AFFAIRE SONATRACH

L’étau se resserre sur Chakib Khelil

AFFAIRE SONATRACH
L’étau se resserre sur Chakib KhelilLa justice veut la tête de Farid Bédjaoui. S’il venait à être remis à Interpol par les autorités émiraties, l’homme d’affaires, d’origine algérienne pourrait faire des révélations sur l’implication de hauts responsables politiques algériens dans les affaires de corruption Sonatrach- Saipem.

Jusqu’où ira le juge Fabio De Pasquale? En charge de l’affaire de ENI-Saipem, le magistrat du parquet de Milan est passé ouvertement à l’offensive en lançant, via Interpol, un mandat d’arrêt international contre Farid Bédjaoui. Installé depuis près de deux années dans l’émirat de Dubaï, l’homme d’affaires n’a aucune possibilité d’échapper à la police. La notice rouge qui accompagne le mandat d’arrêt implique «la localisation et l’arrestation d’une personne recherchée par une autorité judiciaire ou un tribunal international en vue de son extradition». Les autorités des Emirats arabes unis sont donc tenues de remettre Bédjaoui à Interpol, qui se chargera ensuite de l’extrader vers l’Italie. A 44 ans, Farid Bédjaoui va «tomber» pour association de malfaiteurs finalisée à la corruption. Il aura moins de chance que son «ami» Chakib Khelil qui a bénéficié d’un «répit» accordé par la justice algérienne suite à la bévue de la cour d’Alger. Délivré au mois d’août, le mandat d’arrêt international contre l’ancien ministre de l’Energie et des Mines n’a eu aucun effet puisqu’il aurait dû être émis par la Cour suprême du fait du principe de privilège de juridiction dont il jouit. Mais l’étau se resserre sur Khelil. Bien sûr, ce n’est nullement à l’initiative de la justice algérienne, qui semble avoir oublié de relancer une procédure «correcte». Cette fois-ci, c’est l’action combinée des justices italienne et américaine qui devrait lui être fatale. Résidant aux Etats-Unis avec les membres de sa famille, Chakib Khelil intéresse au plus haut point les autorités de ce pays. Jeudi, Alberto Chiarini, le directeur financier d’ENI, a fait part d’une demande du département américain de la Justice à propos «d’affaires de corruption présumées» impliquant le groupe italien en Algérie.

A Alger, l’internationalisation de ces scandales semble toujours voilée par l’euphorie du quatrième mandat. En fait, pour les membres les plus influents du «clan présidentiel», Chakib Khelil est une victime. Il serait même «un cadre intègre» si l’on en croit Amar Saâdani. «C’est le DRS. On a fait éclater, soi-disant, le scandale de Sonatrach pour cibler Chakib Khelil qui est l’un des cadres les plus intègres et le plus compétent de l’Algérie. C’est à son époque que Sonatrach a doublé sa production et que le pays a épuré sa dette. La justice algérienne a agi en dehors du cadre fixé par la loi. En fait, on l’a poussée à le faire. En Algérie, à chaque fois qu’on souhaite liquider un président, on lui invente un scandale. En 1997, c’était le général Betchine et la cible fut Liamine Zeroual. En 2004, c’est l’affaire Khalifa et la cible fut Bouteflika. En 2014, la cible est la même mais le scandale est différent, il s’agit de Sonatrach, sans omettre l’extradition de Khalifa Abdelmoumen», avait déclaré le secrétaire général du Front de libération nationale dans une interview accordée au site internet Tout sur l’Algérie au mois de février. Une déclaration qui, quelques jours plus tard, a fait réagir l’ex-ministre de la Justice, Mohamed Charfi. Ce dernier accuse Saâdani d’avoir pris attache avec lui afin d’innocenter Chakib Khelil. «Si Amar, vous êtes venu, le jour même de votre installation à la tête du FLN, me proposer amicalement de préserver mon poste de ministre de la Justice en m’engageant à extirper Chakib Khelil de l’affaire Sonatrach 2 comme on extirpe un cheveu d’une pâte», a écrit Charfi dans une contribution publiée dans la presse. Le ministre s’était engagé publiquement à «dévoiler de nouveaux éléments du scandale Sonatrach». Il n’en sera rien. Mohamed Charfi s’est tu depuis.

En somme, l’opinion publique algérienne ne doit surtout pas s’attendre à une condamnation de hauts responsables politiques algériens par la justice de leur pays. L’objectif premier de ce quatrième mandat consiste, en premier lieu, à étouffer toutes les affaires de corruption. Il faudra donc patienter et rester attentif aux actions engagées à l’étranger par les justices indépendantes.

Le Soir d'Algérie 

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