CLÔTURE DU 1ER COLLOQUE INTERNATIONAL SUR APULÉE DE MADAURE

Humanisme et universalité amazighs

Dans les différentes interventions, c’était palpable presque, il y avait cette volonté de réappropriation d’un patrimoine humain, riche en universalité. Alors faut-il faire l’âne pour avoir l’avoine ? Autrement dit, la connaissance !

CLÔTURE DU 1ER COLLOQUE INTERNATIONAL SUR APULÉE DE MADAUREBien de sujets de débats - qui ont pris fin aujourd’hui - ont été abordés durant ces trois jours du 1er Colloque international sur Apulée de Madaure et particulièrement son œuvre capitale, l’Ane d’or. Bien de questions aussi méritent sûrement que l’on y revienne à la faveur d’autres rencontres tant il serait illusoire de cerner en trois jours d’échanges, bien que riches, la personnalité et le contexte de celui, bien que mort depuis près de deux millénaires, nous interpelle toujours.

Sans rentrer dans les considérations techniques inhérentes à la «dissection» de l’Ane d’or, tâche que les contributeurs ont menée à bien en dépit du temps très court imparti à chacun (20 mn), il est intéressant de souligner la tentative de transposition des données socioculturelles dans le contexte d’aujourd’hui. C’est le sens qu’il faut donner à l’exposé «Le conte kabyle et les métamorphoses» de Nacib Youssef, ethnologue, docteur en littérature.

Pour lui, «il n’est pas sans intérêt de s’interroger sur la relation qu’on peut établir entre la fiction littéraire que sont les Métamorphoses et le conte kabyle à deux millénaires d’écart du fait du substrat culturel amazigh d’Apulée». D’ailleurs, le Dr Hacène Halouane, de l’Université de Tizi Ouzou, va s’adonner au même exercice dans la recherche d’une parenté culturelle mais dans la vie sociale. Comment des croyances, des pratiques rituelles et des traditions peuvent-elles se perpétuer et traverser les siècles ? Celles-ci, si elles évoluent, se transmettent de génération en génération et deviennent ainsi ce cordon ombilical, ce lien qui nous relie aux hommes qui nous ont précédés il y a des siècles, voire des millénaires comme c’est donc le cas pour Apulée de Madaure. De ce point de vue, l’œuvre l’Ane d’or et les autres écrits d’Apulée conservent une importance renouvelée du fait même de la continuité du fait amazigh.

Gros débat mais surtout ininterrompu dans la sphère maghrébine au regard de l’intérêt soutenu, par exemple, à la traduction vers tamazight d’une œuvre majeure que l’on veut se réapproprier pas pour le prestige mais parce qu’elle constitue un complément d’importance des éléments constitutifs de l’identité. D’où la responsabilité de nos scientifiques et autres universitaires de se retrousser les manches dans un travail de long terme pour la compréhension de cet auteur et de bien d’autres afin qu’ils deviennent des repères dans notre environnement psychosocial surtout et culturel bien sûr, en Algérie et dans tout le Maghreb.

Ce qu’il convient de retenir de ces trois jours du colloque sur Apulée Madaure, c’est son utilité mais aussi qu’il s’agit là d’un premier jalon dans la réflexion sur cette figure de dimension universelle dans sa charge humaine. Cela, bien sûr, en impliquant toutes les bonnes volontés, en comptant sur leurs apports aussi modestes fussent-ils. Car ce qui rassure est que des figures légendaires, voire mythiques ne peuvent être confinées à une région donnée, à un pays. L’intrusion de deux résidents de M’daourouch quant à la légitimité de l’organisation de ce colloque est révélatrice d’une certaine mauvaise foi. En effet, les deux individus formulent les griefs de ne pas avoir été associés à l’organisation du colloque parce qu’étant de M’daourouch ce qui leur donne automatiquement des droits ! Crime de lèse-majesté ? En réalité, nous dit Arezki Metref, initiateur de l’idée d’un tel colloque avec Maâmar Farah, des appels à contribution ont été faits en leur temps à M’daourouch même, ainsi qu’en direction des autorités locales qui n’ont pas réagi. M’daourouch ne dispose ni d’infrastructures (hôtels, salle de conférences) ni d’une quelconque commodité.

Le HCA sollicité, pour l’organisation du colloque, a très vite pris attache avec la wilaya de Souk Ahras qui a soutenu le projet malgré ses faibles moyens là aussi. Et si les deux insatisfaits ont eu toute la latitude d’exprimer leurs ressentiments devant une assistance plutôt surprise par cette intrusion, il n’en demeure pas moins que beaucoup se sont interrogés sur leurs motivations tendant à jeter le discrédit sur un colloque, le premier du genre faut-il le rappeler. N’est-il pas vrai aussi que des universitaires ont répondu à l’appel à l’exemple de la Tunisie, du Maroc, de la France et des Etats-Unis ? Amar Djabourabi, président de l’Association des amis d’Apulée Madaure, sourit devant ces griefs et estime que c’est une belle aubaine pour Souk Ahras qu’un tel événement y soit organisé vu la léthargie en matière d’activité culturelle. A noter, par ailleurs, que les contributions seront réunies sous la forme d’actes du colloque.

Les trois jours du colloque auront été, à maints égards, riches en informations. Le HCA et les participants insistent sur l’utilité de la tenue d’autres rendez- vous de ce genre. Ils recommandent notamment : la vulgarisation de l’œuvre d’Apulée par le biais de différents supports médiatiques (théâtre, cinéma) ; intégrer l’œuvre dans les manuels scolaires ; émettre un document philatélique à l’effigie d’Apulée ; établir le répertoire des personnalités amazighes qui ont marqué Tamazgha (Algérie) en vue de leur consacrer des rencontres scientifiques à l’instar de ce colloque. Nous n’irons pas sans signaler la représentation de l’Ane d’or au théâtre de Souk Ahras par une jeune troupe professionnelle. Si la prestation des jeunes comédiens est à reconnaître, il serait injuste de notre part de ne pas dénoncer l’état catastrophique d’une salle vieille de près d’un siècle (1931).

Le Soir d'Algérie   

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