Procès de l’autoroute Est-Ouest

« Dans tous les interrogatoires, j’étais nu, à genoux … »

 

Procès de l’autoroute Est-Ouest
« Dans tous les interrogatoires, j’étais nu, à genoux … »

« Je suis le seul financier algérien et arabo-musulman au Luxembourg. J’étais même reçu par des chefs d’État en Afrique. Je suis connu même par les ambassades. À l’étranger, je suis estimé et quand on vient au pays, on fait de vous un chiffon !». Ce lundi 27 avril à la Cour d’Alger, Chani Medjdoub, principal accusé du scandale de l’autoroute Est-Ouest, a pris la parole.  Il donne l’image d’un homme confiant, structuré et serein.

Le président du tribunal criminel l’interroge sur la base des déclarations figurant dans l’arrêt de renvoi. Chani Medjdoub répond que ces déclarations lui avaient « été dictées ». Puis, il raconte son arrestation le 16 septembre 2009 à l’aéroport international d’Alger, sa garde-à-vue et son interrogatoire par des officiers de la police judiciaire du DRS.

En septembre 2009, Chani Medjdoub devait passer la fête de l’Aïd avec sa mère. « C’était la première victime », dit-il, car elle a « vu son fils disparaître ». Sa gorge se resserre. Le magistrat demande de l’eau pour le prévenu. « Je n’oublierai jamais la tête de ceux qui m’ont torturé », lâche-t-il. Silence dans la salle. « Dans tous les interrogatoires (menés par la police judiciaire du DRS), j’étais nu, à genoux… Je n’avais plus la notion du temps », raconte-t-il. Il évoque ensuite l’arrestation de son neveu, absent du tribunal. « J’ai entendu quelqu’un pleurait (dans la salle mitoyenne à celle où il se trouvait. J’avais reconnu la voix de mon neveu (…). Quand j’ai été présenté devant le juge, on m’a demandé de dire ce qui était convenu que je dise et mon neveu sortira », affirme-t-il.

Mais Chani Medjdoub n’en veut pas pour autant au DRS. Il rappelle qu’il a déposé plainte contre des agents et non contre une structure qu’il « admire » pour sa lutte contre le terrorisme dans les années 1990.

« Vous savez très bien M. le juge que cette affaire est politique ! »

Chani poursuit son récit. Un récit parfois chargé de sous-entendus. « Je ne suis qu’un marchepied ! On a voulu me détruire. Vous savez très bien Monsieur le juge que c’est une affaire politique ! », lance-t-il en parlant  de « gens » voulant pousser des institutions (DRS et présidence) vers l’affrontements.

Après avoir écouté très patiemment le récit de Chani Medjdoub, le juge revient au fond du dossier. Ses questions sont très précises. Il interroge Chani sur un « mini-conseil » du gouvernement auquel auraient assisté des ministres et l’homme d’affaires français Falcon.  « Les gens oublient les milliards du marché ! », répond-il.

Suspension de l’audience

Le magistrat l’interroge également sur sa relation avec le groupement chinois en charge de la réalisation de l’autoroute. Chani explique la nature de cette collaboration qui a commencé, selon lui, avant le projet de l’autoroute Est-Ouest. Étant un financier connu et ayant un bureau de conseils, il dit avoir été sollicité par le groupe public chinois Citic pour un projet au Gabon. « Je ne travaille pas dans l’ombre ».

Dans le projet de l’autoroute Est-Ouest, Chani Madjdoub avait d’abord été sollicité pour « la mise en place des garanties bancaires ».

Les questions du juge sont de plus en plus précises. Chani semble épuisé. Ses avocats demandent une pause à l’issue de laquelle ils sollicitent la suspension de l’audience jusqu’à demain mardi. Le juge accepte.

Chani Madjdoub fait partie des seize personnes prévenues dans le cadre de cette affaire. Il est poursuivi pour notamment constitution d’association de malfaiteurs, blanchiment d’argent et corruption.

TSA     

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