Il essuie des refus successifs de participation de l’opposition et des personnalités

Consultations politiques : la délicate mission d’Ouyahia

Consultations politiques : la délicate mission d’OuyahiaÀ quelques jours du début des consultations sur la révision de la Constitution, Ahmed Ouyahia, chargé de piloter l’opération, devrait compter avec la défection en cascade de nombreux partis politiques et de personnalités nationales.

Dernière figure politique en date qui décide de décliner l’offre du pouvoir : l’ex-candidat indépendant, Ali Benflis. Dans son communiqué rendu public, Ali Benflis déconstruit toute la démarche du pouvoir, la qualifiant de “fuite en avant et de diversion”. “Le règlement de la crise du régime qui perdure dans sa double forme de crise de légitimité et d’impasse institutionnelle, ne peut être la résultante de ces propositions. S’inscrire dans la logique de ces dernières et en cautionner la démarche et le contenu reviendraient, au bout du compte, à accepter ou à se résigner à différer le changement auquel l’Algérie, comme peuple et comme nation, aspire légitimement, ce à quoi je ne peux me résoudre ni aujourd’hui, ni demain”, écrit Benflis, comme pour signifier qu’il n’ira pas aux consultations.

Peu de temps auparavant, c’est la Coordination pour la transition et les libertés démocratiques, conglomérat de partis démocrates et de formations islamistes, dont l’ancrage populaire n’est pas négligeable, d’exprimer son refus de s’inscrire dans la démarche arrêtée par le pouvoir, préférant plutôt se focaliser sur l’organisation de la conférence de transition prévue le 7 juin prochain. Et il n’est pas exclu que d’autres partis et d’autres personnalités, à l’image de l’ex-chef du gouvernement, Mouloud Hamrouche, rejoignent le cortège du “front du refus” dans les prochains jours.  Ce qui, convenons-en, ne manquera pas d’entamer la crédibilité de la démarche du pouvoir. Il faut dire que la ligne de fracture entre le pouvoir et une partie de l’opposition se situe essentiellement dans l’approche de la nature de la crise et les mécanismes à mettre en place pour y remédier. Même la démarche sur la révision de la Constitution pèche par quelques incohérences, comme le relève, à juste titre, Mme Fatiha Bennabou, professeur de droit à l’université d’Alger. “L’expression ‘consensuelle’ n’est pas une terminologie adéquate en droit constitutionnel (…) Il aurait été plus adéquat de dire qu’il doit y avoir un pacte politique qui précède l’opération constituante. C’est-à-dire que dans le pacte politique ou le compromis politique, on va rassembler tous les acteurs politiques pour demander leur avis et s’entendre sur un smig démocratique pour obtenir un consensus sur ce que l’on doit mettre dans une Constitution. C’est une opération qui doit précéder la révision constitutionnelle parce qu’elle va être tranchée par un seul souverain qui est le peuple. Et on n’a pas à tergiverser sur cela”, observait-elle, il y a quelques jours dans un entretien à Liberté. Dès lors, il s’agit de s’interroger si Ahmed Ouyahia, l’homme qui a le profil de l’emploi, rompu à la diplomatie, trouvera la parade pour convaincre les récalcitrants, ou s’il sera appelé à revoir sa copie.

À l’évidence, il peut toujours compter et se consoler avec la présence des partis au pouvoir, ses satellites et même certaines anciennes figures du parti dissous ou encore certains partis de création récente plus enclins à une quête de visibilité politique. Mais en haut lieu, on dissimule difficilement son agacement de l’éventuelle absence de l’opposition aux consultations. Et rien de plus emblématique de cet agacement que cette sortie d’Abdelkader Bensalah : “Il est vain d'émettre des réserves concernant des questions importantes à l'instar de la révision de la Constitution qui définit les repères, les perspectives et les prérogatives et qui est à la base de toutes les lois”,  a déclaré Bensalah, il y a deux jours devant les cadres de son parti.

Il a même déploré la… publicité faite aux parties politiques opposées aux consultations sur la révision de la Constitution par rapport à celles qui les soutiennent, qualifiant un tel comportement de “mauvaise pratique de l'exercice de la démocratie qui devrait être basée sur le principe du respect de tous les avis et propositions”. Assurément, la mission d’Ouyahia s’annonce bien délicate.

Liberté  

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