L’effet ramadhan sur les Algériens : L’économie au ralenti

L’effet ramadhan sur les Algériens : L’économie au ralentiÇa commence par un changement d’horaire. Chaque année, à la veille du Ramadan, la direction générale de la fonction publique annonce les nouveaux horaires de travail pendant le mois sacré. Globalement, le principe est de commencer le travail un peu plus tôt pour partir plus tôt (30 minutes ou une heure), en supprimant l’heure de pause habituelle. Pourtant, à y voir de plus près, le rythme de travail pendant le mois sacré va au-delà du changement d’horaire.

Administrations publiques, entreprises, chantiers, commerces, tout se passe comme si le travail était mis entre parenthèses durant un mois. Certains secteurs sont plus pénalisés que d’autres, avec une baisse de moitié de la productivité, selon certains chefs d’entreprise. Seulement, peut-on imputer cela au mois de Ramadhan quand d’ordinaire déjà on estime que la productivité du travail en Algérie est faible.

L’enquête de l’Office national des statistiques (ONS) sur l’emploi montre que le nombre d’heures habituellement travaillées par semaine est de 42, soit entre 7 et 8 heures par jour (selon que l’on travaille 5 ou 6 jours par semaine). Toutefois, une autre une enquête de l’ONS sur l’emploi du temps journalier (2012) révèle que les personnes enquêtées consacrent près de 7 heures en moyenne pour les hommes et 4 heures pour les femmes au travail, mais que globalement le nombre d’heures travaillées moyen par personne est de moins de 2 heures par jour.

La structure relative de cet emploi du temps montre que plus de la moitié du temps total disponible est consacré au sommeil, et moins d’un quart est consacré au travail productif (qui comprend le travail rémunéré, le travail ménager, les études et formation et le soin accordé aux enfants). En matière de travail productif, seulement 7,7% du temps va au travail rémunéré, le reste est réparti entre le travail ménager et le soin des enfants, formation et études.

Faiblesse

D’une manière globale, les résultats font ressortir qu’une personne âgée de 12 ans et plus consacre en moyenne 10 heures et 30 minutes dans «les activités liées au sommeil et le repos» et environ 5 heures et 30 minutes au travail (emploi rémunérateur). Par ailleurs, selon certaines statistiques de la Cnuced, la productivité en Algérie n’a que faiblement progressé entre le début des années 1990 et la fin de la première décade des années 2000 pour des secteurs tels que les services et l’agriculture, tandis qu’elle a quasiment été divisée par deux dans le secteur de l’industrie (Graphe 1). Entre  2010 et 2012, la productivité en Algérie était de 7 fois inférieure à celle des pays développés, se situant dans la moyenne des pays en développement (Graphe 2).

La faible productivité du travail en Algérie est imputable à plusieurs facteurs et notamment «aux mauvaises performances du système éducatif et de formation, le fonctionnement du marché du travail et la faible maîtrise des nouvelles technologies et leur faible introduction aussi bien au niveau des administrations publiques que des entreprises», explique l’économiste Youghourta Bellache. Ces facteurs «ne sont pas de nature à favoriser des gains de productivité». Mais si tel est le cas habituellement, que dire alors du Ramadhan ?

Pour l’économiste, «le réaménagement horaire (le raccourcissement du temps de travail), le ralentissement du rythme de travail dû à la fatigue entraînent logiquement une baisse de la productivité du travail, notamment dans certains secteurs d’activité (administrations publiques)». Plusieurs chefs d’entreprise reconnaissent une baisse sensible du rythme de travail pendant le mois sacré. Dans l’administration publique, il est souvent difficile de toucher un responsable, d’organiser un rendez-vous ou de régler un problème durant ce mois. L’expression «Revenez après Ramadhan» devient un véritable leitmotiv.

Dans les entreprises, la situation est plus différenciée. Dans le bâtiment, Mouloud Kheloufi, président de l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), affirme que «la rentabilité baisse de 50% à cause de plusieurs facteurs : les gens qui ne travaillent pas dans leurs villes d’origine rentrent chez eux pour le Ramadhan, certains durant la dernière semaine, d’autres vont faire une Omra». Le nombre d’heures travaillées ne dépasserait pas les «4 heures par jour», selon lui. Il est vrai que travailler 8 heures sous un soleil de plomb, à jeun, relève de l’impossible. C’est pourquoi, dans certains cas, des aménagements sont introduits.

Selon Mahfoud Megatli, chef d’entreprise dans le bâtiment, «certains travaillent de nuit, après le ftour et jusqu’au s’hour. Dans d’autres situations, on privilégie les travaux d’intérieur, comme le carrelage ou le plâtre pour éviter les expositions à la chaleur externe». Mais ce qui est valable pour le bâtiment ne l’est pas pour l’industrie du textile par exemple, estime Amar Takjout, secrétaire général de la Fédération Textile et cuirs.

La nature du travail fait que «c’est la machine qui est maître des lieux et il n’y a pas moyen de tricher. Les travailleurs sont obligés d’être présents et attentifs». Une présence indispensable dans le segment de la production, mais qui est loin d’être respectée dans les services administratifs. «Dans l’administration, ça se ressent. Il n’y a pas l’intensité habituelle. Il y a beaucoup de demandes de congé, de reliquat, de maladie et aussi de l’absentéisme», observe notre interlocuteur.

En revanche, certaines entreprises sont plus vernies. Louaï Djaffar, patron d’une entreprise de service dans le recrutement, soutient que pendant le Ramadhan et en dépit d’une «petite baisse de cadence, globalement l’activité se maintient». «Je dirais même que parfois on travaille mieux», avec des horaires alignés sur ceux de la fonction publique. Simplement, il faut que «le chef d’entreprise donne lui-même l’exemple».

Récupération

Si pour ce chef d’entreprise la situation est donc gérable, pour les autres secteurs il faudra récupérer après le Ramadhan la perte de productivité et les retards enregistrés pendant un mois. Dans certains cas, la peine est perdue d’avance. Mahfoud Megatli estime «impossible» de récupérer ce qui a été perdu.

Mais quand il est possible de le faire, il faudra encore en assumer les conséquences. Amar Takjout affirme que «les retards accumulés dans l’administration sont difficilement récupérables. Ils se répercutent sur le travail de production, notamment en matière d’approvisionnement. De plus, pour rattraper les retards, on fait des heures supplémentaires qui impactent la masse salariale et au final les finances de l’entreprise».

Mouloud Kheloufi est, quant à lui, plus optimiste puisqu’il soutient que l’augmentation de la cadence de travail les trois mois suivant le mois sacré permet de «récupérer 15% à 20% par mois, de sorte à ce que les délais de réalisation ne sont pas affectés». Il s’agit de travailler deux heures de plus que d’habitude, «soit 10 heures par jour pour rattraper les retards.» Les aménagements d’horaire et les exceptions pendant le Ramadhan peuvent également exister ailleurs, y compris dans les pays non musulmans. Au Canada, par exemple, une disposition de loi permet «d’accommoder des employés (individuellement) pour des raisons de religion», explique Samir Bendjafar, journaliste établi au Québec.

Il s’agit de trouver «un compromis raisonnable» avec son patron pour arriver et quitter le travail plutôt. «Très peu de musulmans en font appel», surtout «depuis qu’il y a eu des débats houleux sur le sujet et que des relents d’islamophobie se sont fait sentir». Pour le reste, dans certains secteurs de service à la clientèle et à la Vente, il est possible de Changer son shift.

El Watan  

 

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