Farid Bedjaoui et l’autoroute est-ouest :

La traçabilité bancaire des pots de vin établie
   
Farid Bedjaoui et l’autoroute est-ouest : La traçabilité bancaire des pots de vin établieLes centaines de millions d’euros empochés par Farid Bédjaoui pour ses intermédiations dans le mégaprojet de construction de l’autoroute Est-Ouest auraient transité par une société de consultation fictive basée à Dublin et à Londres. L’homme recherché par Interpol, déposait sur des comptes bancaires anglais et suisses les pots-de-vin qui lui étaient versés.

Des informations recueillies par le correspondant à New York du quotidien économique italien Il Sole 24 Ore, qui enquête sur cette affaire depuis des mois, révèlent que l’ambitieux neveu de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bédjaoui, a dissimulé ses «tirelires» d’enfant gâté à travers trois continents. Des dizaines de comptes bancaires qui vont de la Suisse au Luxembourg, au Liban, à Singapour mais aussi Hong Kong, Panama, Emirats arabes unis…

Le journaliste de Il Sole 24 Ore, Claudio Gatti (voir l’entretien paru dans El Watan du 4 mars 2013) nous assure avoir eu confirmation de l’existence de ces comptes ainsi que de douzaines de véhicules de sociétés appartenant à Farid. L’appétit du jeune homme intrépide s’est étendu jusqu’aux USA où, profitant du statut insolite de l’Etat du Delaware, le paradis fiscal américain, il a tissé ses réseaux imbriqués, ce qui lui a permis d’acquérir, il y a deux ans environ, plusieurs luxueux appartements dans l’ancien hôtel Plaza, à Manhattan.

L’opération d’aquisition de ces biens immobiliers aurait été menée par une société-écran basée à Panama qui aurait servi à blanchir la bagatelle de 20 millions d’euros, argent provenant, selon Claudio Gatti, des multinationales ayant décroché, grâce aux soins de Farid, des marchés en Algérie.

Pour drainer ces capitaux faramineux sans éveiller les soupçons, Farid et sa bande ont créé une myriade de boîtes de consultation, hors d’Algérie, comme la fameuse Pearl Partners dont le siège se trouve à Hong Kong et qui a une filiale aux Emirats arabes unis et qui lui avait permis d’empocher 200 millions d’euros pour avoir servi d’intermédiaire entre des responsables algériens, des fonctionnaires de Sonatrach et des cadres de Saipem, la filiale d’ENI. L’enquête concerne huit projets obtenus par la société italienne entre 2007 et 2009 pour 8 milliards de dollars. Suite à ce scandale, la justice italienne avait lancé un mandat d’arrêt international contre Farid Bédjaoui, accusé d’«association de malfaiteurs finalisée à la corruption».

L’une de ces sociétés-écran récemment identifiée par les enquêteurs s’appelle Integrama Consultants et a un siège à Dublin et un autre à Londres. Cette entreprise, révèle Il Sole 24 Ore, a servi de caisse noire pour les opérations de corruption de responsables algériens dans le cadre de l’octroi de marchés juteux, aux Chinois notamment, pour la construction de l’autoroute Est-Ouest. Entre 2007 et 2009, au moins un versement de 15,5 millions d’euros a été effectué sur un compte suisse au nom de Farid Bédjaoui, après avoir transité par la banque anglaise Barclays, écrit Claudio Gatti.

C’est grâce à un entretien qui s’est déroulé entre Réda (frère de Farid Bédjaoui) qui avait lui aussi accès à ce compte, et des fonctionnaires de la banque suisse, que les enquêteurs ont pu remonter une autre filière, celle de l’autoroute. Le parent du recherché aurait également affirmé à cette occasion : «Mon oncle Mohamed Bédjaoui était présent aux réunions qui concernaient les travaux de l’autoroute. C’est normal, il a été un grand responsable.»

Que doit-on comprendre par ces aveux sibyllins ? L’ancien ministre des Affaires étrangères aurait-il, lui aussi, eu des liens avec les affaires liées à ce projet ?  En attendant d’en savoir plus, la police européenne et le FBI recherchent activement Farid Bédjaoui. Les plus déterminés à l’arrêter pour l’interroger sont les Italiens, qui veulent en savoir plus sur l’affaire Saipem-Sonatrach et ne veulent pas être «doublés» par les Américains. Ce qui est sûr, c’est que Farid est désormais condamné à une vie de cavale, fut-ce dans son luxueux palais de Dubaï où il se serait réfugié, selon des indiscrétions. Pays qui n’extrade pas facilement les recherchés. Surtout que Farid Noureddine Bédjaoui, marié à la fille d’un potentat libanais, est très bien introduit dans les familles des monarques du Golfe et n’est pas n’importe quel fugitif. Il peut compter sur l’aide de ses anciens associés. Pour un temps.


El Watan 

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