De "La Question Berbère depuis 1962" à la Sorbonne … à la solution à Tamazgha

De Un colloque international intitulé "La question berbère depuis 1962, amnésie, renaissance et soulèvements" a été organisé à l'université de la Sorbonne (Paris I) les 19 et 20 mai 2015.

Pendant deux jours, l'amphithéâtre Richelieu et le parvis de la Sorbonne (Paris) étaient devenus un forum du Nord de l'Afrique dans toute sa diversité géographique, culturelle et linguistique. La forte présence et participation active de jeunes étudiants et chercheurs de tous pays et ceux issus de l'immigration, a montré un intérêt certain pour le devenir du sous-continent nord-africain et méditerranéen.

Les actes de ce colloque, qui seront prochainement publiés selon les organisateurs, constitueront un outil précieux pour la compréhension et l'action dans cette partie du monde. Exprimons le souhait qu'ils seront acquis par les bibliothèques d'Afrique du Nord et/ou encore mieux accessibles sur internet.

Les thèmes du colloque ont captivé l'attention des participants jusqu'aux débats de la fin et la table ronde de clôture. Toutes nos félicitations aux organisateurs (Tassadit Yacine, Pierre Vermeren) et à tous qui y ont contribué.

- Sociétés berbères et période post-coloniale/De l'indépendance aux années 1980 (Le temps de l'enfouissement)

- Des années 1980 à 2011 (Renaissances culturelles)

- Les stratégies étatiques (à l'égard de la question berbère), régimes et soulèvements populaires

- Le printemps berbère : dynamique et conséquences.

Vingt-deux communications au total couvrant tous les pays (Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Mali/Azawad, Espagne (Melilla, Canaries), Immigraion, ...), plusieurs synthèses percutantes des présidents de séances et l'apport des experts intervenus à la table ronde ont permis à l'assistance de partager ce foisonnement de connaissances, mais aussi d'interrogations pour le devenir de cet espace afro-méditerranéen, comme précisé d'ailleurs dans la plaquette du colloque :

"Le colloque… se situe au croisement des réflexions aiguisées par les derniers rebondissements de la question berbère dans le nord de l'Afrique et dans l'espace méditerranéen : trente-cinq ans après le "printemps berbère" de Kabylie (1980), à la suite des soulèvements populaires de 2011, des manifestations, des revendications et des acquis du mouvement amazigh, nul n'ignore plus la force d'un mouvement pluriel porté par 20 à 30 millions de berbérophones. Les repères identitaires et culturels des populations du Maghreb et du Sahara sont un objet essentiel de la reconfiguration en cours ou à venir dans ces régions, mais aussi au sein de la diaspora. Le colloque cherchera à aborder sous tous ces angles possibles la question berbère, dans une perspective interdisciplinaire où prédominent l'Histoire, le temps long et la sociologie politique".

Commentaires de l'auditeur :

La légitimité de la revendication amazigh :

Selon l'expression bien connue "ça va sans le dire, mais ça va mieux en le disant", il était nécessaire de rappeler la légitimité de l'amazighité et du combat pour l'amazighité du sous-continent nord-africain, fait de milliers d'années d'histoire et culture. L'imposture de l'arabo-islamisme (qui confond islamisation, conquêtes militaires de Okba Ibn Nafâ, arabophonie et annexion territoriale) aurait été démasquée avec plus de force par les jeunes participants au colloque. Les débats ont permis de lever cette insuffisance.

Reculs tactiques des Etats "arabo-islamiques"

Cette alerte a été exprimée par plusieurs conférenciers et lors des échanges avec les participants. Les différents acquis n'ont été possibles que sous la pression populaire. Aucun des Etats de Tamazgha n'a actuellement évolué par rapport à la "logique arabo-islamique" : l'enseignement de tamazight, la reconnaissance comme langue nationale (Algérie, Maroc), les tergiversations en Libye, la création d'organisme dédiés (HCA, IRCAM, …) ne seraient que des leurres, pour gagner du temps. Le blocage actuel au Maroc sur le statut effectif de tamazight langue officielle, par la non-publication du decret d'application, en est un exemple flagrant. Par ailleurs, les manipulations en cours (en Algérie) pour imposer l'alphabet arabe pour l'écriture de tamazight n'échappent pas à cette stratégie.

