SCANDALE À L'ÉCOLE SUPÉRIEURE DE LA MAGISTRATURE

La colère noire de Tayeb Louh

SCANDALE À L'ÉCOLE SUPÉRIEURE DE LA MAGISTRATURE
La colère noire de Tayeb LouhDe futurs juges admis avec des notes de 7,85-20. Le ministre de la Justice n'en revenait pas.

L'histoire de l'Ecole supérieure de la magistrature est difficilement narrable

En arrivant à l'Ecole supérieure de la magistrature sise à El Biar, Tayeb Louh était loin d'imaginer ce qu'il allait...vivre!

Jamais depuis qu'il a pris l'habitude de s'adresser via la vidéo sur la Cour suprême, les cours de Tébessa, Sétif, Relizane, Aïn Témouchent, Alger, Tlemcen et Sidi Bel Abbès aux magistrats, Tayeb Louh, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, n'a eu une autre occasion en or pour expliquer aux jeunes de la dernière promotion de l'Ecole supérieure de la magistrature, la vision de la réforme de la justice initiée en 1999. A l'Ecole, après avoir eu des frissons à la chambre de cette haute institution, le ministre a prouvé une autre fois encore qu'il est chargé d'une réforme qui se veut être rassembleuse et sincère. «C'est le succès ou rien. Il n'y aura pas de demi-mesures. Nous sommes tous concernés. Nous n'avons pas le droit à l'erreur!», avait semblé marmonner aux directeurs centraux, aux procureurs généraux, aux présidents de cours, aux présidents des tribunaux et procureurs de la République qui devraient, à la veille du vaste mouvement, réfléchir à deux fois avant d'accepter les postes spécifiques car ce sera le «carton» ou le néant! A un moment donné il semblait presque se gronder en abordant les ratés des responsables, comme ceux qui ont longtemps fermé les yeux sur des recrutements «honteux» ou encore ceux qui n'ont pas encore compris que les gens du Sud sont aussi bons, sinon meilleurs que leurs frères du Nord. N'est-ce pas que le gouvernement a planifié le développement des wilayas du Sud pour un réel redressement? La justice aussi est poussée à suivre dans son domaine!
Le retrait des documents demandés par les justiciables est désormais une réalité. Ce n'est plus une vague promesse.

Le coup de gueule du ministre
Et Louh de balancer, les sourcils en accent circonflexe: «Vous, magistrats, êtes concernés en premier dans cette noble entreprise!»
Les correctifs doivent être ciblés: loi après loi. Surtout les lois, qui ne font pas l'unanimité ni encore moins la majorité, doivent être revues!
La jurisprudence aussi doit être une cartouche à utiliser. Passant au savoir-faire des magistrats sortis de l'Ecole supérieure, le ministre a insisté sur le travail judiciaire, les jugements, les arrêts, et revient avec beaucoup de sérieux, dans le regard, sur ces juridictions qui ont une seule audience: «Cela ne suffit pas. Il ne faut plus revenir aux erreurs d'un passé récent surtout ces juridictions en chantier depuis 2008.» Un clin d'oeil en direction de Zoukh, le wali d'Alger qui est en train de chercher un terrain pour la future cour d'Alger. «L'actuelle cour sise au Ruisseau ne suffit plus!» lance-t-il.
Achevant son intervention sur la spécialisation, Tayeb Louh a dit son désespoir de voir les vieux magistrats partir. «Le vide doit être vite comblé par les jeunes, seuls garants d'une justice crédible, près des citoyens». C'est peut-être une coïncidence, mais Tayeb Louh, le ministre de la Justice, a pris ses fonctions à la tête de la justice le 11 septembre 2013. En huit mois, le ministre a présidé des cérémonies, des inaugurations, des visites de chantiers, d'autres impromptues, mais celle du jeudi, l'a mis dans un état qu'on ne lui connaissait pas. Il n'était pas en colère à l'Ecole supérieure de la magistrature. Il n'était pas dépité de voir de jeunes magistrats prêts à enfiler la robe noire.
Il n'était pas venu régler des comptes. Non, il était même, s'il ne l'a pas laissé deviner, hors de lui même si des grimaces ont remplacé ses sourires. A l'Ecole des magistrats et pour la première fois, il n'a eu que des coups de g... Aucun satisfecit. Il n'a pas une seule fois souri ni montré une face rassurée. Et pourquoi donc?
L'histoire de l'Ecole supérieure de la magistrature est difficilement narrable. Une école où de futurs magistrats notés 7,85/20 et 8,81/20 ont été admis et sur concours! C'est quoi ça? Du laxisme? Du je-m'en-foutisme? De la trahison? Du sabotage? Une volonté de nuire à l'image du pays et de la magistrature!
Le ministre a parlé, parlé, parlé alors qu'en face, le directeur de l'école, lui, a sué, sué, sué...
Un triste spectacle avec un Tayeb Belhachem, inspecteur général interdit, un Boudjemaâ Aït Aoudia désolé, un Mohamed Amara surpris, un Dr Ahmed Chafaï vigilant, l'oeil haut, un Mokhtar Filioune mi-abattu par ces mauvaises nouvelles.
Au fait, est-ce que le directeur de l'Ecole supérieure de la magistrature était informé de la visite de travail du ministre? Si oui, s'attendait-il à ce que Louh passe sur les conditions de recrutement des futurs magistrats? Assurément, non.
Louh découvre qu'effectivement de jeunes magistrats ou plutôt candidats ont passé des concours et ont été admis avec des notes à la limite de la médiocrité! Des échos nous sont même parvenus faisant état du plan de Tayeb Louh pour ce qui est du repêchage de certains magistrats injustement écartés. Lors de la visite jeudi à l'Ecole supérieure de la magistrature, Louh a posé beaucoup de questions aux techniciens du bureau d'études chargé de la réalisation des juridictions inscrites au programme de la modernisation, il s'est montré très chaud sur ce point. «La modernisation et la formation du juge sont les vraies cartouches du succès de la réforme» a articulé Louh qui s'adressait à une assistance jeune à 85%. Un invité de l'école nous sifflera sans ton ni teint: «Croyez, M., déjà du temps où les magistrats qui sont aujourd'hui à la Cour suprême, les citoyens redoutaient la justice. Que penser alors avec ces 7,85 et 8,81/20? Terrible! Terrible!
D'aucuns parmi les magistrats, profs dans les Ecoles de la magistrature affirmeront que ce n'est là que les résultats de l'école fondamentale instaurée il y a près d'un quart de siècle! Oui, tout de même et assurément vrai, mais alors retournons la médaille pour nous interroger autour des bagages des profs de l'Ecole...supérieure de la magistrature.

