Violences à l’égard des femmes : Que cesse l’impunité !


Violences à l’égard des femmes : Que cesse l’impunité !Les nouveaux textes de loi portant protection de la femme contre la violence étaient hier en débat à l’APN. La nouvelle mouture, fruit d’un long combat, n’a pas les faveurs des islamistes alors que la violence reste une plaie béante dans la société.

Une injure dans la rue, une main baladeuse dans un bus, une gifle, une brimade puis l’agression décomplexée, facile, qui a de très fortes chances de rester impunie, puisqu’en Algérie, la violence contre les femmes est rendue ordinaire par un code pénal plus que permissif. Puisqu’en Algérie, la violence à l’égard des femmes est presque culturelle. La loi prévoit des sanctions en cas d’atteinte à l’intégrité physique d’une personne, quelle qu’elle soit.

Néanmoins, cette loi ne suffit pas à protéger les femmes contre les coups et blessures, les mariages forcés, les viols, les intimidations nombreuses qu’elles subissent au sein même de leurs familles... Des membres du mouvement associatif militent depuis des années pour la création d’une loi-cadre spécifique pour lutter contre les violences faites aux femmes.

Le projet de loi portant amendement du code pénal pour renforcer cette lutte, examiné et adopté au mois d’août dernier par le Conseil des ministres, a été débattu à l’Assemblée populaire nationale (APN) hier, et bien qu’il ait été jugé «insuffisant» par des militants des droits de la femme, il suscite résistance. A l’APN, lors du débat, des voix se sont élevées pour encourager le pardon, la docilité en cas de violences conjugales.

A l’APN, un peu comme partout dans la rue, on craint l’émancipation des femmes, leur présence. Le texte prévoit «des sanctions envers l’époux coupable de violences contre son conjoint ayant entraîné une incapacité temporaire, un handicap permanent ou une amputation», mais les poursuites sont abandonnées, «si la victime décide de pardonner à son conjoint».

Le texte prévoit également «des sanctions contre l’abandon de l’épouse enceinte ou non, contre les pressions ou intimidations visant à priver l’épouse de ses biens, à l’encontre de l’auteur d’agressions sexuelles contre la femme», aggravées si le «prévenu est un parent de la victime ou si celle-ci est mineure, handicapée ou enceinte». Le texte prévoit aussi des dispositions «contre les violences attentatoires à la dignité de la femme dans des lieux publics».

Des membres du mouvement associatif féministe ont très vite salué le fait que le gouvernement prenne en charge un tel débat public mais tout en critiquant des clauses «dangereuses», telles que le principe de «l’abandon des poursuites en cas de pardon de l’épouse», qui banalise la violence conjugale et ne protège pas la femme contre toutes les pressions sociales et familiales qui l’empêchent souvent de porter plainte contre son mari.

Peur et banalisation

La banalisation de la violence à l’égard des femmes a atteint un tel point que la vie en société semble s’être définitivement organisée autour de cette colère et cette oppression projetées sur elles. Loin des bancs et débats de l’APN, la réalité est pourtant pire que l’idée qu’on s’en fait. Près de 12 000 femmes se plaignent chaque année de violences (auprès des services de sécurité, d’associations, etc.).

Très souvent les auteurs de ces violences restent impunis. Raison pour laquelle, beaucoup de femmes n’osent même pas s’en plaindre, notamment par peur des représailles. D’abord, parce que ces violences commencent dans les foyers, avec plus de 60% des cas (coups et blessures, viols, intimidations, agressions…).

Elles se poursuivent dans la rue, où une violence insidieuse sévit, amenant les femmes à presser le pas, à fuir l’hostilité constante qu’elles croisent, à déserter un espace public où elles dérangent, où elles filent la démarche presque coupables. D’année en année, elles sont pourtant de plus en plus nombreuses à rejoindre l’université et à travailler. Les femmes seraient plus qualifiées que les hommes dans le monde du travail, selon la dernière enquête de l’ONS sur les dépenses de consommation et le niveau de vie des ménages (2011).

Elle révèle que 44,4% des salariés de sexe féminin avaient un niveau universitaire, contre 10,70% seulement pour les salariés masculins. Pourtant, elles n’accèdent que très difficilement, voire rarement à une évolution de carrière normale, à des postes-clés ou à responsabilité. Celle-là est une autre forme de violence.


El Watan  

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