juillet 1962 - juillet 2014

Le chantier inachevé de la démocratie

juillet 1962 - juillet 2014Après 52 ans d’Indépendance, dans un contexte régional explosif et face au pacte scellé il y a peu par l’opposition, le pouvoir peut-il encore se laisser tenter par le statu quo au lieu d’initier une ouverture démocratique réelle et négociée ?

Date hautement symbolique pour tout un pays, le 5 Juillet a été fêté, hier, partout, en Algérie. De nos jours, l’événement est certes célébré par les institutions officielles, mais le 5 Juillet reste  pour beaucoup l’incarnation d’une indépendance arrachée au prix d’immenses sacrifices. Des centaines de milliers d’Algériens avaient, en effet, payé de leur vie pour mettre fin à 132 ans de colonialisme. 52 ans après la fin d’une guerre de Libération d’une rare violence, où en est l’Algérie ? Pour le système et ses clientèles, le bilan de 50 ans de gestion est positif. Pour convaincre d’une gouvernance efficiente et d’une prise en charge réelle des problèmes des Algériens, l’on a souvent brandi les réalisations accomplies (logements, écoles, hôpitaux, usines, etc.) par les régimes successifs depuis 1962 à ce jour. Pour eux, l’Algérie a fait de grands bonds en avant dans le développement économique et humain. A contrario, l’opposition, toutes sensibilités confondues, estime que ce qui a été fait jusqu’ici est en deçà des espérances des populations et surtout des potentialités du pays.

Bilan économique controversé
Outre leur échec avéré à bâtir une véritable économie libérée d’une pesante dépendance aux hydrocarbures, l’opposition reproche aux tenants du pouvoir d’être responsables de la corruption endémique qui a gangrené tout le corps social et saigné les caisses de l’État. Un procès en sorcellerie ? Que non ! Car, si les conditions de vie des Algériens ont connu d’incontestables améliorations, le discours officiel a toujours péché par un triomphalisme béat et lénifiant, souvent contredit par les chiffres d’organismes internationaux.  Mais c’est au niveau politique et de l’exercice des libertés que le bilan est des plus mitigés. En 52 ans d’Indépendance, l’Algérie est encore loin d’être une démocratie où le peuple est le véritable arbitre. Fraudes électorales, atteintes aux libertés, répression…, ce sont là les plaies d’une Algérie certes indépendante mais pas libre, pour reprendre l’idée du patriarche des droits de l’Homme, Abdenour Ali Yahia. Conséquence : l’Algérie n’a toujours pas su se donner des institutions légitimes, une classe politique véritable et une société civile affranchie.

Aux origines du mal
Mais comment une indépendance aussi prometteuse a-t-elle débouché sur une telle impasse ? D’aucuns imputent la responsabilité du malheur algérien à Ahmed Ben Bella et Houari Boumediene, patron de l’Armée des frontières, qui s’étaient dressés contre l’autorité légitime du GPRA et avaient pris le pouvoir par la force des armes. Une grave dérive despotique, pour certains, qui a ruiné les espérances démocratiques de beaucoup de militants indépendantistes.
Arrêté arbitrairement en 1963 puis emprisonné pendant plus d’un mois avant d’être condamné à la peine capitale en 1964 et contraint à l’exil, Mohamed Boudiaf a exhorté Hocine Aït Ahmed, dans une lettre datée du 29 septembre 1964, à “engager dans l’union et la confiance, le dernier combat contre la dictature du gang de Ben Bella”. Après l’accès au pouvoir du colonel Houari Boumediene au prix d’un coup d’État, le pays s’est enfoncé davantage dans la dictature avec son lot d’assassinats politiques (Khider, Krim, etc.), de tortures et d’arrestations. Il a fallu attendre 1980 pour qu’une nouvelle génération de militants ébranle le régime de l’époque.

Démocratie de façade et statu quo
Il a fallu une autre secousse, celle d’Octobre 1988, pour que le système daigne accepter une ouverture démocratique marquée par la naissance d’une noria de partis, d’associations et de journaux. Simple concession tactique ? Certainement, puisque les tenants du système  n’ont rien cédé sur l’essentiel en gardant jalousement le pouvoir. Cette démocratie de façade leur a permis de s’assurer une longévité et une certaine respectabilité sur le plan international même s’ils sont fréquemment pointés du doigt par les ONG pour toutes sortes d’atteintes. Arrive alors le Printemps arabe qui a failli avoir raison de cette fumisterie, n’était la manne financière qui a permis au régime de sortir indemne de cette tornade qui a emporté bien d’autres dirigeants (Ben Ali, Moubarak, Kadhafi...). Et pour donner le change, le gouvernement algérien a alors initié un processus de réformes politiques que d’aucuns assimilent à l’Arlésienne. Dans un contexte régional explosif doublé d’une instabilité sur presque l’ensemble de nos frontières et le pacte sacré scellé il y a peu par l’opposition, le pouvoir peut-il encore se laisser tenter par la ruse dans l’espoir de maintenir les choses en l’état au lieu d’initier une ouverture démocratique réelle et négociée ? Une chose est sûre, le coût d’un statu quo sera énorme : plus que les libertés, c’est la souveraineté du pays qui est en jeu, cette souveraineté sur laquelle surfent nos dirigeants pour justifier la fermeture du jeu politique.

Liberté   

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