Dans les coulisses de l’aéroport Houari Boumediène

Dans les coulisses de l’aéroport Houari BoumedièneL’aéroport d’Alger en été, c’est toute une histoire !

Avec 6 millions de voyageurs par an, l’aéroport international Houari Boumediène d’Alger n’est évidemment pas le plus fréquenté du monde. Mais en été, le nombre de passagers croît de façon significative. Reportage dans les coulisses de cette infrastructure aéroportuaire.

6h. Le soleil est déjà levé depuis un bon moment. L’aéroport Houari Boumediène n’a pas fermé l’oeil de la nuit. Des avions ont déjà décollé pour Istanbul, Damas ou Milan. En ce moment, entre 140 et 160 vols passent par Alger.

Zaydi, 31 ans, manager d’un des quatre cafés du hall d’accueil, a commencé sa journée à 5h. Dans son uniforme classique noir et blanc, le sourire commercial, il assiste le caissier qui essaie de satisfaire la file d’attente, où se bousculent les premiers clients, impatients d’être servis.

«Autant en hiver on n’a pas beaucoup de travail, autant en été on est souvent débordés», confie-t-il un peu stressé. Une famille arrive pour le vol de 9h vers Paris. Sara, la fille de 17 ans, cherche un chariot pour acheminer les bagages plus facilement à l’intérieur de l’aéroport. Elle n’a pas de chance, le scooter vient tout juste de passer. Son petit frère de 3 ans l’alerte. «Papa, papa, un train», crie Anis encore dans les bras de sa maman.

Le jeune Mohamed, 26 ans, se tourne vers elle et arrête sa locomotive de chariots. «Viens, je vais faire une exception pour toi et m’arrêter.» Avant d’entrer, passage obligé par le scanner et les contrôles de police.

Chaque année, plus de 6 millions de voyageurs transitent par l’aéroport Houari Boumediène avec plus de 15 millions de bagages. Afin d’assurer le service uniquement auprès de la Société de gestion des services et infrastructures aéroportuaires d’Alger (SGSIA), plus de 1400 employés sont mobilisés. Sara et sa famille se présentent au guichet pour l’enregistrement des bagages.

L’hôtesse, en uniforme bleu, commence à peser les valises et à étiqueter les tags (ticket accroché sur chaque bagage où apparaissent les coordonnées de chaque passager, la compagnie et la destination).

De l’autre côté du hall, une autre équipe prend le relais. A première vue, on se croirait dans un quartier de Constantine : sur les passerelles suspendues dans les airs, les bagages avancent petit à petit. Ils passent auparavant par un scanner hyper sophistiqué en forme de grande cabine. «Tous les bagages passent par ce scanner, assure un policier.

En cas de détection d’explosifs ou de matériaux dangereux, la machine rejette le bagage en question et l’agent qui surveille le scanner doit immédiatement donner l’alerte.» Par la suite, les valises sont interceptées par des manutentionnaires bagagistes suivant les tags afin d’être classées dans le conteneur sous le regard des agents des douanes et de la police.

Ensuite Amine, conducteur de tracteur, vient tirer le conteneur vers l’avion une fois le feu vert donné par son responsable. Certaines compagnies, telles que Aigle Azur, assurent tout l’acheminement avec leur propre personnel, mais d’autres préfèrent sous-traiter avec des sociétés spécialisées, comme Swissport. Une fois que tous les bagages sont près de l’avion, un chariot élévateur fait monter le conteneur dans la soute de l’appareil.

Poumons

Walid Belabbes, 31 ans, est contrôleur aérien. Très concentré et rigoureux avec les autres employés, il est là pour veiller à ce que tout soit en ordre sur la piste. Vingt-sept compagnies nationales et internationales se partagent en continu les pistes d’atterrissage.

Sa mission principale ? Veiller à ce que les avions décollent et atterrissent dans les meilleures conditions. «Je dois à chaque fois inspecter la piste pour savoir si tout est en place. Au cas où un engin présente une fuite d’huile, ce qui représente un danger pour les avions, je le signale et on fait appel aux sociétés de nettoyage.» Soudain, un camion équipé d’un radar, d’un haut-parleur et d’émetteurs d’ondes, déboule. C’est celui du contrôleur animalier ou bien «faroucheur», comme certains préfèrent l’appeler.

Cet engin a pour mission principale de «faire peur aux oiseaux et capturer les animaux qui pénètrent sur la piste, car ils représentent un grand danger pour les avions. Si un oiseau entre dans le réacteur d’un appareil, ce dernier risque d’avoir des avaries lors du décollage ou lors du vol.

Si un sanglier se trouve sur le chemin d’un appareil qui atterrit, il risque de dévier sa trajectoire», explique Walid. En cas d’anomalies ou de dysfonctionnements dans l’aéroport, à qui faire appel ? Derrière les écrans, caméras, programmation de parking des avions et attribution de guichets d’enregistrement aux compagnies, le Centre de coordination et des opérations (CCO) tire les ficelles.

