Gouvernement : ce que cache le limogeage d’Amara Benyounes

Gouvernement : ce que cache le limogeage d’Amara BenyounesÀ la surprise générale, le président Bouteflika a procédé, ce jeudi 23 juillet, à un remaniement partiel du gouvernement. Trois ministres quittent l’Exécutif : Amara Benyounes, Abdelkader Kadi et Abdelkader Khomri. Un remaniement inattendu, sachant que le dernier changement a été opéré il y a seulement deux mois.

Qu’est-ce qui a pu évoluer depuis ce remaniement pour amener le Président à intervenir encore une fois pour modifier la composition de son gouvernement ? Évidemment, nous n’aurons droit à aucune explication officielle, ni même officieuse, comme c’est la pratique dans les pays démocratiques.

Un affront à la fidélité

« Le Président a exercé une prérogative constitutionnelle », explique un membre de l’Exécutif. Certes le Président, en vertu de l’Article 79 de la Constitution, peut remanier le gouvernement quand bon lui semble. Un droit que personne ne lui conteste. Mais ce nouveau remaniement soulève une nouvelle fois des interrogations sur la manière avec laquelle le pays est géré depuis quelques années.

La décision de remercier trois ministres, deux mois après un remaniement géré de manière chaotique, pose plus de questions qu’elle ne suggère de réponses. Surtout que parmi les partants figure Amara Benyounes. Avec son départ, c’est un fidèle parmi les fidèles de Boutelika qui est lâché, presque humilié. Hier, le ministre du Commerce accordait un entretien à TSA en tant que président du MPA. Il ne donnait pas l’impression de s’attendre à être limogé de l’Exécutif. Bien au contraire, ses propos étaient ceux d’un ministre sûr de son avenir au sein du gouvernement.

Amara Benyounes avait, en effet, défendu bec et ongle le quatrième mandat du Président, allant jusqu’à affirmer qu’un « président n’a pas besoin de son pied, mais plutôt de sa tête pour diriger », en réponse à ceux qui mettent en doute les capacités du chef de l’État, malade, à diriger le pays. Benyounes s’est conduit comme un homme politique très discipliné et fidèle au Président. Dans certaines situations, il s’est même montré mieux discipliné que ses deux alliés au FLN et au RND.

Des relations difficiles avec Sellal

Comment expliquer alors ce limogeage ? Plusieurs pistes pourraient aider à comprendre. Dans l’Exécutif, l’ancien ministre du Commerce s’est démarqué de ses collègues sur plusieurs dossiers importants. En lieu et place de la solidarité et de la discipline gouvernementale, il s’est distingué par un certain franc-parler, un sens d’initiative et un engagement qui n’ont pas toujours été du goût du Premier ministre et de quelques membres influents de l’Exécutif.

Dans l’Exécutif, on accuse Benyounes de faire cavalier seul pour promouvoir sa propre carrière politique, au détriment de la solidarité gouvernementale. À plusieurs reprises, ces différends ont viré à l’incident, comme quand Sellal a décidé d’annuler une décision de Benyounes rendue publique sur la vente d’alcool. Amara Benyounes a encaissé sans réagir, faisant valoir… la solidarité gouvernementale. Depuis, on avait l’impression que les choses avaient repris un cours normal entre Benyounes et son Premier ministre. D’ailleurs, le ministre du Commerce était l’un des rescapés du remaniement opéré en mai.

Sauf qu’entre le remaniement du mai et aujourd’hui, Amar Benyounes a fait parler de lui à plusieurs reprises. Certaines de ses sorties ont été perçues comme preuve de la cacophonie qui règne au sein du gouvernement, y compris sur des dossiers stratégiques.

Exemple : le 21 juin, l’ancien ministre du Commerce déclarait à TSA que « le gouvernement algérien n’était pas au courant du contenu du projet d’implantation d’une usine Peugeot en Algérie. »

Intérêts français et des lobbies

Moins de 24 heures plus tard, son collègue de l’Industrie, Abdesselam Bouchouareb, le contredit publiquement en affirmant que le projet du constructeur français avance bien. Qui avait raison ? Si le limogeage de Benyounes répond en grande partie à cette question, l’énigme demeure sur l’enjeu de ce projet défendu par le président français François Hollande. Benyounes a-t-il payé son opposition à un nouveau projet de « boulonnage » voulu par Paris, mais dont l’utilité économique pour l’Algérie est très discutable ?

C’est aussi le ministère de Benyounes qui a fait fuiter via l’APS un rapport accablant sur Renault et Peugeot, accusés d’optimisation fiscale. Là encore, Amara Benyounes a touché à des intérêts français qui semblent jalousement protégés.

Quelques jours plus, c’est à partir de Tizi Ouzou que Benyounes promettait de s’attaquer aux importateurs frauduleux. Il a même affiché son intention de publier la liste de tous les importateurs. Une première en Algérie. Ses projets pour assainir le commerce extérieur seront-ils maintenus après son départ ? De la réponse à cette question dépendra la crédibilité du gouvernement en matière de lutte contre la fraude.

Pour les deux autres ministres qui ont quitté le gouvernement, leur départ ne semble obéir à aucun enjeu. Abdelkader Khomri, l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, a été libéré pour des raisons de santé. Kadi, ministre de l’Agriculture, prendra désormais la tête de la wilaya de Tipaza.

TSA  

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