TIZI OUZOU CLASSÉE PREMIÈRE DANS TOUS LES EXAMENS DE FIN DE CYCLE

Quand la famille sacralise l'instruction

TIZI OUZOU CLASSÉE PREMIÈRE DANS TOUS LES EXAMENS DE FIN DE CYCLE«Personnellement, je m'attendais à des résultats catastrophiques. L'année a été perturbée de nombreuses fois par des grèves. Mais hamdoullilah, les élèves ont su reprendre le dessus.»

La famille algérienne sacralise l'école. C'est pourquoi, aucune force maléfique qu'elle soit ne peut semer l'ignorance dans la société. Il restera toujours une petite lumière qui pénétrera des interstices de l'Histoire.
Parmi cette catégorie, l'on ressentait une espèce de sentiment de soulagement. Beaucoup d'enseignants, surtout dans les lycées, exprimaient ce sentiment après une année scolaire éprouvante. «Vous voyez maintenant que les grèves n'ont pas eu l'effet négatif prévu. Vous ne pouvez pas imaginer le sentiment de culpabilité que je traînais durant toute l'année scolaire. Se sentir responsable de l'échec d'un élève, ce n'est pas rien», affirmait Omar, enseignant dans un lycée. En effet, notre tournée à travers certains établissements renseigne sur le soulagement ressenti par les enseignants après ces résultats.
«Personnellement, je m'attendais à des résultats catastrophiques. L'année a été perturbée de nombreuses fois par des grèves. Mais Hamdoullilah, les élèves ont su reprendre le dessus», reconnaissait un autre enseignant qui s'est toujours prononcé contre les grèves prolongées. «Désormais, les enseignants devraient réfléchir à d'autres méthodes de faire grève. Ces semaines perdues par les élèves ne se font pas ressentir grâce aux bons résultats mais en tant qu'enseignant je clame haut et fort que sans ces débrayages la wilaya aurait eu un taux de réussite meilleur», dit Boudjemaâ.
En effet, parmi les enseignants beaucoup justifiaient leur mouvements de grève par la nécessité d'avoir une situation socioprofessionnelle meilleure pour pouvoir donner à l'élève le meilleur de soi. «Les élèves ont prouvé que demander ses droits ne signifie pas négliger l'enseignement. Bien au contraire, la meilleure place prouve que les élèves ont la capacité de s'adapter à toutes les situations. Ils seront encore meilleurs dans de meilleures conditions», clame le directeur d'un lycée bien classé dans la wilaya et dont l'établissement a suivi à 100% les appels à la grève durant toute l'année scolaire.

Les parents d'élèves heureux, mais...
Pandant les quelques dernières années, les établissements de la wilaya ont été les plus touchés par les grèves incessantes des enseignants essentiellement ceux du secondaire. Les débrayages ont duré plusieurs mois au point où les parents ont commencé à craindre une année blanche. C'est à Tizi-Ouzou que les grèves ont duré le plus longtemps. En fin d'année, la wilaya est arrivée en tête du classement dans les examens des trois paliers, primaire, moyen et secondaire. Dans les cours des établissements, les discussions sont courtoises mais sévèrement critiques. Une grande partie des parents semble comprendre les grèves, mais refuse de justifier des perturbations continues.
Cependant, la joie était tout de même là. «Nous avons veillé avec nos enfants. L'enseignant tout seul ne peut pas prendre en charge l'enseignement d'une classe. Le travail des parents est aussi primordial. Il faut que les parents s'y mettent sérieusement», conseille un parent d'une des meilleures élèves au BEM également directeur d'école. Beaucoup de parents évoquaient le rôle des associations qui étaient absentes durant l'année scolaire.
Car, en fait, ces organisations sont conçues pour épauler les enseignants dans le travail pédagogique et les responsables des écoles dans le travail administratif. «Dorénavant, il faudra que les associations des parents d'élèves s'impliquent davantage. Par le passé, il faut reconnaître que la plupart des parents ne se présentent que lorsqu'ils entendent parler de la prime de scolarité de 3000 dinars», regrette un président d'association.
En fait, des discussions avec cette catégorie, l'on décèle une sorte d'inquiétude justifiée à plus d'un titre: la violence dans les établissements. En effet, durant l'année précédente, l'on a assisté à l'irruption de la violence dans les établissements de la wilaya à une échelle alarmante. Ce phénomène s'est étendu à travers les écoles à tel point que certains établissements ont dû fermer durant plusieurs semaines.
Au lycée de Boudjima, l'année dernière, la cour s'est transformée en arène de combat avec armes blanches entre des groupes de délinquants. Plusieurs élèves ont été blessés alors que d'autres ont eu des chocs qui ont nécessité l'intervention de plusieurs psychologues dépêchés des écoles voisines. La direction a dû fermer l'établissement durant plusieurs jours.
A Aït Aïssa Mimoun, les lycéens ont dû observer plusieurs semaines de grève pour que les autorités locales bougent le petit doigt afin de déloger les voyous qui se sont introduits semant la peur parmi les élèves. A Tizi Ouzou, des élèves du CEM, Mouloud-Feraoun, ont été agressés au couteau par des délinquants qui sont entrés dans la cour. Des cas du genre se comptent par dizaines rien que cette année scolaire. Pourtant, les élèves de tous les paliers sont arrivés en tête des classements nationaux.