Dans un bureau d’environ 100 m2, cinq personnes travaillent à un rythme accéléré pour pouvoir satisfaire toutes les demandes. Ici, personne n’a le temps de nous accorder pas même un petit instant. Nous sommes dans le poumon de l’aéroport.

Sur les murs, plusieurs écrans, les visages des employés y sont scotchés et les téléphones ne cessent de sonner. Talmat Hania, 37 ans, est hôtesse CCO. Vêtue de sa robe noire, elle fait le maximum pour se concentrer. Il lui arrive de décrocher deux téléphones. Chaque personne dispose de deux écrans d’ordinateur pour «mettre à jour le système informatique avec les informations qu’on reçoit en continu», nous explique Hania.

«whisky»

L’été pour Leïla est aussi synonyme de «vols surbookés». «Toutes les compagnies aériennes vendent plus de places qu’il n’y en a de disponibles dans l’avion, explique-t-elle. Du coup, de nombreux passagers restent au sol. Mais allez expliquer à quelqu’un qui a réservé son hôtel sur une plage de Zanzibar ou à Phuket en Thaïlande, que finalement, il ne peut pas partir ! Les gens peuvent vous insulter, mais nous, nous devons rester calme et les rassurer, ce n’est pas toujours faciles.»

Autre problème : les voyageurs qui veulent à tout prix partir, dont les passeports expirent avant six mois et que les agences de voyages n’ont pas prévenus. «Je ne vous parle même pas de la PAF (police aux frontières), poursuit Khaled, un autre employé de l’aéroport. Sur les quatre postes, il doit y avoir au moins huit policiers. En pratique, tu n’en trouves que trois ou quatre. Parce qu’il y en a un qui est sorti, l’autre qui est allé manger.

Du coup, les passagers attendent parfois plus de trois quarts d’heure…. Et ratent leur vol !» Mais le plus dur de l’été n’est pas encore passé. «Le 16 août vont commencer les départs pour le hadj, confie Anissa, hôtesse d’accueil. Entre Air Algérie, Turkish Airlines, Egypt Air, Qatar Airways, et la Royal Jordanian, cela représente plus de 1500 passagers par jour. Et pas des plus faciles…

Car la plupart arrivent de l’intérieur du pays avec des bouteilles de gaz, de la viande, des couteaux. Les plus vieux ne comprennent pas que c’est interdit. Alors on les leur enlève, mais sans leur dire.» Abdelkader, 43 ans est coordonnateur depuis 9 ans. Une radio en main, il vient d’être informé de l’arrivée d’un avion. Immédiatement, il publie l’information sur les écrans d’affichage qui sont dans les halls publics. Mais pour lui, ce n’est pas tout. Il doit appeler tous les autres services concernés par l’opération de réception des passagers et des bagages.

Par exemple, il lance un appel pour dégager un conducteur de passerelle (tunnel reliant l’avion à la salle d’embarquement ou la salle des arrivées) qu’il désigne par le nom de code «whisky» afin qu’il colle sa passerelle à l’avion une fois à l’arrêt. Djamel Guemari, 42 ans, travaille comme conducteur de passerelle.C’est lui qui reçoit l’ordre lancé par Abdelkader au CCO.

Djamel doit attendre que l’avion soit bien stationné pour pouvoir manœuvrer sa passerelle à l’aide d’un joystick et d’un petit clavier. A partir d’ici, il peut effectuer la manœuvre qu’il souhaite afin de coller la passerelle à la porte de l’avion pour que les passagers puissent aller et venir à leur aise. Tout est pensé pour que le voyage se passe au mieux, mais des couacs, il y en a.

«La semaine dernière, des passagers arrivés de Bamako, qui transitaient par Alger avant de repartir pour Doha puis Kuala Lumpur n’ont pas été assistés comme ils auraient dû l’être par Air Algérie, raconte un cadre de l’aéroport. Comme ils n’avaient pas de visa, ils n’ont pas pu sortir de la zone de transit. Comme ils n’avaient pas non plus assez d’argent pour acheter un autre billet, ils sont restés une semaine en transit.

On leur a donné à manger mais ne me demandez pas comment ils ont fait leur toilette !» Et puis bien sûr, il y a les bagages qui se perdent. «Souvent, on ne peut rien faire à part prendre la plainte du passager, souligne un employé.

Mais ce n’est pas facile, les gens s’énervent. La pire des compagnies, c’est Air France. Là où Qatar Aiways enregistre 800 plaintes par an, Air France en compte plus de 1000 par mois…» D’ici 2018, une étude prévoit que l’aéroport sera saturé. «Une entreprise chinoise a déjà commencé les travaux, précise Tahar Allache, le PDG de l’aéroport. Ils avancent bien et seront terminés dans trois ans. Et c’est la SGSIA qui prendra en charge le financement, pas le Trésor.»


El Watan 

 

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