Malika Matoub à Montréal

Malika Matoub à Montréal Le Centre Amazigh de Montréal a été à la hauteur de l'hommage que la communauté berbère de Montréal est censée rendre au chantre du combat de la cause berbère : Matoub Lounès. Le CAM a invité Malika Matoub, la sœur du défunt, pour donner une conférence sur le parcours et le combat de son frère Lounès, mort, assassiné en 1998.
En effet, ce 14 juin 2008 a été témoin d'un évènement émouvant dans lequel plusieurs générations de Kabyles se sont démenées pour exprimer leur gratitude à tous les sacrifices que Matoub a consentis pour sa cause amazighe et pour sa région : La Kabylie. La députée du bloc québécois Mme Viviane Barbot et Justin Trudeau, l'une des figures prometteuses du parti libéral du Canada étaient aussi présents à cette commémoration.

Il y a eu aussi dans la salle un homme humble, réservé qui a tenu à venir rendre hommage à Matoub. Kaci Lounès. Ce jeune de 20 ans qui a défié, avec ses amis militants de la cause amazighe, le régime de Boumédiène des années 70. Lounès Kaci a passé plus de 12 ans de prison à Lambèse. Il dira avec beaucoup d'émotion : « Malika est venue dans les Aurès pour nous voir mais on ne l'a pas laissée entrer en prison. Lounès, son frère, a organisé un grand gala pour nous venir en aide. Je n'oublierai jamais les gestes nobles et désintéressés de cette famille ».

Les festivités ont commencé par les danses émouvantes de la troupe ''Numydia'' et la représentation théâtrale de la troupe ''Itran N gerger''. Cette dernière, composée entièrement de jeunes adolescents a ému le public par la qualité de leurs tableaux qui nous renvoient à la fois aux génies de plusieurs artistes comme Slimane Azem et Mohia, mais aussi, aux morceaux de plusieurs chansons de Matoub Lounès. Malheureusement, leur spectacle était un peu trop long pour passer en entier lors de cet évènement. À l'issue des activités des jeunes, la présidente du CAM, Mme Adida, a fait un bref discours dans lequel elle a mis en évidence la place de Lounès Matoub dans le parcours des militants berbères avant de céder la parole à la sœur de Lounès, Malika Matoub venue spécialement de Paris pour rendre hommage à son frère à Montréal. Malika devait rentrer juste après en Algérie où la Kabylie l'attend pour marquer la commémoration du départ d'un de ses enfants chéris.

Soyons tous des Matoub !

Malika Matoub a commencé par remercier les jeunes qui se sont démenés en plein examens scolaires pour concevoir, préparer et présenter leurs numéros en guise d'hommage à Lounès : « 
Quand je vois des enfants s'exprimer ainsi, cela me fait chaud au cœur, dira-t-elle, toute émue. Mais, rajoute-elle, le chemin de notre combat est long. Tamazight cherche sa place dans un pays dictatorial, islamiste et arabiste. Notre responsabilité devant l'histoire est de nous outiller pour résister et protéger notre Kabylie ». Malika, très affectée par les déchirures qui caractérisent le combat de la cause berbère, s'adresse à l'assistance en toute franchise : « Je n'ai pas de leçons à donner, mais de grâce, agissons ensemble pour continuer le combat de mon frère. Même s'il est mort, même si on pourrait penser qu'il se repose, je vous assure que sa mort est une horreur et son âme est encore tourmentée, car, nous sommes dispersés et nous sommes en perpétuel conflit entre nous. Il faut s'unir pour atteindre notre objectif ultime. '' Tafat d ighlen iduklen '', dira Lounès. On aime Matoub pour sa bravoure et son engagement, alors, unissons-nous pour réaliser son rêve. Soyons tous des Matoub » !

La Fondation Matoub, où en est-elle ?

Malika tient à clarifier dès le début la mission de la Fondation Matoub. « 
La fondation, dira-t-elle, a pour mission de préserver la mémoire de Lounès et ses œuvres, d'encourager et d'accompagner les jeunes étudiants et artistes pour produire leurs travaux. Son siège est désormais la maison de Lounès. Les gens viennent tous les jours des quatre coins d'Algérie pour se recueillir à la mémoire de l'artiste martyr. Le combat identitaire amazigh n'est pas la chasse gardée de la Fondation. Tamazight, la laïcité, la justice sociale et la démocratie sont de la responsabilité de toute la société civile. Il faut se mobiliser autour de l'essentiel pour se faire une place dans un pays où la dictature sévit depuis l'indépendance du pays ».

