écoutant, sa douleur nous perce le cœur et le cerveau. Il a été attaqué de tous les côtés parce qu'il a chanté l'authenticité de ce qu'il est et de qu'est son peuple. Il a été malmené, trahi et même sali par ses propres frères pour une poignée de privilèges :
« J'ai fait beaucoup de concessions durant les durs moments de ma vie. Aussi, j'ai croisé sur mon chemin ceux qui ont terni ma dignité et mon honneur. Malgré la fragilité de ma santé, ma voix continuera à secouer les consciences et on l'entendra de partout ». Matoub, face aux trahisons et aux cyclones, il n'a jamais baissé les bras. Mettant délibérément de côté ses déceptions et ses douleurs, il a toujours appelé les siens à s'unir : « L'union des Kabyles surmontera nos défauts car Tamazight est leur fondation, la source de leur existence ». Il a toujours été convaincu que nos gestes seront fructueux un jour : « L'espoir est entre nos mains : un jour, vous verrez un petit enfant chanter et s'épanouir dans son amazighité ».

En somme, le meilleur hommage qu'on pourrait rendre à notre Lounès le Numide est de nous unir dans le respect et la diversité pour bâtir dans la durée ''Axam nnegh'', notre Maison Berbère, la seule garante des chants authentiques de notre amazighité.
 

par Djamila Addar

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