Malgré la neige et l'éloignement
La wilaya de Tizi-Ouzou située dans une zone montagneuse passe rarement une année sans enneigement de la plus grande partie de son territoire. Les élèves passent souvent plusieurs semaines sans pouvoir aller en classe à cause des tempêtes de neige. L'on se souvient qu'en 2011, la wilaya est restée enclavée pendant près d'un mois à cause d'une tempête de neige. Les écoles ont été fermées durant plus d'un mois. La même année, les lycéens de la wilaya ont eu la première place au niveau national. «Oui, je me souviens que durant les années quarante déjà, mon père m'accompagnait jusqu'à la porte de l'école située à des dizaines de kilomètres de chez-nous. Une fois rentré en classe, il revenait ensuite au travail dans les champs. Sa misère ne l'a pas empêché de me donner l'instruction. Je n'oublierai jamais le bien que mon père m'a fait. Je ne pourrais jamais le lui rendre. Allah yarahmou», reconnaît presque en pleurs un enseignant.
En effet, à ce sujet, la région est connue pour le sacrifice des parents pour les études de leur progéniture. C'est presqu'une culture. L'instruction est sacrée dans la famille kabyle. «Je me souviens qu'on allait à l'école à pied. L'on marchait une quarantaine de kilomètres tous les jours, matin et soir. Aujourd'hui, ça peut sembler incroyable. Mais sachez que pour les études, nous l'avons fait» raconte Hand, ancien responsable d'un Cfpa.Des parents racontent des aventures invraisemblables de tempêtes et de neige. «Ce jour-là, au matin, il pleuvait doucement. Personne n'avait soupçonné l'approche d'un quelconque flocon de neige. Pourtant, vers l'après-midi, les cimes que nous apercevions des fenêtres de l'école devenaient de plus en plus blanches. Le directeur vint nous dire qu'il fallait rentrer avant que les routes ne soient bloquées. Mais, n'allez pas imaginer qu'il y avait des véhicules qui nous attendaient dehors. Nous sommes rentrés à pied. Nous sommes arrivés à la maison les pieds gelés.» Aujourd'hui, Hand est retraité. Il fait carrière dans la formation professionnelle.

Les nouvelles générations donnent l'exemple
Ces histoires racontées par les parents qui se sont sacrifiés pour donner l'instruction à leurs enfants même invraisemblables expliquent en partie la réussite des élèves de la wilaya à se classer parmi les meilleurs au niveau national. L'institution et les études sont toujours sacrées dans la famille kabyle malgré les changements apportés par les décades. «J'ai une situation meilleure que celle de mes parents durant mes études. Je n'oublierai jamais l'image de ma mère qui m'accompagnait jusqu'à la mosquée du village avant que je poursuive tout seul le chemin de l'école. Elle le faisait tous les jours, qu'il vente ou qu'il pleuve. Le soir je la retrouvais là à m'attendre. Ce temps-là est parti, mais je ressens de la joie m'envahir quand je vois que mes enfants sont les meilleurs à l'école. C'est ma façon de la remercier pour ce qu'elle a fait pour moi», raconte, Akli, les yeux en larmes au souvenir de sa maman. Il était orphelin de père, mais elle a tout fait pour lui donner les moyens d'étudier. Aujourd'hui, il est cadre de la nation.Les écoliers d'aujourd'hui sont le fruit de la culture héritée de ces générations qui, même dans le dénuement total, n'ont pas lésiné sur ce qu'ils possédaient pour donner l'instruction à leurs enfants. L'école était sacrée pour nos grands-parents. Même si des problèmes sont constatés dans l'Ecole algérienne d'aujourd'hui, il n'en demeure pas moins que les repères sont toujours là. La famille algérienne sacralise l'école. C'est pourquoi, aucune force maléfique qu'elle soit ne peut semer l'ignorance dans la société. Il restera toujours une petite lumière qui pénétrera des interstices de l'histoire.

L'EXPRESSION  

 

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