D’Alger à Dubaï via la Libye

Comment fonctionne le marché informel de la devise

Comment fonctionne le marché informel de la devise

Souvent l’informel est synonyme d’anarchie. Ce n’est pas le cas du marché informel de la devise. C’est ce que nous explique un ex-cambiste qui a côtoyé ce marché durant 15 ans.

Des rôles bien définis

Le circuit du marché parallèle de la devise est simple, selon notre interlocuteur. Les rôles sont définis et les tâches distribuées. « 90% de la devise provient des banques algériennes, publiques et privées. Les sommes viennent des pensions en devise que touchent les retraités qui ont travaillé à l’étranger, notamment en France. Les 10% restants proviennent essentiellement des immigrés qui rentrent au pays pour des vacances ou un séjour familial. Les expatriés et les touristes étrangers contribuent très peu, n’étant pas très nombreux ». Le marché est estimé entre 3,5 et 4,5 milliards d’euros par an.

Des sommes allant de 1000 à 5000 euros sont récupérées par de petits revendeurs à travers tout le pays. L’argent collecté atterrit chez des « grossistes » qui approvisionneront « les passeurs ». Les trois éléments de la chaîne, petits vendeurs, grossistes et passeurs, travaillent en étroite collaboration. «  Le petit vendeur ne peut pas devenir passeur du jour au lendemain. Tout est bien organisé », explique notre cambiste.

En plus d’être organisé, le marché informel de devises possède également « ses règles », insiste notre source. « Aucun faux billet ne rentre dans le circuit informel de change. C’est un péché pour les barons. Ils n’acceptent pas cela, si non toute leur crédibilité sera remise en question ».

Comment fonctionne le marché informel de la devise
« 50 millions d’euros transférés chaque semaine à Dubaï et Istanbul »

Une fois collecté, « 90% de l’argent qui se trouve dans le circuit informel quitte l’Algérie ».

Comment ? Les passeurs acheminent l’argent en Tunisie qui est acheminé ensuite à Misrata en Lybie. L’argent passe par la suite à Dubaï ou à Istanbul, deux zones franches, ou il sera vendus à des opérateurs algériens. De Dubaï, l’argent est ensuite transféré sur des comptes un peu partout dans le monde. Des importateurs algériens l’utilisent pour acheter des produits. Mais pas seulement. Ces sommes servent aussi à des acquisitions immobilières en Europe par exemple.

« Il faut mettre en place des bureaux de change formels »

Plus de 15 000 personnes s’activent dans le marché informel de change en Algérie, selon notre interlocuteur. « Ce marché est un vecteur d’emploi qui permet à des familles de vivre », souligne-t-il. La solution pour contrôler ce marché de change sans que les personnes y travaillant se trouvent sans ressources  est d’installer des bureaux de change, préconise l’ex- cambiste.

Une autre solution : interdire aux retraités de toucher leurs retraites en devise en faisant payer les sommes en dinar. Cette pratique est en vigueur chez nos voisins, au Maroc et en Tunisie, deux pays qui ne sont pas confrontés au problème de change parallèle.

Les descentes de polices ne sont pas la solution, selon lui. « Des gens se font arrêter et la vie continue pour les autres. C’est le prix à payer lorsqu’on fait ce métier », dit-il.

« Ceux qui se font arrêter sont des petits vendeurs. Les barons ne viennent jamais à Port-Saïd. Ce sont des gens influents et riches », conclut notre source.

TSA 

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