L’Aurès accueille Dihya, sa reine

 L’aéroport de Batna s’est montré exigu ce 17 décembre pour contenir la grande foule venue accueillir et acclamer la diva auressienne qui revient au pays après une absence de 33 ans.

L’Aurès accueille Dihya, sa reine


Grand moment de retrouvailles entre une idole et son public. Ni le froid, ni la pluie, n’ont dissuadé les nombreux fans de Dihya de venir des quatre coins du pays chaouis et même de Kabylie, pour lui réserver un accueil triomphal digne d’un chef d’Etat. Un comité d’accueil composé de représentant de plusieurs d’associations culturelle, a accueilli l’artiste à sa décente d’avion aux environs de 16 heure. A l’extérieur, la chanteuse s’est offert un véritable bain de foule et n’a quitté l’aéroport qu’une heure après pour se rendre au siège de la mairie de Batna où une réception officielle a été organisée à son honneur.

 

L’Aurès accueille Dihya, sa reine

Une haie d'honneur pour l'artiste du pays.


Un retour après 33 ans d’absence

En 1981, Dihya et son mari (Messaoud Néjahi, qui est également chanteur, NDLR) durent quitter précipitamment l’Algérie après la répression qui a suivi le printemps berbère en Kabylie. En effet, elle et son mari étaient surveillés de près par les services de sécurité de l’époque. Ayant été les premiers à chanter en chaoui des textes engagés, le couple est jugé subversif. Messaoud Nédjahi participa même aux manifestations de 1981 et prit part à un concert musical à Tizi Ouzou.

Après le départ précipité du couple, une chape de plomb s’est abattue sur la chanson chaouie. Les chansons de Dihya sont interdites, les quelques journalistes qui se sont aventurés à les passer à la radio, ont été aussitôt licenciés.

Née à Taghit, près de Tkout au cœur des Aurès, Dihya, Zohra Aïssaoui de son vrai nom arrive en France à l’âge de huit ans. Son père, grand mélomane, lui transmit l’amour du chant et de la musique. Encouragée par sa famille, elle prend des cours de chant et de guitare et participe dans des radios crochet, où le plus souvent elle occupe la première place.

Sa première chanson "Petit lilas blanc" a été composée par un prêtre. Elle fera ensuite les premières parties de vedette françaises comme Georges Chelon et Sheila. Elle ne tarde pas à décrocher un contrat chez Polydor, mais peu rompue aux pratiques de ce milieu de fripons, elle perd ses droits d’auteur sur son premier 45 tours qui eut un énorme succès à sa sortie. Elle abandonne les poursuites contre ses producteurs après trois années de lutte acharnée.

Son premier album sorti en 1972 a eu l’effet d’un ras-de marée sur l’Aurès, le public chaoui découvre une voix envoûtante qui le tire de sa torpeur "Ekkerd ekkerd a yelli ad nawi Thilili" (lève-toi ma fille pour conquérir ta liberté). Le nom de cette voix n’est autre que celui de l’illustre reine chaouie : Dihya.

Sa collaboration avec son mari, parolier et compositeur, va donner à la chanson chaouie ses plus beaux chefs-d’œuvre. "Tamatuth"(la femme), dresse un amer constat de la condition féminine en Algérie. "Afrux aziza" (l’oiseau bleu) dénonce un pays qui se vide de sa matière grise. Dihya nous rappelle notre glorieux passé avec ‘’Yougerthen’’ (Jugurtha) et nous invite à garder espoir ‘’Iwal’’. Dans l’émouvante chanson ‘’Amekti dh ugammen’’ , Dihya évoque la terreur de la villa Susini et la torture à la gégène. Elle choisie la mélodie de "Rien de rien" de Piaf, la même que les tortionnaires français utilisèrent pour couvrir les cris des suppliciés.

L’Aurès accueille Dihya, sa reine

L'accueil plus que chaleureux des Chaouis à Dihya.


L’exil forcé

Si officiellement, rien n’empêchait le retour de Dihya en Algérie, en réalité l’ostracisme de l’Etat algérien a dépassé ses chansons, pour la frapper elle-même. En 2012, elle revient dans une interview accordée à Kabylie.com sur les raisons de son exil : "Officiellement je ne suis pas interdite de retour en Algérie, seulement, on refuse de me renouveler mon passeport. Une première fois on me dit que pour avoir droit au passeport algérien il fallait commencer par divorcer. Une autre fois on me dit d’aller au Maroc, mon dossier s’y trouverait quand je voulus savoir pourquoi le Maroc, on me répondit avec insolence que c’est là-bas que se trouveraient les Berbères". Elle ajoute "Beaucoup me disent : ‘’Pourquoi n’utilises-tu pas ton passeport français ? "Je ne l’utilise pas pour la simple raison que jamais je n’en ai eu un. Je n’ai que ma nationalité d’Algérienne".

L’accueil émouvant réservé à Dihya hier à Batna par son public, constitue une belle revanche contre l’injustice et la bureaucratie de l’administration algérienne et un pied de nez à tous ceux qui ont tenté vainement de rompre le cordon ombilical qui lie Dihya avec la terre de ses ancêtres.

Dihya sera honorée cette soirée au Théâtre régional de Batna à la marge de la clôture du festival du théâtre amazigh. Demain 19 décembre un gala musical est prévu à 15 heure sur l’esplanade du théâtre de Batna à l’honneur de la Diva chaouie.

Jugurtha Hanachi

Le Matin

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