Avec l'expérience des décennies écoulées, la nécessité de documents fondateurs est rappelée avec insistance (revendications écrites du printemps berbère de 1980, charte d'Agadir de 1991, …).

La technologie au service du combat pour l'amazighité

Comme pour tous les peuples colonisés, la technologie (essentiellement militaire) a été utilisée pour leur "pacification et destruction (armes, aviation, gaz ypérite, napalm, propagande radiophonique, …), et peu pour leur sauvegarde (vaccination, hôpitaux, écoles). Aujourd'hui, les technologies de communication (internet, réseaux sociaux,…) viennent à point au service des peuples "du Sud" et donc pour le combat pour l'amazighité. La profusion de sites, de réseaux sociaux sans frontières, comme présenté par une conférencière, confirme que "les Berbères ne sont plus aux marges de l'Histoire" !

Le dynamisme de la diaspora Touarègue sur les réseaux sociaux est particulièrement mentionné par plusieurs conférenciers.

Recensements, statistiques et manipulations des Etats

L'un des conférenciers avait cité des chiffres, sans mettre de réserves sur leur crédibilité, concernant les évolutions du nombre de locuteurs amazighophones au Maroc, à différentes périodes de l'histoire contemporaine. Le débat a permis de mettre de l'ordre et surtout de n'accorder aucun crédit aux chiffres publiés par les Etats actuels. L'objectif se situe très loin du besoin de connaître la société réelle.

Perspectives : Etats-nations ? Etats fédéraux ? régions autonomes ? etc.

Le modèle monolithique et centralisé de l’État adopté par les pays d'Afrique du Nord après les décolonisations dans les années 1950 et 1960 (république ou royaume, Arabe langue officielle, Islam religion d’État, négation totale de l'amazighité et de la langue Amazigh, adhésion à la Ligue arabe, répression systématique des amazighs, …), aurait été fait par mimétisme, pour ressembler au pays colonisateur jacobin (la France). Cette argumentation ne tient pas à l'analyse. Le "cordon ombilical" qui liait à la "nation arabe" l'élite citadine arabophone, qui avait squatté le mouvement nationaliste, en est le principal soubassement.

Le débat a montré que l'émergence des régions naturelles, linguistiquement et sociologiquement homogènes (Rif, Kabylie, Azawad, Atlas, ..) impliquerait l'évolution ou la fin des Etats-nations tels que imposés lors de la décolonisation.

Le spectacle qu'offre aujourd'hui le "Monde arabo-islamique" au monde, par la multiplication des forces de désintégration, guidées par la compétition salafo-djihadiste pour la destruction de l'humanité, nous impose, en Afrique du Nord, d'en tirer les conséquences.

A ces forces de désintégration, nous nous devons d'impulser un mouvement d'intégration des peuples d'Afrique du Nord, liés par une histoire multimillénaire commune, quelle que soit la langue pratiquée (dardja, tarifit, tachelhit, taqbaylit, tamzabt, tamacheq, tachawit, etc.), pour construire un avenir commun, durable. Les Etats-Nations actuels ne sont pas fondamentalement en contradiction avec cette intégration dans un véritable sous-continent nord-africain démocratique et pluriel.

Le paradigme est-il en train de changer ?

Certaines capitales (Tunis, ...) proposent déjà de ne plus utiliser "Maghreb arabe "mais "Maghreb" ; d'autres encore d'utiliser "Afrique du Nord". C'est un début.

Mais, y aurait-il donc une maladie congénitale qui consiste à nous faire désigner toujours par les langues des autres ? Les Imazighen sont chez eux dans cet immense territoire, depuis des millénaires, Tamazgha ; ce n'est pas une création de l'impéralisme.

Aumer U Lamara

Le Matin 

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