Négationnisme

 EL WATAN 25/05/2008

Le Congrès mondial amazigh (CMA), qui projetait d’organiser ses 5e assises à Tizi Ouzou, se voit contraint de trouver une autre terre plus accueillante pour abriter cet événement symbolique pour la Kabylie. Et d’une manière plus générale pour l’Algérie qui aurait pu donner un formidable gage politique de sa volonté de prendre en charge la dimension amazighe de son identité nationale telle que consacrée dans la Constitution en adoubant de manière indirecte cet événement.

Encore une fois le spectre du complot extérieur ou, tout simplement, la bêtise humaine, auront été plus forts que le désir de rassemblement, l’élan communautaire, la quête identitaire qui devrait être une revendication partagée de tout le peuple algérien car il s’agit d’un patrimoine national et non pas seulement d’un butin civilisationnel d’une région : la Kabylie. L’autorisation administrative introduite voilà plus de quatre mois par les instances dirigeantes du CMA auprès des autorités de la wilaya de Tizi Ouzou se heurte à un mur du silence qui s’apparente à un refus qui ne dit son nom.

Décontenancés mais pas du tout résignés les responsables du CMA ont introduit un recours en justice en déposant plainte contre la wilaya pour le silence radio opposé à cette initiative qui manifestement dérange. Le comité local du CMA n’attend pas grand-chose de la justice tant il apparaît clairement que la décision de ne pas délivrer l’autorisation à cette organisation pour tenir son congrès à Alger est politique et dépasse les prérogatives de la wilaya. Il sera difficile, en effet, pour les pouvoirs publics de convaincre du contraire. Les événements tragiques qu’a vécus la Kabylie produisent toujours un effet repoussoir de la part du pouvoir quant à tout ce qui touche de près ou de loin la revendication identitaire amazighe.

Dans un point de presse animée dimanche à Tizi Ouzou, le président du CMA s’est vivement élevé contre la « discrimination envers les Imazighen ». Les organes spécialisés de l’ONU, de l’Union européenne sont saisis par cette organisation pour se faire les avocats auprès des autorités algériennes en vue de débloquer la situation. Pendant qu’Alger fait le mort par rapport aux sollicitations du CMA, quatre villes marocaines se bousculent pour abriter le congrès. Dans ce pays où la langue amazighe est consacrée comme langue nationale alors qu’en Algérie elle fut érigée au prix de lourds sacrifices en langue officielle mais pas en langue nationale, on a compris, contrairement au pouvoir algérien qui refuse d’assumer son identité dans sa plénitude, que toutes les tribunes internationales sont bonnes à investir.

Comme toujours, cette affaire risque, une fois de plus, d’avoir de fâcheuses répercussions sur l’image du pays à l’extérieur si tant est que l’Algérie ait encore un quelconque pouvoir de séduction. Après la maladroite guerre des religions qui a suscité une vague d’indignation et de réprobation à l’étranger, il faudra s’attendre à de vives critiques de milieux qui n’attendaient pas une telle aubaine pour appeler la communauté internationale à voler au secours « des minorités opprimées » en Algérie. Pendant que la mairie de Paris baptise une rue en hommage au chantre de la musique kabyle Matoub Lounès, à l’occasion de la commémoration du dixième anniversaire de son assassinat, l’Algérie célèbre de bien curieuse manière cette date symbolique en censurant l’histoire, en cultivant le négationnisme identitaire.
 

par Omar Berbiche

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