Comment la famille a-t-elle vécu l'assassinat de Lounès ?

Malika, émue par les douleurs multiples qui rongent sa mémoire de sœur, dira : 
« Nous avons vécu les douleurs que n'importe quelle famille qui perdrait un être cher, la chair de sa chair. Ajouter à cela bien entendu toutes les pressions diverses qui ont pesé sur nos épaules et nos âmes. Nous avions vu de tout, des mesquineries politiques aux rumeurs en passant par toutes sortes d'intox. C'est normal, l'aura de Lounès est devenue un grand enjeu pour les uns et pour les autres. Mais nous, nous avons perdu un membre de notre famille, le seul fils de ma mère ».

Qu'en est-il de l'enquête sur l'assassinat de Lounès ?

10 ans après l'assassinat de l'artiste, l'enquête continue à patauger au point d'être banalisée : « 
Le pouvoir algérien et ses relais en Kabylie, dira Malika, ont tout fait pour étouffer l'enquête. Deux personnes croupissent en prison depuis 8 ans sans suite. Un meurtre ne peut être élucidé par des déclarations politiques. La justice aux ordre a étouffé toute possibilité d'aboutir à des vérités sur les nombreux assassinats politiques de Boudiaf, Djaout et les autres… »

Qui a tué Matoub ? Cette question apparemment va demeurer longtemps dans la mémoire des Berbères et des Kabyles en particulier. Pourrait-on connaître la vérité dans un futur proche? Pour le moment, ce serait un leurre d'y croire, nous dirait le plus perspicace des observateurs de la politique algérienne. Malika aussi se pose la même question : « qui a tué mon frère ? ». Elle dira que depuis l'assassinat de son frère, sa famille a subi tout un arsenal politique, médiatique d'insultes, de diffamation de la part de certains milieux qui ont même l'indécence d'étaler la vie privée de la famille de Lounès sans que celle-ci ne puisse répliquer ou se défendre : « 
Je peux vous affirmer que quand on ne peut pas faire son deuil, on ne peut pas continuer à vivre normalement ». De l'enquête de son frère, elle a cité l'arrestation de deux jeunes assassins présumés de Lounès : « Ces jeunes, dira-t-elle, croupissent en prison depuis 8 ans sans qu'il n'y ait de procès. Aucune justice, affirme-t-elle avec amertume, ne leur a posé de questions. Donc, Il est très difficile de gérer ce lourd fardeau quand on a des forces occultes qui font et défont le sort de l'Algérie à leur guise loin de toute culture de justice et de scrupules ». Fatiguée de lutter contre les ombres de la cruauté, Malika dira sans détour : « Je pourrais quand même dire que la clé d'un début de vérité est là. Matoub a été tué chez lui ». À méditer donc…

Que pense Malika du projet du MAK ?

Avant de répondre à la question de l'assistance sur la question de l'autonomie de la Kabylie, Malika rappelle encore une fois la mission de la Fondation et ce qu'elle doit faire pour ramasser et répertorier les archives de Lounès. Cette entreprise exige beaucoup d'efforts et de moyens. Elle dira donc : « Depuis 10 ans je m'interdis de prendre des positions politiques, car, la Fondation de Lounès se doit d'être une mémoire fédératrice de tout un peuple. Qu'on se retrouve un jour dans un État-Nation, autonome ou fédéral, cette mémoire insiste-t-elle, doit demeurer vivante. Par conséquent, je ne dois pas me mêler de la chose politique ».

10 ans déjà se sont écoulés depuis le départ brutal de l'un des grands artistes algériens d'expression berbère. La douleur est immense pour toux ceux et celles qui aspirent voir un jour ce pays se réconcilier avec son identité authentique et couver ses enfants au lieu de les enterrer. Après 10 ans des hauts et des bas, Malika a muri. Elle a appris de ses erreurs aussi :  « Le chemin de la liberté et de la reconnaissance de ce que nous sommes est long. Il faut nous unir pour avancer ensemble dans l'inclusion et la diversité et non dans l'exclusion et la haine de l'autre ». conclue-t-elle.

 

par Djamila Addar

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