Alors que ses compagnons estiment que la vérité sur la “bleuite” a été obscurcie

Saïd Sadi découvre de nouveaux témoignages sur Amirouche


Saïd Sadi découvre de nouveaux témoignages sur AmiroucheCes deux témoignages, dont il a fait état, hier, lors de sa conférence, et rapportés, à l’époque, par le journal El Moudjahid, sont de Krim Belkacem et d’Ahmed Bouderba.

À une dizaine de jours de la commémoration du 56e anniversaire de la mort du colonel Amirouche, le Dr Saïd Sadi a réussi à mettre la main sur deux nouveaux témoignages - et non des moindres - qui doivent, à coup sûr, détruire ce que Saïd Sadi appelait “la contre-légende” construite depuis l’indépendance contre ce héros par ses frères. Cette contre-légende signe, dit-il, un divorce complet sur le plan mémoriel et historique entre l’État et la société. Il s’agit, a expliqué l’auteur de Amirouche ; une vie ; deux morts et un testament, de témoignages apportés, après la mort du héros, dans le journal El Moudjahid par Krim Belkacem, cet autre héros de la Révolution, et le médecin lieutenant, Ahmed Bouderba, qui était longtemps aux côtés d’Amirouche. “Ces deux témoignages constituent le meilleur profil, la meilleure description politique, psychologique et stratégique faits de lui”, a estimé Saïd Sadi lors de sa conférence animée à l’occasion de la commémoration de la mort d’Amirouche et de celle de Si El-Haoues. Dans son témoignage élogieux sur Amirouche, découvert par le Dr Sadi dans l’édition du 24 avril 1959 du journal El Moudjahid, Krim Belkacem, qui racontait le succès d’Amirouche dans sa mission d’“implanter une organisation politico-militaire” dans le fief des messalistes, faisait découvrir toute sa dimension politique que, jusque-là, l’on n’associait qu’à la stratégie militaire. “Il employait la force et la psychologie et ne laissait aucun répit à l’ennemi”, disait de lui Krim Belkacem qui, en racontant les succès d’Amirouche du début de la Révolution jusqu’au Congrès de la Soummam, accréditait en même temps les thèses avancées par Saïd Sadi au sujet des messalistes et du MNA. “Outre les forces françaises, Amirouche voyait se dresser sur son chemin, au fur et à mesure de ses succès, des antirévolutionnaires du MNA… et la persuasion d’Amirouche aboutit au ralliement de certains d’entre eux, alors que les autres ont été traqués et exterminés ou se sont enfuis vers la région de Bouira, fief de Belounis”, écrivait le négociateur des accords d’Évian dans son témoignage dans lequel il explique avec force argument comment ce colonel qu’il qualifie de “chef politico-militaire” a réussi à établir pour la première fois la jonction de la wilaya III historique avec la wilaya I et le Nord constantinois, battant ainsi en brèche le discours de l’action psychologique de la France qui ne parlait jusque-là que de “quelques foyers de rébellion”. évoquant la tenue du Congrès de la Soummam, Krim soulignait qu’“il ne pouvait se concevoir que dans la zone d’Amirouche où une sécurité totale pouvait être assurée”.

Pour sa part, le médecin lieutenant Ahmed Bouderba soulignait dans son témoignage, toujours dans El Moudjahid, que “le moindre des actes d’Amirouche était commandé par le seul intérêt national et la sauvegarde des principes de la Révolution”. “Tout le temps que j’ai passé avec lui, Amirouche m’a donné l’exemple vivant du patriote et du chef, pionnier d’une Algérie nouvelle… Il m’a été rarement donné de connaître un chef aussi respectueux des valeurs des hommes. Il était animé d’une immense sollicitude pour leur vie”, ajoutait-il, entre autres.

Dans leurs témoignages apportés dans le cadre de la semaine “officielle” organisée en hommage au colonel Amirouche au musée régional du Moudjahid, d’anciens compagnons de cette légende de la Révolution algérienne, dont Slimane Laïchour, Mohamed Sedki et Rachid Adjaout ont également expliqué à quel point “la vérité sur la bleuite a été obscurcie”. “La vérité sur la bleuite a été obscurcie, beaucoup de niaiseries et de balivernes ont été dites et quand ça vient de l’ennemi ça se comprend, mais quand ça vient de nos compatriotes, c’est abominable”, disait l’agent de liaison du colonel Amirouche, Slimane Laïchour, dit Rachid, qui rappelle que, face à la bleuite, Amirouche disait que “l’ALN peut commettre des erreurs mais pas d’injustice” et que “dans ce contexte, ce sont les événements qui commandent aux hommes et non pas le contraire”.  

Laïchour s’interrogeait aussi pourquoi l’on s’acharnait à parler de la bleuite et à qualifier Amirouche de sanguinaire alors que l’on évoque peu l’opération “L’Oiseau bleu” qui était, disait-il encore, “une gifle magistrale donnée par Krim aux services français” suite à cette opération d’infiltration où 1 500 Algériens auxiliaires de l’armée française ont rejoint les rangs de l’ALN, avec armes et bagages. Les conférenciers rappelaient que “la bleuite, cette machination diabolique, ce complot d’intoxication des maquis par infiltration d’agents doubles, créée par un ancien de l’Indochine, à savoir le capitaine Leger du 1er Régiment de parachutistes, a fini par être vaincue par Amirouche”. “L’assainissement des rangs de l’ALN des infiltrés de l’armée coloniale a été mené par un comité d’épuration qui a été mis en place à cet effet” a, pour sa part, témoigné Rachid Adjaoud.

S. L.

Liberté 

 

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