On ne peut rien attendre d'une pareille école
Certains, nous confie-t-on, sont d'anciens... greffiers! Il y en a même qui n'ont aucun niveau et qui se terrent au sein des Ecoles de la magistratures sans prendre conscience que seuls les profs agrégés en droit sont en... droit d'enseigner! Alors, constatons tout de même que la charrue est bel et bien devant les... gueux! C'est là aussi le résultat de la médiocrité installée depuis des lustres avec le copinage, le cousinage, le copiage, le rattrapage, les dommages qui éclaboussent le prestige de la vieille magistrature.
Au cours de son discours, en direction des élèves magistrats, Louh a d'abord adressé ses voeux de réussite future avant d'entrer dans son «jardin favori»: ce qu'il y a lieu de faire en droite ligne du programme du président de la République. Il s'agit de la liberté des gens et de leur honneur et donc, on ne peut remettre le destin de justiciables à des magistrats n'ayant pas d'assises réelles pour exercer la loi en lui obéissant.
«Actuellement, telle qu'est l'Ecole supérieure de la magistrature, on ne peut rien cueillir comme fruits de la réforme» a articulé Louh qui a promis une mue sur la base de la haute vision que l'Etat a sur et autour la magistrature.
L'école achève en fin d'études, ce qu'a appris l'élève à l'université comme ingrédients susceptibles de l'aider à endosser la robe noire sans risque. Le second point concerne la moralité des magistrats. Il faut enseigner cette discipline universellement appliquée. «Nous n'inventons rien en la matière!» siffle-t-il en martelant que l'éthique est primordiale et nécessaire dans chaque juridiction. «La modernisation est-elle enseignée? Y a-t-il une recette? La transparence et la bureaucratie ont besoin de la modernisation pour durer pour la première et disparaître pour la seconde» a encore souligné Tayeb Louh, soucieux, de voir le «papier» disparaître du dossier.
Le ministre, en une heure dix de discours d'orientation, aurait pu rester dix heures à la tribune, il aurait utilisé des arguments sans état d'âme. Il sait au plus profond de lui-même qu'en ayant la confiance de l'initiateur de la réforme, il n'a pas droit à l'erreur même si au cours de son intervention il a reconnu avoir de sérieux adversaires, mais un seul ennemi: le temps pour agir et bien agir. Et là aussi il est obligé de faire un choix, pas deux, pas vingt. «Revoir de fond en comble le cadre dans lequel il est appelé à réussir!».N'est-ce pas aussi que c'était le défunt président de la République, Mohamed Boudiaf, qui avait regretté qu'en un mois de recherche, il n'avait pas réussi à trouver 30 cadres? Et c'était en 1992. Entre-temps l'université a formé, formé. 22 ans plus tard, Louh trouvera-t-il 50 cadres? Et en fin d'après-midi, lorsque le ministre avait installé (à huis clos) le Conseil supérieur de la magistrature dont il est le vice-président et le président de la République...Président, il avait pris le chemin du retour avec cette question: «Serais-je de ce monde pour assister aux réunions du Conseil supérieur de la magistrature élu par le peuple au seul titre d'ancien... magistrat ayant milité pour que ces élus de la haute instance judiciaire puissent se réunir seuls et au bénéfice de la seule magistrature forte, puissante et indépendante. Au siège de la Cour suprême, les Hamid Sahel, Latifa Kessenti, Djamel Gasmi? Lazazi, Kamel Fenniche, Zoubida Charafedine étaient prêts à repartir à Blida, Tizi Ouzou, Bel Abbès, Guelma, Dar El Beïda méditer sur ce qu'ils ont pu donner au conseil pour ceux qui ont fini leur mission et ce qu'ils peuvent apporter pour ceux qui arrivent...

l'Expression 

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