Situation politique en Algérie. Messages et inquiétudes de Bruxelles


La situation politique en Algérie inquiète l’Union européenne. Si officiellement aucune réserve n’a été exprimée par Bruxelles au lendemain de la réélection de Bouteflika pour un quatrième mandat, dans les coulisses le ton est tout autre. « La situation politique en Algérie est difficile. Malheureusement la transition démocratique souhaitée et espérée aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, avec la tenue des dernières élections présidentielles, n’a pas été menée à terme », déplore une source diplomatique européenne lors d’une rencontre avec des médias algériens à Bruxelles, dont TSA.

Selon la même source, les autorités à Alger confondent stabilité et démocratie. « Une thèse battue en brèche » par les révolutions arabes notamment en Tunisie, selon le diplomate. « Un régime autoritaire ne peut prétendre garantir la stabilité. L’ex-président tunisien Zine Abbidine Ben Ali a régné pendant des années dans un pays qu’il considérait comme stable, on connait la suite », soutient notre source. Un autre diplomate européen est plus explicite, en estimant qu’en Algérie « beaucoup de choses restent à faire ».

Parmi lesquelles, il cite l’urgence « de rajeunir » la classe politique. «La classe politique en Algérie a vieilli. Je ne fais pas seulement allusion à l’âge mais j’insiste sur l’esprit et les idées », explique-t-il. Pour l’Europe, l’Algérie ne peut plus se permettre « de tourner le dos aux contextes régionaux ».

Parmi les indices de cette « transition inachevée » évoquée par notre source, il y a « la réélection pour un quatrième mandat d’un président malade ». Et la présence en force du « FLN dans les instances élues ». « On a beaucoup de respect pour le FLN et pour son combat pour l’indépendance de l’Algérie mais évoluer, entamer un processus démocratique et un renouvellement de la classe politique, constituent des impératifs pour ce beau pays », pense notre source, avant de reconnaître que c’est à l’Algérie de choisir « le chemin qui lui convient ».

L’Union européenne craint pour ses relations avec l’Algérie. «Nous défendons les transitions pacifiques », tente de rassurer le diplomate. Un changement « brusque » peut créer des relations « tendues et instables » entre les deux rives de la Méditerranée ». Un scénario non souhaité à Bruxelles. L’autre crainte clairement affichée par l’UE, c’est celle de voir « le vide causé par le vieillissement de la classe politique et par l’absence de repères politiques, comblé par les islamistes radicaux ». Et le « désastre libyen » est cité en exemple.

L’Union européenne tient-elle ce même discours avec les autorités algériennes ? « Oui », assure notre interlocuteur. Mais les réponses apportées par les autorités algériennes s’avèrent à chaque fois non convaincantes. « Vous avez un pays orgueilleux. Lorsque j’évoque ces aspects avec les autorités algériennes, elles sont sur la défensive », confie le diplomate européen. Alger évoque souvent l’expérience douloureuse de la décennie noire comme « prétexte » pour justifier le statu quo, selon le même diplomate. Un argument loin de convaincre l’UE : « il faut dépasser cette période et amorcer un vrai changement démocratique », plaide-t-il. Acheter la paix sociale, « en distribuant l’argent du pétrole ne peut constituer une alternative au changement politique », avertit-il.

Achira Mammeri

TSA   

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